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ARM : La petite puce devenue grosse

par Emilien Ercolani - Dossier publié par le magazine L'Informaticien le 01/01/2013 Article Rating

Apple iPhone et iPad, Samsung S3, Microsoft Surface RT… Tous ces produits et plein d’autres nouveautés 2012 – notamment la quasi-totalité des mobiles sous Android – ont au moins un point commun : leur architecture processeur de conception ARM ! Longtemps dans l’ombre de ses grands concurrents Intel et AMD, le britannique ARM, grâce à un modèle économique atypique mais pertinent, est un possible futur numéro 1 mondial des microprocesseurs.

ARM n’aurait probablement pas connu le succès actuel sans la démocratisation des périphériques mobiles (smartphones, tablettes, etc.). La société britannique serait probablement encore réduite au rang de fabricant de semi-conducteurs au rôle marginal sans ces appareils mobiles qui ont d’une part fait sa réputation, d’autre part fortement contribué à l’envergure de l’entreprise telle qu’on la connaît actuellement.

Pour découvrir les origines de ARM, il faut tout d’abord se tourner vers celles d’Acorn Computers, entreprise britannique elle aussi fondée par Hermann Hauser et Chris Curry. Leur premier processeur s’appelait, ironiquement comme on le verra par la suite « Atom », cadencé à 1 MHz avec 12 Ko de mémoire ROM. Nous sommes alors à la fin des années 70. Au début de 1980, l’entreprise travaille avec la British Broadcasting Corporation (BBC) pour créer un ordinateur personnel : le BBC Micro, qui trouvera un succès relatif outre-manche. Parallèlement, le monde de l’informatique bouillonne, et Apple présente l’ordinateur Lisa en 1982, avec son processeur 16 bits. Chez Acorn, on regarde les processeurs de Motorola notamment, mais on les juge trop lents et trop couteux. En 1983, l’entreprise se tourne vers Intel pour étudier le processeur 80286 ; l’Américain refuse. Un mal pour un bien puisque, dos au mur, Acorn met tout en oeuvre pour développer dans le secret son propre processeur à architecture « Reduced Instruction Set Chip » (RISC).

Il en résulte donc le premier processeur ARM, à l’époque l’acronyme de « Acorn RISC Machine », puisque celui-ci sera changé en 1998 pour « Advanced RISC Machine ». Il voit le jour en 1985, grâce notamment à une tecÚologie de fabrication empruntée à VLSI TecÚology. Le ARM1 est né, inspiré du design du processeur 8 bits MOS TecÚology 6502, mais propose déjà du 32 bits ! Toutefois, cette première prouesse restera principalement un processeur « témoin », rapidement supplanté par le ARM2 et ses 30 000 transistors, le premier à entrer en production. Plusieurs produits équipés de ce processeur verront le jour mais resteront relativement discrets, et ne graveront jamais leur nom dans l’histoire. Nous sommes à la fin des années 80 et l’entreprise ARM n’est toujours pas née.

L’ARM tombe du pommier

Outre Acorn et VLSI TecÚology, il faudra une troisième entreprise pour que ARM voit le jour. Il faudra aussi que le marché s’emballe pour les Personal Digital Assistant (PDA) et qu’Apple cherche un processeur pour un projet connu sous le nom de « Newton ». Tous les éléments sont réunis et puisque rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme : Acorn + VLSI + Apple = ARM, la co-entreprise que nous connaissons aujourd’hui, même si elle a beaucoup évolué depuis – structurellement parlant également. Pour l’histoire, elle fut créée en moins de six semaines, ce qui souligne l’importance du contrat d’une part, et le caractère d’urgence d’autre part. Le 27 novembre 1990, ARM est donc née, pour « adresser le marché en croissance des processeurs RISC 32 bits à bas coût et haute performance ».

Apple est donc de la partie mais rappelons que le PDA Newton, l’ancêtre de l’iPad en quelque sorte, a été l’un des échecs les plus retentissants d’Apple. Lancé en 1993, il est arrêté en 1998, année au cours de laquelle un certain Steve Jobs reprend peu à peu les commandes de l’entreprise ce qui a son importance car Apple revendra ses parts dans la holding à la toute fin des années 90, ce qui lui permettra entre autre de restaurer des finances mal en point.

En 1990, c’est Robin Saxby, alors en poste chez Motorola, qui est choisi pour devenir PDG de l’entreprise. Il accepte la mission et doit directement prendre de très importantes décisions : s’associer avec un fabricant de semiconducteurs ou créer une entreprise de semiconducteurs sans usine mais qui sous-traite la fabrication des designs qu’elle crée. Aucune de ces solutions ne sera fi nalement choisie et Robin Saxby optera pour une troisième voie: faire de ARM une entreprise créatrice de designs, et vendeuse de propriété intellectuelle. C’est un coup de génie puisque le marché va devenir de moins en moins « vertical ».

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