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Gaëlle Yatagan / mardi 10 juillet 2018 / Thèmes: Sécurité SI, Hexatrust

GATEWATCHER : l’innovation chevillée au corps

Au coeur d'Hexatrust (2)

Oser. Défendre. Convaincre. Foncer. Décrocher des rendez-vous, des budgets. Ce mot « oser » qui revient comme un leitmotiv dans la bouche de Jacques de La Rivière, co-fondateur de GATEWATCHER, fait sans nul doute partie de l’ADN de la société. Car, qu’est-ce qui prédestinait en 2015, à la fondation de la société, une équipe de deux personnes à devenir l’un des fleurons des solutions françaises de détection avancée, couronnée en 2016 par le Prix du Jury du FIC et le Label France Cybersécurité ? Rien. Si ce n’est, justement, l’envie d’oser.

Devant cette majestueuse façade Art Déco, toute en marbre et restaurée à l’identique, on se sent un peu perdu… et de fait, on l’est. La pluie menaçante depuis le matin dans le ciel de Paris, l’ambiance continuellement survoltée de la capitale, rendent l’impressionnant immeuble « Washington Plaza » encore plus imposant. Des longs couloirs aux étonnants murs orange aux formes très géométriques, ressemblant à s’y méprendre à l’architecture anti-bruit d’une chambre anéchoïde, de longs corridors d’un blanc immaculé, une signalétique lumineuse à l’entrée donnent l’impression très marquée de se trouver dans la navette de « 2001, l’Odyssée de l’Espace ». C'est à la fois très moderne et « tech ». Le patio ombragé, les passages en traverses de bois aménagés en plein Paris où chacun peut prendre son café, apportent une dimension chaleureuse et une touche bon enfant et rassurante.

L’innovation est le maître mot

Quel chemin parcouru depuis le premier rendez-vous ! A l’époque, Jacques de La Rivière avait créé sa société et se battait comme un lion pour décrocher des budgets sur un secteur dont on parlait encore peu : la détection des menaces avancées avec une solution ciblant les comportements anormaux via une analyse de signaux faibles sur les flux réseaux.

Car créer une entreprise dans le domaine de la cybersécurité en 2015, c’est toujours le fruit d’une idée au bon moment. Mais c’est aussi, et surtout, le résultat d’une conviction, et d’une vraie passion de l’innovation. Ce mot, peut-être galvaudé au hasard des discours marketing, s’applique comme nul autre à GATEWATCHER.

 

Passer de deux personnes qui partagent la même envie, la même passion -la même folie ?- dans le même bureau jusqu’à pas d’heure afin de créer et développer une solution de sécurité unique en son genre à une entreprise pérenne de 40 personnes, que d’étapes, de combats remportés haut la main, mais aussi de moments de doute…

 

De la chambre d’étudiant au Washington Plaza

Jacques de La Rivière cache dans son attitude réservée, une volonté de fer :  il faut oser ! « Oser, en 2015, penser à une solution qui existe à l’état embryonnaire, la développer et la mettre en place sur le marché quelques années plus tard. Il faut oser », « raisonner comme un hacker, et se poser les bonnes questions. Savoir comment protéger, c’est aussi savoir comment les attaques se font ». D’où une conviction profonde, que son ton affable ne masque pas. « Pour oser et avancer, il faut aussi savoir se remettre en question ». C’est moins confortable, mais au final plus enrichissant. A Jacques de La Rivière la stratégie, l’offensif, le développement des marchés. A Philippe Gillet, le co-fondateur, directeur technique, le côté plus exploratoire, mais pas forcément plus tranquille du développement technique. Là où Jacques de La Rivière combat, défend, conquiert, Philippe Gillet assure le developpement, la stratégie technique et les Roadmaps. Il est très présent auprès de ses équipes. C'est une forme de « micro management » avec des méthodes agiles. « Je n'impose rien, j'encourage la créativité de chacun. Par contre, je sais exactement où je vais dans les5 prochaines années. Faire adhérer les clients à notre vision, c'est la plus belle forme de réussite ».

Les deux compères se connaissent depuis longtemps. Ils se sont rencontrés pendant leurs études à l'ESIEA. Comme tous les « fous » de la tech, Philippe Gillet entassait des racks de serveurs dans sa chambre « au grand désespoir de ma mère », confie-t-il avec humour, et passait ses nuits à essayer de pousser les machines et les systèmes au-delà de leurs retranchements. Tout a démarré en reprenant les travaux d’un mémoire de fin d’étude à l’ESIEA. Cependant, à cette époque, la puissance de calcul et les briques technologiques sont manquantes. Ce mémoire est donc une preuve de concept (POC) et il deviendra possible de mettre en œuvre ces idées quelques années plus tard. « Ma philosophie est de tout remettre en question, mais de rester pragmatique en utilisant ce qui fonctionne déjà. En résumé : ne jamais réinventer la roue, mais ne pas se brider en pensant que la roue est le seul moyen d'avancer » précise Philipe Gillet. Rien de pire, selon lui, qu’un discours marketing trop ronflant qui capote au bout de quelques mois parce que la technologie n’est pas aboutie… et les clients non satisfaits. « Pour construire un produit de sécurité, il faut se mettre dans la tête des cybercriminels », précise Jacques de La Rivière. C’est cette approche que nous avons choisie pour la création de GATEWATCHER et ses produits de détection d’intrusion.

Des profils divers

Ce qui implique, de la part des équipes recrutées, un partage des valeurs, que définit d’emblée Jacques de La Rivière : « l’implication, l’ouverture d’esprit, la convivialité ». « Nous posons énormément de questions en entretien, et cherchons systématiquement à savoir comment le candidat se comporte face à un problème qu’il n’a jamais rencontré », poursuit Jacques de La Rivière. Car le secteur bouge tellement vite, le milieu est si petit, et la concurrence si vive, qu’il faut posséder une réelle agilité d’esprit et de comportement pour y survivre et y placer ses marques. Chez GATEWATCHER le diplôme n’est pas un sésame. D’autres ont des profils plus traditionnels mais cette hétérogénéité crée une saine émulation et permet d’attirer les meilleurs talents.

C’est précisément ce qui a intéressé un profil « fonceur » comme celui de Nicolas, ingénieur commercial. De formation ingénieur, il est passé par des sociétés de conseil avant de rejoindre GATEWATCHER. « J’ai passé il y a trois ans un entretien avec Jacques, et cela a matché . Je ne suis pas fait pour les grandes structures », reconnaît le jeune homme. « Et puis, être ingénieur commercial dans la cyber, outre l’innovation constante du produit, c’est passionnant. Les marchés sont ambitieux, difficiles, sur des secteurs stratégiques, et il y a énormément de concurrence, notamment aussi avec les approches plus traditionnelles des grands groupes. Il faut se réinventer tous les jours, et ce que je fais dans la cyber, ce que j’apprends, je ne l’aurai pas fait dans un autre secteur. Il faut être agile » reconnaît-il dans un sourire. Le mot magique est lâché.

Cette agilité, ce non-conformisme, c’est aussi ce que des profils plus confirmés recherchent : on rencontre dans beaucoup d’entreprises, jeunes pousses françaises de la cybersécurité, des profils qui, sans être seniors, ont un peu de bouteille. Ils ont travaillé dans des grandes structures, et ont eu envie de voir ailleurs pour trouver un peu moins de formalisme… et plus d’allant. En même temps, ces profils plus rassurants stabilisent la société et l’ancrent dans la durée. GATEWATCHER a d'ailleurs remporté de nombreux appels d'offres autour de la LPM.

L’agilité & un quotidien varié

Ainsi, Alexandre Viot, ingénieur commercial « classique » témoigne « avoir eu envie de rejoindre un challenger et une société en train de se monter plutôt que de continuer à travailler dans des grandes structures » qui raisonnent selon lui trop en termes de logique « corp ». C’est aussi le cas d’Arnaud qui travaille dans l'équipe de développement, et a passablement déchanté du management des Entreprises des Services du Numérique « classiques » (ESN), après plusieurs années de carrière. Ayant travaillé plusieurs années dans l’informatique industrielle après un Doctorat de Physique, il use ses compétences comme ingénieur au forfait dans plusieurs ESN et décide un jour de changer de domaine et de mode de fonctionnement. « Ce qui me plaît, dit-il, c’est que l’on n’a pas les mêmes contraintes que dans des grands groupes où la hiérarchie et le process bouffent toute l’énergie que l’on peut avoir au départ d’un projet. Ici, on est en prise directe avec les dirigeants, on connaît le PDG, on sait quelle est sa vision ».

Cette absence d’échelon hiérarchique « intermédiaire » devient d’ailleurs, quelles que soient les générations, des valeurs de plus en plus recherchées par les candidats. Ce n’est plus le salaire qui joue un rôle fondamental, pour l’obtention d’un statut social non pérenne, mais le sens de la mission, du projet, du travail et l’ambiance générale. Ce pourquoi la plupart des entreprises rencontrées créent des beaux espaces, avec une circulation facilitée, des points d’échanges informels, des endroits où se voir et prendre le café… Cette circulation d’idées et de fonctionnement est primordiale pour une certaine aisance dans le management.

Quart de finaliste de la Gamelle Star Cup

Enfin, l’inévitable baby-foot sur lequel se défoulent tous les soirs, quelques membres de l’équipe, dont les « boss », pour des matchs acharnés, fait bien évidemment partie du décor. Être arrivé en quart de finale de la Gamelle Star Cup organisée par l’École 42 est l’une des fiertés du grand Jacques. De même qu’un mur dans chaque pièce, baptisé « Inspiration Wall » sur lequel les membres des équipes notent leurs idées au fil de l’eau. Les vannes, plutôt bon enfant, fusent. Cela tutoie, cela clashe gentiment, et les confirmés ne sont pas en reste avec les juniors, qu’ils remettent en place avec le sourire. Bref, c’est tout, sauf mélancolique. Et ça marche.


QUALIFICATIONS & IA

GATEWATCHER est la première solution de détection des intrusions avancées (Breach Detection System) développée en France et répondant aux exigences de durcissement émises par l'ANSSI en vue de l'application de la Loi de Programmation Militaire. Elle est capable de détecter les attaques avancées ou toute autre menace grâce à sa technologie Trackwatch, mise au point par une équipe d'experts pluridisciplinaires. Trackwatch cible les comportements anormaux en effectuant une analyse dynamique des signaux faibles à partir des flux réseaux.

L'entreprise a entamé une démarche de Certification de Sécurité de Premier Niveau (CSPN) et Qualification Elémentaire (QE) permettant à GATEWATCHER de répondre aux exigences de l'ANSSI pour équiper les Opérateurs d'Importance Vitale (OIV). La Qualification Standard (QS) interviendra quant à elle l’année prochaine. GATEWATCHER est le premier produit de cette catégorie à offrir ce niveau d'exigence en terme de durcissement et détection. De fait, GATEWATCHER a aujourd’hui deux marchés. Le premier est celui de la détection d’intrusion à partir de l’analyse des flux réseaux et le deuxième celui de la conformité avec la LPM, ces deux marchés étant complémentaires. GATEWATCHER a lancé depuis peu une offre commerciale « CIE » (Critical Infrastructure Edition) qui ne remplit que la conformité LPM. L'objectif est de réduire les coûts au maximum pour des petits environnements (SIIV).

Philippe Gillet considère l'Intelligence Artificielle comme un mécanisme complémentaire à ceux existant, « nous injectons progressivement notre technologie de machine learning dans nos moteurs notamment sur intelligence.gatewatcher.com qui permet de tester gratuitement un malware et son comportement. Le machine learning n'est appliqué pour le moment que sur les malwares (et non aux flux bruts). C'est ce qui nous donne aujourd'hui les meilleurs résultats. »


LE PÔLE RESSOURCES HUMAINES

Comme toute entreprise de la cyber, GATEWATCHER compte quelques -trop- rares filles dans son équipe. Hasard du reportage, nous en parlons avec la responsable RH, Hanane Lazhar, qui bouscule les codes avec son équipe. Des femmes jeunes, volontaires, qui n’ont pas peur de se confronter à un univers très masculin. Hanane elle-même est arrivée, après un Master de conseil en organisation et management du changement, dans un milieu, la cyber, qu’elle ne connaissait pas « et où il y a tout à construire ». Elle a eu la redoutable tâche de recruter et d’intégrer une trentaine de personnes l’année dernière, de leur faire intégrer et partager les valeurs de l’équipe déjà en place. Job boards, forums, bouche à oreille, cooptation, réseaux sociaux… Elle utilise tous les outils à sa disposition pour pallier la pénurie réelle de profils.

Les deux employées présentes ce jour-là, Awa Traoré et Doriane Ayaovi, font toutes les deux une école supérieure de RH en alternance. Elles confient apprendre beaucoup dans un secteur qu’elles ne connaissaient pas du tout dans leur école. « Je considère ça comme un challenge », confie Doriane. « On en apprend tous les jours, c’est une super opportunité pour nous », complète Awa. Donner à des jeunes femmes des valeurs de découverte et de courage dans un milieu du travail qui ne leur fera aucun cadeau, c’est aussi une volonté de GATEWATCHER. « De même que féminiser l’équipe », reprend en riant Hanane.


LEVÉE DE FONDS EN 2020

GATEWATCHER fonctionne sur fonds propres et a bénéficié d'un financement bancaire pour accélérer sa croissance et de subventions pour la recherche. Concernant une levée de fonds, les deux fondateurs y pensent pour l’avenir et le développement international de l’entreprise, notamment en Europe, en Asie et au Moyen-Orient. Les Etats-Unis ne sont pas un marché prioritaire. « Ils sont aussi très souverains », commente Jacques de La Rivière.

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