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NOVELL : Une boîte dans laquelle on voulait entrer !

par Bertrand Garé - Dossier publié par le magazine L'Informaticien le 01/09/2007 Article Rating

Novell fait de nouveau l’actualité. Cette notoriété renouvelée n’a cependant rien à voir avec ce que Novell a connu dans le passé. Retour sur les grands moments de l’entreprise qui a fait que l’informatique est ce qu’elle est aujourd’hui.

Régis Dubois est un vieux de la vieille chez Novell France. « Je suis ingénieur certifié sur Netware depuis 1993 et chez Novell depuis 1999. Au début des années 90, je regardais les secteurs qui avaient de l’avenir. Il y avait de forts besoins dans les réseaux. Je suis entré chez Novell un peu sur un coup de chance. Vue de l’extérieur, c’était une entreprise qui s’adressait aux techniciens. Je me rappelle des séminaires qui étaient comme des fêtes, et des longues nuits passées entre techniciens sur les versions bêta. C’était vraiment une boîte où les gens voulaient aller. » Quelle entreprise peut se targuer de recevoir de telles fleurs après 15 ans d’ancienneté ?

Un fabricant hardware

L’entreprise débute son activité en 1979 sous le nom de Novell Data System, comme fabricant de matériel informatique, notamment de cartes réseaux. Dennis Fairclough, Drew Major, Dale Neibaur et Kyle Powell quittent leur emploi au Eyring Research Institute pour se lancer dans cette aventure.

Dennis Fairclough, interrogé pour cette enquête, précise que « dans cet institut, nous travaillions sur un ordinateur s’appuyant sur TI 9900 et un interpréteur Basic qui s’appelait PBasic. L’idée de la création de Novell vient de Jack Davis, un ami, qui m’a approché pour monter une société et lancer un serveur de réseau. Il avait aussi dans l’idée de réaliser une imprimante matricielle. Ce projet n’a pas été réalisé ».


Le financement provient de différentes sources, dont Safeguard Data systems. Dennis Fairclough, Jack Davis et Larry Edwards se répartissent les tâches dans la gestion de l’entreprise. Dennis Fairclough, aujourd’hui professeur d’informatique à l’Université de l’Utah, s’occupe de la recherche avec les membres de Super Set. Jack Davis assure les ventes et le marketing. De cette association résulte la sortie d’une « Pizza Box » avec le software qui évoluera vers ce qui deviendra Netware. En 1982, des problèmes économiques impliquent une restructuration et, en 1983, l’entreprise se lance dans les gestionnaires réseau et change de nom. Il est communément admis que le nom de Novell aurait été initié par la femme de George Canova, un nouvel actionnaire de l’entreprise. Mais Dennis Fairclough réfute totalement cette anecdote : « Le nom de Novell vient de Jack Davis et d’un ancien mot français pour nouveau. » Netware 1 est la concrétisation de cette nouvelle stratégie. En contrepartie des fonds apportés, les dirigeants fondateurs Canova et Davis quittent l’entreprise.

L’heure de gloire

Le produit connaît un engouement pratiquement sans pareil. La part de marché de Netware atteint jusqu’à 75 % du marché et l’éditeur occupe une place quasi monopolistique sur les réseaux. Seul le bastion de l’Université résiste en s’appuyant sur le TCP/IP qui est présent sur les serveurs UNIX utilisés. À l’époque, le protocole IP n’était pas aussi omniprésent du fait de certains défauts de qualité sur la transmission du message d’où son association quasi obligatoire avec TCP.
Novell mise sur un protocole aux qualités supérieures mais propriétaire.
Régis Dubois estime que cette embellie dure jusqu’à la version 4.0, qui introduit un nouveau produit, l’annuaire NDS. Un coup d’arrêt se fait sentir. Régis Dubois pense pour sa part qu’il y a eu alors des erreurs marketing : « La solution était moins stable que les autres versions et la mise en œuvre était complexe. Les produits sur les fonctionnalités ne s’adressaient plus aux techniciens mais aux dirigeants fonctionnels. » Les problèmes commencent à s’accumuler avec la baisse de la part de marché de Netware face aux concurrents s’appuyant sur le TCP/IP.
Lorsqu’on lui demande si Novell était trop en avance ou si IPX était une erreur, Dennis Fairclough répond : « Non, pas à l’époque, les jeux étaient loin d’être faits et le produit annuaire a gagné de belles parts de marché. »


Le doute

Il s’ensuit, pour échapper à l’effet ciseaux entre la baisse de revenus de Netware et la montée en puissance de nouveaux produits, des essais de diversifications pour le moins hasardeux. Les essais dans la bureautique n’eurent pas les effets escomptés. Le rachat d’une grande entreprise de services comme Cambridge, qui devait consacrer le passage de Novell à la fourniture de solutions complètes, brouilla encore plus le message de l’entreprise ; lequel n’était même plus compris par les employés.
Régis Dubois se rappelle qu’« il était difficile de s’entendre dire que Novell était mort. Le plus dur était surtout de se demander comment la société allait s’en sortir ». Il ajoute : « De nos jours, cela se comprend mieux. Ces briques ont permis de construire les produits d’aujourd’hui, mais ce n’était pas évident. »


La rédemption par l’Open Source

À partir de 2003, Novell choisit la carte de l’Open Source pour pallier la baisse des ventes de Netware. Selon Régis Dubois, « La stratégie était plus claire. Il y avait un réel intérêt car cela venait d’ailleurs. C’était intéressant pour le futur. » Tour à tour, Ximian, créateur de Gnome, puis SuSE, l’éditeur de la  distribution s’appuyant sur le kernel Linux, tombent dans l’escarcelle de Novell et redéfinissent le Novell que l’on connaît aujourd’hui, jouant la carte de la complémentarité avec les environnements Microsoft. Est-ce la bonne piste pour redevenir un grand du marché ? Les avis restent très partagés et la carte de la complémentarité avec Microsoft ne fait pas que des heureux dans le monde de l’Open Source. De nouveau, Novell est à la croisée des chemins.

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