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ATEMPO : le retour d’un fleuron français de la protection des données
Christophe Guillemin / jeudi 14 novembre 2019 / Thèmes: Hexatrust

ATEMPO : le retour d’un fleuron français de la protection des données

Au coeur d'Hexatrust (12)

Remonter le temps pour restaurer les données dans une version antérieure. Ce principe a été développé il y a plus de 20 ans par la PME française Atempo. Après une période compliquée sous direction américaine, l’entreprise est repassée sous pavillon français et renoue aujourd’hui avec la croissance. Les secrets de ce retour : des méthodes agiles, de nombreux recrutements et de l’intelligence collective.

Luc D’Urso, CEO d’Atempo.

L’histoire d’Atempo est celle d’une renaissance. Fondée il y a 27 ans, l’entreprise avait quasiment disparu des radars ces dernières années. Elle revient aujourd’hui sur le devant de la scène, avec une offre plus large, une nouvelle politique commerciale et de très fortes ambitions. « Nous venons d’obtenir le Pass French Tech, label réservé aux entreprises en hyper-croissance. D’ici janvier prochain, l’État va mettre en place le "French Tech 120" (FT120), qui distingue les 120 entreprises innovantes françaises les plus prometteuses. Nous devons être présents dans ce nouveau classement des champions français du numérique », annonce Luc D’Urso, CEO d’Atempo.

Cette volonté de donner un nouveau souffle à l’entreprise se concrétise notamment par le récent déménagement de ses bureaux franciliens. En janvier dernier, Atempo a quitté ses locaux vieillissants des Ulis pour s’offrir un plateau en open space d’environ 1 500 m2, dans le nouveau quartier d’affaires Atlantis de Massy (sud de Paris). Ces bureaux flambant neufs disposent d’une vingtaine de salles de réunion, d’un immense espace détente avec table de ping-pong et baby-foot, ainsi que d’une terrasse avec vue imprenable sur les hauteurs de Massy. Le tout à deux pas de la gare TGV et du RER. L’ambiance y est très studieuse. Pas de figurines Star Wars, de posters californiens et autres classiques de l’ambiance startup. Les locaux d’Atempo sont très épurés et s’apparentent à un espace de co-working. Cela ne signifie pas pour autant qu’ils soient dépourvus d’âme, bien au contraire. La charte graphique de l’entreprise a été modernisée avec de nombreuses références aux écosystèmes naturels. Des murs entiers accueillent ainsi des images de rizières, de forêts ou de fonds sous-marins.

Une identité graphique qui correspond à la nouvelle devise de la PME : « preserving data ecosystems » (préservez votre écosystème de données). Plutôt que d’environnement informatique, Atempo préfère ainsi parler d’écosystèmes et assimile la donnée à une ressource naturelle pour les entreprises. « La data est le principal minerai de l’économie du XXIe siècle. Il faut donc la protéger comme une ressource vitale », indique sa direction.

 

Les nouveaux locaux d’Atempo affichent de nombreuses références aux écosystèmes naturels.

Quant au côté co-working des locaux : « Bon nombre des bureaux de Massy sont mobiles et ne sont donc pas attitrés. Ils accueillent notamment des collaborateurs de passage qui viennent de nos diverses implantations. Les collaborateurs de Massy peuvent également changer de bureau en fonction des projets. Cela est aussi valable pour l’équipe de direction qui n’a pas de bureaux fixes. Nous nous déplaçons en fonction des besoins, pour être au plus près des équipes », souligne Cyprien Roy, COO. Un usage très impersonnel des bureaux qui serait plutôt un atout, estime Louis-Frédéric Laszlo, jeune product manager. « Pour finaliser les nouvelles versions de nos solutions, je m’installe avec les équipes de R&D. Cela réduit les échanges par e-mail ou par téléphone. Rien ne remplace le contact direct », explique-t-il (lire également son témoignage ci-après).

L’open space est en soi une petite révolution pour cette PME qui possédait avant son rachat des bureaux très cloisonnés. « C’est une volonté de favoriser la communication entre les collaborateurs. Nous fonctionnons désormais en méthodes agiles, avec des projets menés par des équipes pluridisciplinaires intégrant des représentants de la technique, du commerce, du marketing… Il faut donc que nos locaux favorisent cette nouvelle manière de travailler », indique Luc D’Urso. « Ici tout le monde se parle, s’entend et se voit », souligne pour sa part Louis-Frédéric Laszlo.

Le Phénix de la protection des données

Atempo est aujourd’hui sur une dynamique de croissance. L’entreprise gagne de nouveaux clients, et pas des moindres, comme la société de production cinématographique américaine Paramount. Et les clients existants renouvellent leur confiance, à l’image de l’Office National du Film du Canada (ONF). En avril dernier, l’ONF s’est réengagé pour 10 ans avec Atempo afin de bénéficier de ses technologies d’archivage de données. La production audiovisuelle est en effet un secteur d’activité stratégique pour Atempo, car il génère de très gros volumes de données, à l’instar de la santé, de la finance, du design industriel, des sciences de la vie et de la terre ou de la défense.

Cette dynamique n’a pas toujours été le quotidien de cette PME fondée en 1992 sous le nom de Quadratec. Elle a connu un bon démarrage en étant pionnière de la sauvegarde et de la restauration de données sur serveurs selon le concept de la « navigation temporelle ». Le principe : remonter dans le temps en retrouvant l’état du serveur à un instant T, avant un éventuel incident. C’est ce qui a fait le succès de sa solution Time Navigator, dont le concept s’est également retrouvé dans le célèbre système de restauration d’Apple : Time machine, sorti en 2007. Impossible de dire si l’idée de l’entreprise française a inspiré la firme à la pomme. Mais ce qui est certain, c’est que Quadratec était sur la bonne voie.

Après ces débuts prometteurs, l’entreprise va cependant connaître une traversée du désert en passant sous pavillon américain. Rachetée en 2011 par ASG Technologies, Atempo va « survivre » grâce à la maintenance des solutions déjà déployées et au développement de nouvelles fonctionnalités sur ces produits phares. Mais la direction américaine n’investit pas dans le développement commercial de l’entreprise et ne recrute pas de nouveaux collaborateurs. « La période américaine nous a fait beaucoup de tort, même si elle nous a permis de développer notre résilience. Heureusement que cela est derrière nous », confie Sylvie Margot, product manager ayant près de 20 ans d’entreprise.

Bon nombre des bureaux sont mobiles. Même la direction n’a pas de bureaux attitrés.

En 2017, Luc D’Urso, en association avec Cyprien Roy, décide de racheter l’entreprise, via la holding Kick Start Management. Luc D’Urso est alors à la tête de Wooxo, une société présente sur le même marché qu’Atempo, mais avec une clientèle orientée TPE. « En unissant nos forces, l’idée était d’adresser l’ensemble du marché, du grand compte aux PME », confie-t-il. « La robustesse et les performances de la technologie d’Atempo étaient ses forces. Mais d’un point de vue commercial et marketing, il fallait faire entrer l’entreprise dans une nouvelle ère ». La nouvelle direction n’avait pas initialement identifié Atempo comme une acquisition éventuelle. « Pour être franc, je n’en entendais plus parler », confie Luc D’Urso. « Mais ASG cherchait un acquéreur et son mandataire nous a mis en relation. Outre la qualité de sa technologie, j’ai apprécié le fait que sa propriété intellectuelle était restée 100 % française. Cela correspondait à mon ambition de développer un leader européen de la protection des données, avec des technologies françaises, capable de concurrencer les acteurs américains ou asiatiques ».

Miser sur l’intelligence collective

Pour relancer la machine, la nouvelle direction va recruter du sang neuf, avec une quarantaine d’embauches depuis 2017. Elle fait aussi appel à des stagiaires et accueille des étudiants en contrats d’alternance. Mais surtout, de nouvelles méthodes de travail sont mises en place. « Le capital humain est la plus grande richesse d’une entreprise, avant même la technologie. Mais il faut que ce capital puisse livrer tout son potentiel. Nous avons donc revu l’organisation du travail en décloisonnant les équipes, en cassant les silos et en exploitant des méthodes agiles, dont Scrum », poursuit Luc D’Urso.

Atempo a constitué trois principaux groupes de travail, appelés « comités », pour gérer les projets. « Un comité produit, qui intègre notamment des membres de l’équipe commerciale, du marketing et de l’innovation, ainsi qu’un comité architecture et un comité développement. Ces comités favorisent l’intelligence collective. Leurs membres discutent, échangent des points de vue, comparent des idées », explique Cyprien Roy.

Pour renforcer les liens entre les collaborateurs, Atempo ne mise pas sur des week-ends team building, des soirées festives et autres vacances entre collègues. « Nous pensons que la porosité entre la vie professionnelle et la vie privée doit être gérée par nos collaborateurs et non par la direction de l’entreprise. Nous organisons des séminaires de travail, des kick-off autour du développement des solutions ou des ateliers de coaching pour favoriser les échanges. Mais cela reste lié à l’activité professionnelle. Nous n’avons rien contre les apéros entre collègues, le soir après le travail, ou même les pauses ping-pong. Mais cela n’est pas organisé par la société. Chacun est libre d’y participer ou de privilégier une autre activité », résume Luc D’Urso. « L’ambiance générale est plutôt conviviale, mais sans débordements. Un peu à mi-chemin entre l’esprit startup et celle de grands groupes. Nous sommes une PME de près de 200 personnes, avec des collaborateurs expérimentés, sur un secteur sensible qui est celui de la protection des données. Cela ne se prête pas vraiment à une ambiance ultra-décontractée comme c’est le cas dans certaines jeunes pousses », précise pour sa part Cyprien Roy.

Côté management, Luc D’Urso comme Cyprien Roy se disent accessibles et très ouverts aux propositions de leurs collaborateurs. Ce que confirme notamment Sylvie Margot : « Il n’y a pas de pression hiérarchique comme dans certains grands groupes. Être force de proposition est toujours apprécié. Atempo reste une entreprise à taille humaine », explique-t-elle, mettant également en avant les possibilités de mobilité interne. « Nous proposons systématiquement les nouveaux postes à nos collaborateurs avant d’envisager des recrutements externes. Il est ainsi possible d’évoluer, par exemple en passant du support client à l’avant-vente. Nous portons une grande attention aux souhaits d’évolution des salariés », souligne Cyprien Roy.

Un projet teinté de géopolitique

Pour 2019, Atempo poursuit sa croissance, recrute encore une vingtaine de collaborateurs et entend acquérir de nouveaux clients. La PME mise notamment sur un partenariat avec le distributeur Tech Data, signé en 2018. Le modèle de vente d’Atempo est en effet 100 % indirect. La collaboration avec Tech Data devrait lui ouvrir les portes de plus de 14 000 revendeurs partenaires en France. Les solutions d’Atempo devraient également rapidement être diffusées sur le réseau européen du grossiste. Cela correspond à l’ambition de la PME française de renforcer significativement sa position sur le Vieux Continent.

L’ambiance se veut conviviale avec un espace détente digne d’un grand groupe.

Atempo entend également capitaliser son label : « Utilisé par les armées françaises », décroché en septembre dernier. Il a été décerné par le Ministère des Armées pour deux solutions : Lina et Tina (lire encadré pour le détail des solutions d’Atempo). « C’est une reconnaissance de la robustesse et de la fiabilité de nos solutions. Ce label va nous ouvrir de nouvelles portes », estime Luc D’Urso. Fort de son nouvel élan, Atempo vise désormais à s’imposer comme un acteur incontournable du marché de la protection des données. Une ambition qui répond à des objectifs commerciaux, mais aussi à des enjeux géopolitiques. « La souveraineté de la donnée est aujourd’hui une question cruciale. L’Europe a besoin d’entreprises locales faisant le poids face aux acteurs américains ou asiatiques. Il faut empêcher nos ennemis politiques et concurrents économiques d’exploiter les données produites par nos citoyens et nos organisations. Il faut pouvoir proposer une alternative sérieuse et de confiance », estime Luc D’Urso. « Et au-delà du business, la protection de la donnée a également un sens sociétal. Nous avons mis en place un règlement européen pour la protection de la donnée. C’est une très bonne chose. Mais la mise en œuvre du RGPD doit s’appuyer sur une filière numérique européenne forte, capable de proposer des solutions conformes à cette réglementation. Nous voulons être un élément moteur de cette filière. Notre technologie a fait ses preuves. Et après des temps difficiles, Atempo s’est relevée. Nous devons aujourd’hui affirmer notre leadership », conclut Luc D’Urso.


ATEMPO EN CHIFFRES

• Date de création : 1992
• Nombre de collaborateurs : 180
• Chiffre d’affaires : 20 M€
• Nombre de clients : +10 000
• Bureaux en France (Lyon, Vannes, Toulouse, La Ciotat  et Orléans) et à l’international (États-Unis, Singapour, Corée, Chine, Royaume-Uni, Allemagne, Italie et Benelux).


SYLVIE MARGOT - PRODUCT MANAGER 20 ANS D’ENTREPRISE

Arrivée chez Quadratec en 2000, Sylvie a d’abord occupé un poste à la documentation produit. « Je revenais des États-Unis où j’avais travaillé sur l’intégration de solutions CAD (conception assistée par ordinateur) dans le domaine de la gestion de patrimoine. Je cherchais un emploi en France, où je pourrais également capitaliser sur ma maîtrise de l’anglais. Quadratec a été ma première candidature ». Après avoir notamment travaillé sur la documentation des solutions Time Navigator (Tina) et Live Navigator (Lina), Sylvie est devenue product manager il y a 5 ans.

« La mobilité interne est un des atouts de cette entreprise. Je travaille aujourd’hui à la croisée des chemins, notamment entre le commerce et le développement. C’est passionnant et je suis impliquée dans une grande variété de missions ». Outre la mobilité interne, elle apprécie particulièrement l’autonomie laissée à chaque collaborateur, qui peut ainsi exercer librement sa créativité. « La direction n’est pas sur notre dos continuellement. Elle donne un cap et ensuite nous faisons en sorte de le suivre, chacun à sa manière ».


LOUIS-FRÉDÉRIC LASZLO - PRODUCT MANAGER- NOUVELLE RECRUE

Arrivé chez Wooxo en 2014, dans les bureaux de La Ciotat, Louis a rejoint les équipes franciliennes d’Atempo en 2018. En quatre ans, il est passé du poste de développeur web à celui de responsable du service client, puis de product manager pour les solutions Ada, Miria et Backstone. « Avec le rachat d’Atempo en 2017, il y avait de nouveaux challenges à relever dans ce qui était désormais un groupe. J’ai donc postulé pour travailler chez Atempo et la direction m’a donné ma chance. J’ai surtout appris sur le tas, auprès des équipes ». Il met en avant la grande diversité de son travail, qui couvre l’étude du marché, la veille technologique, l’identification de la demande client sur le terrain, puis l’orientation du développement des solutions, jusqu’à l’accompagnement de la commercialisation du produit. « C’est un poste pivot. Je suis en contact avec les équipes techniques, mais aussi marketing, commercial et support. Je suis un facilitateur, une sorte de chef d’orchestre, qui suit toute la vie du produit ». Chez Atempo, il apprécie notamment l’ouverture d’esprit de la direction. « La critique est ouverte, tant que vous apportez des propositions de solutions ».


LES DOMAINES D’ACTIVITÉ D’ATEMPO

PROTECTION DES SERVEURS
C’est le secteur historique d’Atempo, sur lequel il propose la solution Tina (Time navigator). Elle permet la sauvegarde et la préservation des applications et serveurs, physiques comme virtuels, grâce au principe de la navigation temporelle.
PROTECTION DU POSTE DE TRAVAIL
La solution Lina (Live Navigator) offre une sauvegarde en continu des postes de travail fixes et portables, et grandes flottes de portables VIP. Elle sauvegarde les données sur les serveurs de fichiers de l’entreprise pour lesquels elle ajoute également un niveau de protection. Lina intègre aussi la restauration complète des postes y compris du système, et la recherche des versions antérieures ou des fichiers perdus.
SAUVEGARDE ET MIGRATION DE GRANDS VOLUMES DE DONNÉES
Ce domaine est représenté par Miria, aujourd’hui la solution phare d’Atempo. Elle permet la sauvegarde, la migration, la synchronisation et le déplacement de fichiers non structurés entre stockages hétérogènes de grandes volumétries. La solution Ada (Digital Archive) est pour sa part centrée sur l’archivage d’une grande variété de serveurs de fichiers. Quant à Backstone, il s’agit d’une appliance de sauvegarde destinée aux PME, grands comptes ou organisations multi-sites.

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