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MICROSOFT : 38 années de persévérance

par Stéphane Larcher - Dossier publié par le magazine L'Informaticien le 31/08/2012 Article Rating

Back to Seattle

Ayant le mal du pays, Microsoft se rapatrie du côté de Seattle, d’où sont originaires les deux fondateurs de l’entreprise. À la fin de l’année fiscale 1978, la jeune entreprise atteint son premier million de dollars de chiffre d’affaires et emploie une dizaine de salariés. Bill Gates, âgé de 23 ans, travaille jour et nuit au développement de sa start-up pour laquelle il a abandonné la prestigieuse université de Harvard où il était inscrit. Plus anecdotique mais révélatrice de l’état d’esprit du jeune homme, Bill Gates collectionne alors les amendes pour excès de vitesse au volant de sa Porsche, car tous ses déplacements sont toujours calculés au plus juste, l’homme ayant une sainte horreur de perdre du temps. Du côté d’Armonk, le siège d’IBM, on observe depuis plusieurs années ces micro-ordinateurs à la manière amusée de parents regardant leurs enfants jouer avec leurs costumes. Sauf que les années passent et que cela ne ressemble plus du tout à un jeu. Si Microsoft et d’autres sont des entreprises minuscules, ce n’est plus le cas d’Apple qui rencontre un succès phénoménal avec son Apple II. L’informatique est une affaire sérieuse, pense-t-on chez IBM et il n’est pas question de laisser cette activité à des « hippies ». IBM a donc décidé de riposter et prépare dans le plus grand secret son propre micro-ordinateur, l’IBM PC, qui donnera le nom à toute la catégorie. La quête des meilleurs logiciels conduit les représentants de Big Blue dans les locaux de Microsoft où les jeunes microsoftees se voient contraints de signer un Non Disclosure Agreement (Accord de non divulgation) de toutes les informations qui vont leur être dévoilées. IBM veut un Basic pour son PC et l’affaire va rapidement se conclure. En parallèle, IBM cherche un système d’exploitation et se tourne naturellement vers la société Digital Research dirigée par Gary Kildall, dont le système d’exploitation CP/M domine le marché sur le TRS-80. 

La visite des plénipotentiaires IBM restera comme l’un des plus gros ratés de la jeune histoire de la micro. Tout d’abord, Gary Kildall a – semble-t-il – oublié le rendez-vous et voyage quelque part en avion. Quant à son épouse, elle refuse de signer l’accord de confidentialité. Les représentants de Big Blue repartent donc bredouilles et font part de leur amertume au jeune Bill Gates. Celui-ci a rencontré récemment un jeune développeur, Tim Patterson, qui oeuvre chez Boeing, la grande entreprise de Seattle. Baptisé QDOS (Quick & Dirty Operation System, soit « système d’exploitation vite fait mal fait »), ce système peut être porté sur l’IBM PC. Et Microsoft va réussir un nouveau tour de force, à savoir conserver les droits sur PC-DOS – l’OS d’IBM – mais également signer un accord de non exclusivité permettant de distribuer ce système à d’autres constructeurs de PC qui pourraient se présenter, ce qui ne manquera pas de se produire et propulsera Microsoft vers les sommets quelques années plus tard.

Un trésor de guerre

Effectivement, si l’IBM PC est livré avec pas moins de trois systèmes d’exploitation possibles, CP/M, MSDOS et PC/IX – un dérivé d’Unix –, c’est l’OS Microsoft qui emporte la mise auprès des consommateurs. L’industrie des compatibles PC qui démarre dès les années 1983-1984 favorise encore plus Microsoft qui va s’imposer devant les autres et se constituer un trésor de guerre lui permettant d’aborder de nouvelles batailles dans les logiciels applicatifs et un nouveau système d’exploitation Windows.

L’année 1983 est sans doute une année clé dans la jeune histoire de la micro-informatique. En une année, un éditeur – Lotus – va s’emparer de la première place au niveau mondial grâce à un programme qui fera date : 1-2-3. Ce tableur-grapheur-gestionnaire de données créé par Mitch Kapor et Jonathan Sachs va dynamiser le marché du PC auprès des professionnels et se vendre immédiatement à des dizaines de milliers d’exemplaires. Toujours cette même année, Apple prépare dans le plus grand secret le MacIntosh. Enfin, c’est également en 1983 que Microsoft commencera ses travaux autour de l’interface graphique Windows qui sera finalement commercialisée en 1985, mais ne rencontrera pas le succès du moins dans sa version 1.0. Durant ces années, Microsoft commencera sa diversification avec ses premiers logiciels applicatifs : le traitement de texte Word et le tableur Multiplan, qui n’arriveront pas à s’imposer face à Wordperfect et Lotus 1-2-3 à la notable exception de la France. C’est également en 1983 que Microsoft lancera sa première souris comportant deux boutons.

Une indifférence polie pour Windows 1

La deuxième partie des années 80 va voir le refroidissement, puis le divorce, entre IBM et Microsoft et le début de la bagarre juridique avec Apple. Comme nous l’avons vu, la version 1.0 de Windows ne suscite qu’une indifférence polie mais la version 2.0 rencontre plus de succès et Apple intente un procès à Microsoft pour plagiat : ce procès durera jusqu’en 1994 et Apple le perdra définitivement en appel. Du côté de chez IBM, on prépare en partenariat avec Microsoft la version suivante du système d’exploitation OS/2. Mais les deux partenaires divergent sur l’interface graphique qui doit équiper ce système. Microsoft veut imposer Windows alors qu’IBM lui préfère Presentation Manager (PM).

En 1986, Microsoft est introduit en Bourse, au cours de 21 dollars l’action. Le cours de clôture du jour d’introduction est de 28 dollars. Il s’ensuivra une progression continue durant les dix années suivantes entraînant pas moins de 17 splits (division de l’action) pour maintenir le cours à un niveau raisonnable, ceci ayant pour conséquence d’arriver à une capitalisation boursière de 500 milliards de dollars à l’aube du vingt-et-unième siècle et pour son fondateur de devenir l’homme le plus riche de la Planète.

Si l’entreprise poursuit ses efforts sur Windows, elle n’oublie pas l’environnement MacIntosh. La suite Office sort en 1989 et s’affirmera durablement comme l’application professionnelle la plus vendue sur Mac, grâce notamment à un logiciel qui fera date sur toutes les plates-formes, le tableur Excel.

Windows 3.0 sort en mai 1990. Contrairement à ses deux prédécesseurs, le logiciel plaît, en particulier parce qu’il permet l’exécution sur PC de nouvelles applications graphiques jusque-là réservées aux Mac, comme les logiciels graphiques et de mise en page. Autour de Windows 3.0, Microsoft propose également de nouvelles versions de ses logiciels Word et Excel, le tableur qui succède définitivement à Multiplan. De leur côté tous les éditeurs qui ont fait le pari d’OS/2 PM sont en retard dans le lancement de leurs logiciels et ces mois perdus vont leur être fatals. Windows 3.0 va se vendre à dix millions d’exemplaires en deux années et entraîner des ventes presque identiques pour Word et Excel au détriment de Lotus 1-2-3 et Wordperfect, leurs éternels concurrents. La version 3.1 de Windows, sortie deux ans plus tard, enfonce le clou.


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