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ANTEMETA : des racines et des ailes
Sylvaine Luckx / lundi 4 mars 2019 / Thèmes: Hexatrust

ANTEMETA : des racines et des ailes

Au coeur d'Hexatrust (6)

Dans cette zone d’activités des Yvelines, à Guyancourt, un homme de cœur et de tête a construit avec son énergie et son enthousiasme une entreprise à la base solide, à laquelle des convictions managériales de bon sens et des recrutements intelligents ont su donner des ailes.

Jacqueline Auriol, la célèbre aviatrice.

Le ton est donné dès l’adresse : une entreprise située rue Jacqueline Auriol, du nom de la célèbre aviatrice française pilote d’essai de Mirage (1), ne peut qu’avoir envie de se dépasser. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si on voit, dans les couloirs, une photo originale et signée de la célèbre aviatrice reproduite en plusieurs endroits dans l’entreprise.

Stéphane Blanc, le fondateur, nous reçoit en coup de vent, mais de manière plutôt sympathique. Il faut dire que nous découvrir, au bout d’une minute, une passion commune pour la mer, la voile, et le fait de sortir des sentiers battus aide beaucoup à briser une glace qui n’existait d’ailleurs pas. Et nous voilà en train de discuter à bâtons rompus de l’arrivée prochaine d’un ami coureur âgé de 73 ans, sur une très belle course de voile, la GGR (2). Ce n’est évidemment pas le but premier de la rencontre, mais cela me permet, au fil de la discussion totalement improvisée qui s’ensuit, de comprendre l’énergie et les valeurs qui animent un homme comme Stéphane Blanc, le fondateur.

Intelligence sociale

Il valorise la richesse de l’expérience par rapport au « jeunisme » ambiant, profondément convaincu par ses lectures, de la « responsabilité sociétale » de l’Homme dans l’évolution de la planète et des systèmes de pensée. En pleine crise Gilets Jaunes qui marque un paroxysme chaque samedi depuis près de deux mois, c’est d’actualité… même si ce n’était pas prévu au programme.

Et je ne peux m’empêcher d’être rassurée qu’un patron, dans la cybersécurité de surcroît, réfléchisse quand son entreprise lui en laisse le temps aux grandes questions de l’évolution humaine… et essaie, à sa manière, d’y apporter sa contribution, par une réflexion sur « l’intelligence sociale » qu’il essaie de mettre concrètement en œuvre dans son entreprise.

Simple, direct, franc, Stéphane Blanc ne cache pas sa fierté d’avoir décroché son baccalauréat au Chambon-sur-Lignon, au Lycée Cévenol, en soulignant que les habitants de cette commune de Haute-Loire ont accueilli et protégé clandestinement des réfugiés républicains espagnols dans les années 30 puis plusieurs milliers de juifs entre 1940 et 1944 (3).

Un entrepreneur soucieux de son indépendance

Cela ne forge peut-être pas un destin, mais certainement une mentalité. Notamment celle de ne mépriser personne, de réfléchir et de construire hors des sentiers battus, et de ne rien vouloir devoir aux autres. Autrement dit, cela forge un patron, sûrement exigeant, mais avant tout humain et respectueux de ses collaborateurs, et soucieux de son indépendance. Ce qui permet de comprendre l’histoire d’ANTEMETA. Stéphane Blanc, comme il le dit luimême, « vient de la tech ». La dure, la vraie. « J’ai créé ANTEMETA en 1995, sur le métier de broker informatique et du stockage, précise Stéphane Blanc. Nous étions 4 au départ, et nous nous occupions essentiellement de maintenance et de sauvegarde ». Cette histoire est importante, car cette activité est toujours présente et structure la mentalité de l’entreprise. On est dans du tech, du concret. Pas du blabla. Pour se donner des ailes, il faut aussi ne pas se couper de ses racines… C’est patent quand on visite, accompagné de Ronan Dacquay, le Brestois chargé de la communication, et de Thierry Floriani le RSSI, les locaux de l’entreprise. Stocks de pièces en préparation ou pour la maintenance, on retrouve ainsi, très bien disposées dans les allées et sur les étagères d’un entrepôt, des unités à ranger au musée de l’informatique, comme des Amstrad…

Evoluer vite, fort, mais sans se renier

Là ou Stéphane Blanc est un entrepreneur, un vrai, c’est qu’il a, au début des années 2000, l’intuition que le métier de base de l’entreprise, sur lequel il doit continuer à capitaliser, doit évoluer. Dès 1998, il se spécialise dans le stockage SAN et acquiert une forte expertise dans le stockage Fibre Channel. Surtout, il prend vite conscience que le métier de la maintenance et du stockage peut évoluer vers celui du Cloud, qui naît dans les années 2000.

Stéphane Blanc a donc assez rapidement la conviction qu’il faut évoluer, vite, fort, mais sans se renier. On ne s’étonnera pas non plus, qu’après une expérience qu’il qualifie lui-même de « douloureuse » dans un LBO, il décide de fonder le développement de son entreprise sur le maintien, mais aussi la diversification de son métier historique, le stockage, vers le cloud. C’est à la fois raisonné, et audacieux.

L’évolution ne se fait pas sans heurts. Même en se basant sur la continuité maintenance, stockage, c’est tout de même une véritable révolution que doit accomplir Stéphane Blanc et qu’il doit intégrer et faire intégrer par ses équipes à la culture d’entreprise.

Un défi qui ne lui fait pas peur. L’homme, venu de la tech, connaît les codes et le contact humain, va souvent voir ses équipes dans les agences régionales, ses équipes « historiques ». Et c’est clair que cela facilite le contact, le fait de comprendre le marché, et de faire passer des messages.

Deuxième intuition de génie de Stéphane Blanc, il décide de baser cette évolution sur un développement logiciel orienté vers le libre. « J’ai été, dès ce moment, convaincu que le modèle du libre avait du sens », précise Stéphane Blanc. Lui qui aime avant tout être maître de son destin et de ses choix sans qu’on les lui impose, décide de fonder cette étape de croissance et de diversification sur des logiciels open source. Bien en évidence sur la petite table de réunion quand on discute avec lui, il pose sur une casquette qui ne le quitte pas un autocollant qu’il a fait réaliser récemment, marqué « No GAFA », et dont il est visiblement très fier. « Ça fait un tabac auprès de nos clients », s’amuse-t-il.

Stéphane Blanc, PDG et fondateur d'Antemeta.

La création d’un SOC souverain

Stéphane Blanc va même plus loin : pour bien servir ses clients en stockage et en cloud, il en arrive vite à l’idée de sécuriser les données…. Donc avec une offre en cybersécurité. Il pense à la création d’un SOC « expérimental », qui a autant vocation à servir à ANTEMETA pour améliorer ses solutions qu’à ses clients. C’est là où le recrutement de profils hyper expérimentés, comme celui de Thierry Floriani, ancien RSSI de Numergy, prend tout son sens. Thierry Floriani est un atout maître dans cette stratégie de diversification. Vers une offre sécurisée dans le Cloud.

Les rênes du SOC sont confiées à un jeune, Pierre Melese, un ingénieur qui travaille à mettre en œuvre, sous la supervision éclairée de Thierry Floriani, les outils SIEM open source du SOC et la définition de son fonctionnement. « Nous utilisons des outils venant du libre pour faire fonctionner notre SOC, et nous utilisons aussi les bases d’algorithme de grands instituts de recherche, comme l’Inria », précise Pierre Melese.

Une approche intellectuelle gratifiante

« En fait, son rôle est non seulement de détecter et d’analyser les attaques qui arrivent sur les serveurs de nos clients, mais aussi, et surtout, avec les incidents, les alertes, et les notifications d’attaques que nous voyons passer, nous travaillons à « éduquer » nos algorithmes, de façon à créer un outil qui nous soit propre, mais qui n’est pas pour autant un outil propriétaire ». Ce SOC à taille humaine, qui compte pour l’instant quatre analystes, « demande surtout aux équipes, précise Thierry Floriani, un état d’esprit bien particulier, fait de rigueur scientifique, mais aussi de volonté de comprendre et une grande curiosité d’esprit. Les collaborateurs du SOC travaillent notamment à renseigner des tickets d’incident. Cela peut paraître rébarbatif au début, mais ça leur donne une maîtrise unique, parce qu’ils travaillent ensuite à la résolution de cet incident, et à la définition de règles propres au SOC. Parce qu’ils cherchent, et qu’ils définissent ensuite les règles qu’ils injectent dans notre outil. Intellectuellement, on va bien au-delà de la simple résolution d’incidents, et c’est gratifiant ».

Le SOC demande déjà un régime d’astreinte aux équipes, Thierry Floriani s’incluant dans la boucle. Le jour du reportage, les statistiques soulignent « 383 000 actions malveillantes en 2h chez la centaine de clients que compte ANTEMETA » précise Thierry Floriani. Attention : incident ne veut pas dire actions malveillantes, lesquelles ne veulent pas dire attaques. Ces 383 000 actions malveillantes auront donné lieu à 89 attaques caractérisées lors de notre venue.

C’est bien évidemment sur le savoir-faire de cette équipe que repose la richesse de ce SOC. C’est là où le recrutement d’un homme comme Thierry Floriani, au parcours qui force le respect, s’avère essentiel. Thierry Floriani, ancien officier de l’Armée de l’Air venu au Cloud, connaît à la fois les process… et les hommes. Il faut le voir s’asseoir sur une chaise libre et discuter sans plus de formalité avec le responsable de l’offre cloud et les jeunes ingénieurs du SOC pour leur indiquer les pistes où chercher pour comprendre, qu’avec un recrutement comme le sien, Stéphane Blanc réussit à faire prendre la mayonnaise que tout entrepreneur souhaite de réussir : l’enthousiasme des jeunes générations, encadrée avec bienveillance par l’expérience des anciens.

C’est d’ailleurs, et on ne s’étonnera pas, un des éléments forts du parcours… et du discours de Stéphane Blanc, qui croit dur comme fer, et ce n’est pas une posture de communication, que le rôle d’un entrepreneur réside aussi dans un état d’esprit qui veille à la volonté d’y aller de ses collaborateurs. La salle de sport et de sieste paraît anecdotique, mais au moins, et à part un extraordinaire flipper « Simpson » très vintage, on ne voit, sauf dans la salle de sieste, ni « Fat Boy », ni babyfoot parfois devenus agaçant à force d’être prétextes dans l’« esprit start-up ». Le billard, exempt d’occupants lors de notre passage (en pleine journée) semble plus sympathique qu’un babyfoot planqué dans un coin et servant de relais un peu trop affiché de cette culture « disruptive » parfois énervante quand on sent qu’elle ne s’appuie sur rien d’authentique.

On ne s’étonnera pas alors de la caractéristique première demandée par Stéphane Blanc lors de recrutements, que, comme tous les autres, il a du mal à obtenir : « je recherche des gens fougueux ». Autrement dit : qui ont envie de se dépasser. Avec une alliance bien comprise entre un métier historique qui fait partie de la culture et de l’offre de l’entreprise, une culture « tech » bien ancrée qui assoit une réputation de sérieux, et un recrutement qui sait allier un encadrement bienveillant de profils expérimentés, avec la volonté « d’y aller » de la jeune génération.

En paraphrasant la fameuse phrase d’Antoine de Saint-Exupéry aviateur avant tout, et comme la culture aéronautique est aussi un des marques d’ANTEMETA, pour se donner des ailes, il faut aussi savoir garder ses racines…


THIERRY FLORIANI, RSSI DE HAUT VOL

Le parcours de Thierry Floriani, RSSI, suscite le respect. Nous avions rencontré Thierry Floriani dans un autre cadre, lorsqu’il était RSSI de Numergy, et le contact se rétablit sans peine. Thierry Floriani semble être arrivé à une étape où il n’a plus grand-chose à prouver et a décidé d’apporter son expérience à un projet d’entreprise qui lui plaît. Venant donc de Numergy, il est arrivé chez ANTEMETA en 2015. Thierry Floriani est un ancien officier de l’Armée de l’Air, diplômé de l’Ecole Militaire de l’Air, intervenant – et on ne s’étendra pas sur le sujet – sur des missions de lutte informatique défensive, et offensive. Il a pris part en appui opérationnel sur des opérations sensibles. Sans trop s’appesantir sur le détail de ses missions, on apprend qu'il s'est rendu sur des théâtres d’opération comme le Kosovo, les pays du Golfe, ou l’Irak. On y discute, ce qui n’est pas une surprise pour nous, de l’utilité du contrôle « humain » de bon sens par rapport à une procédure informatique qui paraît incohérente. Thierry Floriani quitte l’armée en 2003 et est recruté, de 2007 à 2012, sur un poste qui lui permet d’affiner son sens du management, des relations internationales, et sa sensibilité géopolitique. Il est chargé, avec la dénomination officielle de Technical Advisor, de mettre en place le centre national de recherche de l’agence nationale chargée de la cybersécurité à Abu Dhabi, poste sensible s’il en est. Il garde un excellent souvenir de cette expérience. Rentré en France, il est vite repéré par Numergy, chez qui il reste trois ans comme RSSI. N’ayant pas envie de poursuivre une aventure qui ne correspond pas à son fonctionnement lors du rachat de Numergy par le groupe Altice, il est recruté en septembre 2015 comme RSSI d’ANTEMETA, et met son expérience multiple, et son câblage d’ancien officier au service de la diversification vers le cloud d’ANTEMETA. Un câblage qui s’avère précieux, puisque, comme nous échangeons là-dessus lors du déjeuner, le monde militaire, dont la sécurité fait partie de l’ADN, intègre dès le départ dans la réflexion et les processus la notion de « Security By Design » dont on parle tant actuellement.


ANTEMETA EN CHIFFRES

• Création en 1995. • 200 collaborateurs. •  72,1 millions de chiffre d’affaires en 2018. •  Plus de 1000 clients, dont plus de 350 sous contrats de support et MCO Cloud. •  7 agences ouvertes en France et une filiale au Maroc.


ADEL GHOLLAM, UN JEUNE ANALYSTE BIEN CÂBLÉ

Adel Ghollam, 26 ans, qui a fait un Master informatique en Algérie et a suivi le Master SeCrets du Professeur Louis Goubin a l’UVSQ (Université Versailles – Saint-Quentin-en-Yvelines) travaille au sein du SOC dans trois domaines :
  MCO (maintien en conditions opérationnelles)  du SIEM du SOC.
  Evolution du SIEM.
  Et, comme ses trois autres collègues, travaille sur l’analyse de détection d’incident  et l’apprentissage de nouvelles alertes  avec des outils d’IA au SOC d’ANTEMETA.
Un peu réservé lors de l’entretien, ce qui est normal à 26 ans, il confie apprendre beaucoup tout en étant autonome et responsabilisé… et visiblement, ça lui plaît. Une des marques du management bienveillant d’ANTEMETA que l’on doit, entre autres, à Thierry Floriani.

(1) Jacqueline Auriol a été pilote d’essai de Dassault (record de vitesse sur des Mirage). Après un grave accident dans un survol de la Seine entre Meulan et les Mureaux  en 1949, elle est la première Européenne  à franchir le mur du son le 15 août 1953 dans un Mystère II.

(2) GGR Golden Globe Race, article « Anciens vs Modernes », www.mag-securs.com

(3) Un « Lieu de mémoire » en souvenir des Justes a été édifié au Chambon-sur-Lignon.

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