IA

Sous la pression de Trump, Anthropic débranche ses modèles

L'administration Trump a ordonné à Anthropic de suspendre l'accès à ses modèles Fable 5 et Mythos 5 pour tout ressortissant étranger, au nom de la sécurité nationale. L'entreprise obtempère, mais conteste. En Europe, la décision fait l'effet d'un (nouvel) électrochoc sur le débat de la souveraineté technologique.

Une directive de l'administration Trump a exigé d'Anthropic qu'elle suspende l'accès à ses modèles d'IA Claude Fable 5 et Mythos 5 aux étrangers, qu'ils se trouvent aux États-Unis ou non. Les employés étrangers d'Anthropic sont également concernés. La cause invoquée est, roulement de tambours : la sécurité nationale.

Un jailbreak mineur pour justifier une mise hors ligne massive ?

« Concrètement, cet ordre nous oblige à désactiver immédiatement Fable 5 et Mythos 5 pour l'ensemble de nos clients afin de garantir notre conformité », a réagi Anthropic dans un communiqué. « La lettre ne précise pas la nature de la préoccupation de sécurité nationale invoquée », poursuit l'entreprise. Anthropic suppose que le gouvernement a eu vent d'une méthode de jailbreak contre Fable 5. « À ce jour, le gouvernement ne nous a fourni que des éléments verbaux concernant un jailbreak potentiel étroit et non universel, consistant essentiellement à demander au modèle de lire une base de code spécifique et d'en corriger les failles logicielles. » L'entreprise s'est conformée à la directive de l'administration Trump, bien qu'elle juge que la découverte d'un jailbreak potentiel étroit ne justifie pas à elle seule de rendre indisponibles un ou plusieurs modèles déployés auprès de centaines de millions de personnes.

Anthropic indique qu'elle a mis en place des garde-fous solides afin de réduire les risques d'utilisation malveillante de Fable, et que, à ce jour, « aucun testeur n'a encore réussi à trouver un jailbreak universel — une méthode capable de contourner très largement les garde-fous du modèle, débloquant un large éventail de capacités cybernétiques ». Elle rappelle toutefois qu'« il est probable que des jailbreaks universels seront éventuellement découverts à l'avenir » et qu'elle n'a, à ce jour, reçu aucune divulgation d'un jailbreak non universel « préoccupant ayant conduit à un résultat nuisible ».

En Europe, le spectre de la dépendance technologique

En Europe, cette interruption de service a ravivé le débat déjà ardent de la dépendance technologique européenne. « La décision de Washington de couper l'accès aux modèles les plus puissants d'Anthropic doit nous réveiller. Dans la course à l'intelligence artificielle, une nation qui dépend des autres pour sa technologie est une nation qu'on peut débrancher du jour au lendemain », a notamment réagi l'ex-ministre de l'Intérieur français Bruno Retailleau. « L'intelligence artificielle n'est pas un simple actif économique. Le roi est nu. Les États-Unis assument désormais ouvertement l'IA comme un instrument stratégique relevant de la sécurité nationale. Une arme de domination à ne pas mettre entre toutes les mains », a de son côté réagi le ministre délégué français chargé de l'Europe, Benjamin Haddad qui défend la « la préférence européenne », en opposition à une « vision naïve du marché ».

Entre les lignes, le même discours, le Vieux Continent doit créer les conditions pour faire émerger ses propres champions. Hors de France, les réactions sont du même acabit. Tom Tugendhat, député britannique et ancien ministre de la Sécurité, a réagi, non sans un certain sens de la formule, en déclarant que « la souveraineté tient désormais davantage au code qu'aux canons »

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