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Windows et Android : les meilleurs ennemis
Loïc Duval / lundi 13 février 2017 / Thèmes: Mobilité, Dossier

Windows et Android : les meilleurs ennemis

Les solutions pour profiter du meilleur d'Android sous Windows... et inversement !

L’univers Android est à la mobilité ce que le monde Windows est au PC et à l’informatique. Ces deux mondes sont aujourd’hui contraints de cohabiter. Et les utilisateurs doivent apprendre à jongler entre leurs apps.

À bien y regarder, le meilleur smartphone compagnon de votre PC Windows 10 n’est probablement pas l’un des trop rares smartphones Windows 10 Mobile, mais plutôt l’un des innombrables modèles Android du marché. Car aujourd’hui les deux systèmes, forcés de cohabiter, voient se multiplier les ponts entre leurs deux univers. Le meilleur exemple est sans aucun doute l’intégration des notifications Android dans le centre de notifications de Windows 10 depuis l’introduction de l’Anniversary Update. En outre, la catalogue d’apps Android signées Microsoft commence à être très conséquent et tend à unifier les expériences lorsque l’on passe du PC au smartphone et inversement : Office, Outlook, Groove, OneDrive, Yammer, Intune, sans compter les développements purement Android comme Next Lock Screen ou l’excellent Arrow Launcher. Vous pouvez consulter une liste assez complète des Apps Microsoft pour Android ici : http://bit.ly/2ez1FbU Au-delà des expériences, les utilisateurs éprouvent de plus en plus souvent le besoin de pouvoir exécuter des applications Android sur le PC, et parfois même de réaliser l’opération inverse en accédant depuis leur smartphone/ phablet/tablette Android à leurs logiciels PC. Et il existe des solutions, plus ou moins simples à mettre en oeuvre, plus ou moins pratiques à l’usage. Quelles sont ces solutions ? Quelles sont leurs limites et leurs avantages ? C’est ce qui nous intéresse ici.

Pour environ 100 euros, le Cube iWork10 est une tablette DualBoot Android 5.1 Lollipop et Win10.

La solution Dual Boot

La première solution, c’est bien évidemment le « Dual Boot ». L’idée consiste à installer les deux systèmes sur son appareil et de choisir au démarrage l’OS sur lequel on veut aller. Ce qui impose évidemment de redémarrer l’appareil chaque fois que l’on veut changer d’OS. Pas très pratique mais l’expérience sur chacun des OS est intégrale. En règle générale, il ne sera pas possible d’installer soi-même un deuxième OS sur un smartphone ou une tablette. Mais on trouve chez les revendeurs chinois des appareils préinstallés avec les deux systèmes. C’est le cas par exemple des tablettes Chuwi H10 Plus et Hi8 Plus, Cube iWork8 et iWork10, Onda v891w, Teclast X98+, etc. La plupart de ces appareils coûtent moins de 100 euros. Ils possèdent un utilitaire Windows qui permet de redémarrer sous Android et une App Android pour redémarrer sous Windows. Sur PC, la solution Dual Boot est aisément réalisable et ne diffère pas des principes de Dual Boot que l’on connaît lorsque l’on fait cohabiter Windows et Linux par exemple. Trois distributions « Android x86 » sont possibles à ces fins : le portage officiel – ce qui permet notamment d’explorer différentes versions y compris Android 7.0 –, CyanogenMod et RemixOS (fork multifenêtré d’Android pour PC). Ces trois distributions peuvent librement être téléchargées depuis le site android-x86. org. Une fois le fichier ISO récupéré, il suffit de le transformer en clé USB bootable à l’aide d’un utilitaire comme Rufus (rufus.akeo.ie), Universal USB Installer (www.pendrivelinux. com) ou Unetbootin (unetbootin. github.io). Redémarrez alors le PC sur la clé USB et installez Android sur une partition vierge comme vous le feriez avec Linux, le boot comportant une option “Installer Android sur le disque dur”.

D’une manière générale Android x86 s’installe sans encombre sur la plupart des PC. Les dernières Builds ont un support natif pour la plupart des écrans tactiles et les capteurs des tablettes Windows.

RemixOS est un fork multifenêtré d’Android x86 pour PC.


Quid d’Astoria ?

En 2015, Microsoft avait annoncé le support natif des applications Android sur Windows 10 Mobile au travers d’une couche d’émulation dénommée « Project Astoria ». Apparue sur plusieurs Builds « Windows Insiders », la tentative a finalement été abandonnée. Mais l’apparition de Ubuntu BASH sous Windows 10 Anniversary Update rappelle que Microsoft conserve au coeur de l’OS des solutions pour supporter les apps Android. Pour l’instant la volonté de l’éditeur est plutôt d’amener les développeurs à créer des apps communes à UWP et Android via l’intégration de Xamarin dans Visual Studio.


Les émulateurs Android

La solution la plus pratique et la plus collaborative entre les deux environnements consiste à adopter l’un des très nombreux émulateurs Android. Ils émulent le hardware d’une tablette ou smartphone Android au travers d’un hyperviseur embarqué – généralement VirtualBox – et exécutent Android en machine virtuelle au sein d’une fenêtre Windows. Leur usage impose souvent de désinstaller Hyper-V et autres hyperviseurs préalablement installé. La plupart du temps, ces solutions semblent plus optimisées pour bien exécuter les jeux, les apps rencontrant davantage de problèmes de compatibilité et de fiabilité, notamment en raison de l’absence des capteurs smartphones sur PC.

BlueStacks est le plus connu d’entre eux. Il fut la première solution à concrètement réaliser la promesse d’une exécution des apps et jeux Android sous Windows. BlueStacks s’est spécialisé dans l’univers ludique en intégrant des mécanismes de streaming vidéo des jeux Android sur Twitch ou sur Facebook, faisant ainsi de Windows – mais aussi Mac OS X – la solution la plus pratique pour les « vlogueurs » afin de diffuser leurs exploits et astuces sur les jeux Android en utilisant leur PC ou Mac. La solution implémente Android 4.4 sans pour autant fournir l’interface utilisateur du système. Ici, chaque application s’ouvre sous forme d’un onglet au sein de la fenêtre BlueStacks qui comporte son propre lanceur d’apps. Elle offre une barre d’icônes avec des options permettant de transférer des fichiers Windows vers l’univers Android ou de réaliser des Copier/Coller entre les deux univers – chose qu’il est l’un des seuls à proposer. L’accès au Play Store est intégré de base.

Tous les émulateurs ne se valent pas : BlueStacks est l’un des meilleurs.

LeapDroid prétend être l’émulateur le plus rapide. Les performances sont effectivement excellentes avec une bonne prise en charge de la souris et une réactivité tout à fait satisfaisante, à condition bien évidemment de disposer d’une machine avec un processeur rapide comme les Intel Core i5 et i7. La compatibilité est d’une manière générale assez bonne même si certaines apps ne fonctionnent pas. L’émulation est complète – le Play Store est présent – et donne l’impression de piloter une tablette Android depuis une fenêtre Windows. Lors de l’exécution, une barre verticale permet de contrôler le volume sonore, capturer l’écran, définir un mappage de touches à des zones de l’écran – une fonction très utile sur les jeux pour émuler les contrôles tactiles depuis le clavier PC.

AMIDuOS est signé American Megatrends, le producteur de Bios PC. Sa version Pro (13 $) implémente Lollipop. Seul l’accès à l’Amazon AppStore est proposé en standard, mais le site offre une astuce pour installer le Play Store. Originalité : AMIDuOS se présente comme compatible ARM v7 et supporte donc toutes les apps smartphones. Il utilise les pilotes natifs OpenGL de Windows pour booster ses prestations graphiques. Le support des capteurs des tablettes Windows semble complet et fonctionnel. Il en résulte une bonne compatibilité avec la plupart des apps y compris celles plutôt récalcitrantes à l’émulation comme BeIn Sports Connect.

Malheureusement, AMIDuOS ne s’est pas montré très stable durant nos tests avec de nombreux plantages inopinés. Sans compter une gestion chaotique du clavier PC français. Dommage car il regorge de bonnes idées comme le copier/ coller entre les deux univers ou la possibilité d’épingler les apps Android sur le bureau Windows et d’attacher les dossiers Documents, Images, Vidéos et Musiques de Windows comme des disques Android.

AMIDuOS est un émulateur Android signé American Megatrends.

Andyroid est livré avec une multitude de crapwares sous Windows comme sous Android ! De quoi décourager les utilisateurs qui tiennent à garder un PC sain. Souvent présenté comme un des émulateurs Android phare sous Windows, il s’est révélé plutôt décevant. Certes, il affiche des performances satisfaisantes et des fonctionnalités orientées jeux comme le support des manettes Xbox ou la capture de l’écran Android en vidéo. Mais le système manque quand même quelque peu de fluidité bien que la stabilité semble au rendez-vous.

Droid4X offre des fonctions très originales, comme la possibilité d’utiliser à distance votre smartphone pour contrôler les jeux et menus qui apparaissent sous l’émulateur PC. Il fonctionne en émulation ARM. Mais la compatibilité des apps est assez aléatoire, l’OS émulé est vieillissant et les performances ne sont pas à la hauteur des concurrents.

MEmu joue lui aussi davantage la carte des jeux que des apps même si l’utilisation productive de cet émulateur n’est pas à bannir, la stabilité étant plutôt au rendez- vous. L’émulation, qui se présente au système comme une émulation du Samsung Galaxy Tab 3, est de bonne facture, permet d’activer simplement l’accès Root, avec des performances graphiques excellentes. Seules les apps non-ARM sont supportées. Le Play Store est installé et accessible immédiatement.

Signalons qu’il existe d’autres solutions comme le prometteur Nox 3, l’instable Windroye ou l’intolérant YouWave. Les ingénieurs du fork Android « RemixOS » ont également mis au point « RemixOS Player », un exécutable qui présente l’univers Android au sein d’une fenêtre mais à l’affichage bien trop lent et poussif pour un usage quotidien. Enfin, d’autres émulateurs sont davantage destinés aux développeurs et méritent le coup d’oeil. C’est notamment le cas de Genymotion, de Xamarin Android Player et du Visual Studio Android Emulator.

Le choix est donc pléthorique mais aucune solution n’est parfaite. Il vous faudra probablement installer deux ou trois émulateurs différents en fonction des apps et jeux à faire tourner, tant les incompatibilités et instabilités sont fréquentes.


L’extension ARC Welder de Chrome

Sur le papier, ARC est la solution la plus élégante pour exécuter les apps Android sous Windows. On le sait, Google cherche à rapprocher ses deux systèmes d’exploitation ChromeOS et Android. Le premier pas concret dans cette direction a été de développer pour ChromeOS et son navigateur Chrome une extension permettant d’exécuter les apps Android sous Chrome – et donc sous Windows – au travers de sa technologie ARC (App Runtime for Chrome). ARC Welder convertit un APK Android en Chrome App. Pour l’instant, l’outil est destiné aux développeurs et ne permet que l’exécution d’apps ne faisant pas appel aux services Google et ne donne pas accès au Play Store. Depuis la fin septembre, Google a commencé à déployer Google Play sur certains appareils Chromebook grâce à des évolutions de sa technologie ARC. L’adapter à Chrome sous Windows n’est plus qu’une question politique.


Le contrôle à distance d’Android sous Windows

Plutôt que d’émuler Android sous Windows, il est parfois plus simple de simplement prendre le contrôle à distance de son smartphone ou de sa tablette. Souvent peu adaptées aux jeux, ces solutions s’avèrent plus pratiques pour répondre aux SMS depuis son PC/Mac ou utiliser le clavier et l’écran de l’ordinateur lors de chats.

AirDroid est en ce sens l’une des applicat ions les plus connues, les plus utiles et les plus abouties. Elle est l’équivalent de l’excellent BlackBerry Blend de feu BB10.

Son concurrent PushBullet n’offre pas d’affichage déporté mais reprend les notifications du terminal mobile sur l’ordinateur, simplifie le transfert de fichier, permet d’envoyer simplement un lien web de l’ordinateur vers le smartphone, d’écrire vos SMS à partir du clavier PC/Mac.

DeskDock App permet d’utiliser le clavier et la souris du PC/Mac pour piloter un terminal Android. Elle utilise un Daemon en Java à installer sur l’ordinateur.

Mobizen est une autre alternative davantage orientée sur la capture d’écran Android en photo ou vidéo.

Vyzor, créé par un des co-fondateurs de Cyanogen, permet un contrôle précis et complet d’un appareil Android, avec déport de l’affichage, du navigateur Google Chrome sur Mac et PC.

PushBullet est une des solutions de prise de contrôle à distance d’un smartphone ou d’une tablette.

Le contrôle à distance de Windows sous Android

Enfin, il peut aussi être utile de prendre le contrôle de votre machine Windows à distance d’une tablette ou d’un smartphone Windows. Ceux qui maîtrisent déjà RDP se tourneront vers l’excellent Microsoft Remote Desktop disponible sur le Play Store. Les autres s’orienteront plutôt vers des solutions de prise de contrôle à distance plus universelles qui évitent d’avoir à intervenir sur le pare-feu – via l’utilisation du Cloud – à l’instar de Splashtop 2, Codeweavers CrossOver, LogMeIn ou même TeamViewer. ?


Un étrange brevet Samsung

Avec le projet Samsung Ativ Q, tombé dans les oubliettes, Samsung avait déjà tenté de proposer un appareil Dual Boot Windows/Android. Depuis, la marque a obtenu un brevet autour d’une technologie permettant d’exécuter les deux systèmes simultanément, avec un système de fenêtrage permettant de glisser/déposer des éléments entre ces deux univers. On ignore cependant si ce brevet couvre un projet en cours de développement ou abandonné.


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