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SAP : Une réussite exemplaire

par Bertrand Garé - Dossier publié par le magazine L'Informaticien le 01/11/2007 Article Rating

En 35 ans, l’éditeur allemand a écrit l’une des plus belles pages de l’histoire de l’informatique. Son nom est devenu quasiment synonyme de système de gestion d’entreprise. De la start-up réalisant des logiciels sur mesure pour des grands groupes, SAP s’est transformé peu à peu en standard de fait. L’éditeur réinvente en permanence en suivant les évolutions de l’industrie.

Des cinq fondateurs, seul Hasso Platner a eu droit à la lumière. Pourtant, ses quatre compères, à l’origine développeurs comme lui chez IBM en Allemagne, ont tous largement participé à la mise en œuvre d’une des plus belles sagas de l’informatique. Pour mémoire, citons donc Klaus Tschira, Dietmar Hopp, Claus Wellenreuther et Hans-Werner Hector.
Leur aventure débute en 1972, en Bavière, lorsqu’ils développent, comme toute entreprise informatique de l’époque, des logiciels sur mesure pour des entreprises sur des environnements Mainframe. Le premier contrat porte sur un système comptable et financier pour l’usine d’Imperial Chemical, à Ostragen. Le but était de réaliser un système de gestion standard en temps réel. Les cinq fondateurs y ont travaillé jours et nuits. L’entreprise débute officiellement… un 1er avril ! Mais l’aventure qui commence ne ressemble surtout pas à une plaisanterie…


Une idée simple

SAP (Systemanalyse und Programment-wicklung) part d’une idée simple, qui provient des observations des fondateurs comme consultants chez IBM. Ils avaient noté que leurs clients développaient tous des programmes machines sensiblement identiques. Ils eurent donc l’idée de développer ces fonctions de manière standard en intégrant tous les processus métier.
L’autre idée était de traiter les données de manière interactive et en temps réel, l’écran de l’utilisateur devenant le point central de la gestion des données de l’entreprise. Ces idées, très en avance pour l’époque, allaient constituer la base du développement et du succès de SAP. Même les nouveautés récentes dans les produits SAP sont conformes à ces idées de départ et donnent un élément éclairant sur la stratégie de l’entreprise.
Le premier contrat permet l’embauche de neuf personnes. Ces renforts s’appuient sur la capitalisation de l’expérience de ce premier contrat pour enrichir la solution. Cela deviendra le « System R ».
L’année suivante deux entreprises allemandes ; Roth Hândle (un fabricant de cigarettes) et Knoll (produits pharmaceutiques) s’équipent de la solution SAP R/2 de comptabilité financière. La réputation de l’entreprise s’étend et 40 clients utilisent bientôt les solutions de SAP. 
En 1977, SAP change de statut et ouvre son capital pour financer son développement. La même année, l’entreprise déménage à Walldorf et devient Systeme, Anwendungen, Produkte der Datenverarbeitung (Systems, Applications, Products in Data Processing). Les revenus atteignent 4 millions de D-Mark et la société emploie 25 personnes. La même année, elle signe ses premiers contrats internationaux – avec deux entreprises autrichiennes. Le développement d’une version en français marque la volonté de déploiement vers l’international.
En 1978, SAP fonde son propre centre de recherche et développement, toujours à Walldorf. Une fois terminé (1980), le centre regroupe toutes les équipes de recherche. À la fin de la même année, 50 des 100 premières sociétés industrielles allemandes sont clientes de SAP. Elle est alors la 17e SSII allemande. La qualité de son produit est largement supérieure à celle de ses concurrents américains qui s’intéressent assez peu au Vieux Continent, occupés qu’ils sont à fournir leur marché intérieur.
Le développement à l’allemande prend le dessus sur le « good enough » des logiciels américains.


La décennie de l’international

Les années 80 vont marquer l’envol de SAP à l’international. Le produit R/2 est alors en pleine maturité et comprend des fonctionnalités complètes. Il est temps pour l’entreprise de sortir du monde germanique (Allemagne, Autriche, Suisse) pour s’implanter aussi au-delà.

La première concrétisation de cette stratégie d’expansion passe par la création en 1984 d’une structure, SAP AG, en Suisse. Sa mission est de développer les ventes de R/2 à l’international. 1985 sera l’année de l’expansion en dehors de l’Europe, avec les premiers clients aux États-Unis mais aussi au Moyen-Orient dans les Caraïbes et en Afrique. Dès l’année suivante, des filiales à l’étranger se créent ; la première sera la filiale autrichienne. Suivront l’année suivante, les Pays-Bas, la France, l’Espagne et le Royaume-Uni. L’année marque aussi le début du développement de la version 3 du Système R. En 1988, un tournant s’opère avec l’ouverture, à Philadelphie, d’un bureau américain et la mise en place d’un système commercial spécifique. Les vendeurs perçoivent un intéressement. Le système fera grincer quelques dents de commerciaux internes. L’année voit se développer les clubs ou groupes utilisateurs et les partenariats avec des sociétés de services informatiques. La quasi consécration a lieu en 1989 avec une introduction en bourse sur les places de Francfort et Stuttgart. SAP devient une société anonyme. Elle fête encore cette année là son 1 000e client, Dow Chemical.
En 1989, l’entreprise reçoit le prix de Compagnie de l’année, par le magazine Manager. En 1990, SAP devient le quatrième éditeur mondial.

Le décollage

Le début de la décennie 90 marque les premiers pas de SAP dans le monde des PME, avec les achats de CAS et de Steeb. L’année 1991 voit l’apparition des versions russe et japonaise de R/2.
Le vrai virage, qui amènera SAP au sommet, est la sortie de la version client/serveur R/3. Cette nouvelle architecture sur trois niveaux permettait d’épouser aux mieux l’architecture en place chez les clients. Le succès de la version dépasse toutes les visions des analystes. Avec R/3, SAP touche désormais aussi les branches et filiales de ces clients.
R/3 est aussi un symbole de son époque. Culturellement, un ouvrage de Hammer et Champy lance la mode du re-engineering. Pour beaucoup de lecteurs, la mise en œuvre des préceptes du livre passera par la refonte de leurs systèmes d’informations autour de SAP.


C’est aussi l’époque du pari réussi. Les licences portent désormais sur le nombre de postes utilisateurs ce qui fait exploser les chiffres de vente. 1994 est l’époque de la signature d’un partenariat stratégique avec Microsoft et son nouveau système NT. Quatre mois après l’annonce, un client suisse est le premier à s’équiper de SAP sur la plate-forme de Microsoft. Un centre de développement est installé à Foster City, dans la Silicon Valley.
Le reste de la décennie voit la poursuite du développement international et des fonctionnalités du produit. La réussite de SAP passe aussi pour l’intérêt du logiciel pour ses partenaires. Paramétrages et conduite du changement (il vaut mieux adapter les processus de l’entreprise que d’adapter le logiciel aux procédures existantes) font de SAP une mine d’or pour les sociétés de services. Les coûts en prestations peuvent s’étager d’un facteur de 5 à 20, suivant le périmètre du projet.
Au bout de 25 ans, en 1998, le logiciel a été installé 20 000 fois et 5 millions de salariés l’utilisent quotidiennement. D’une start-up de neuf employés avec 300 000 dollars de chiffre d’affaires en 1972, SAP réalise 6,3 milliards d’euros et emploie 24 178 personnes ! Cette croissance incroyable connaît son point d’inflexion lors de l’arrivée de SAP aux États-Unis. Le développement à l’allemande n’a pas seulement dépassé la qualité des logiciels américains, il a réussi à s’imposer chez l’adversaire tout en suscitant bien des envies et l’arrivée de concurrents, dont certains comme Oracle vont passer la « surmultipliée » pour rattraper le retard dans les années suivantes.

La révolution Internet

Malgré un succès extraordinaire, SAP ne s’est pas endormi sur ses lauriers. Avec l’explosion de l’Internet depuis les années 2000, l’éditeur s’est adapté pour suivre ses clients qui se convertissaient à ce modèle en réseau. SAP R/3 devient MySAP.ERP et bénéficie de la technologie Internet.
La période voit aussi l’éditeur rechercher d’autres relais de croissance pour continuer sa progression.
La première piste est l’extension des fonctionnalités de la suite de l’éditeur allemand. La gestion de la relation client, de la logistique, de l’aide à la décision ouvre encore plus la solution de SAP. Sur certaines fonctionnalités, comme la gestion des risques et de la conformité, SAP a été précurseur et a apporté d’importantes nouveautés.
L’autre piste est d’ouvrir le produit sur de nouveaux publics dans des entreprises de taille plus petite. Après de nombreux essais plus ou moins convaincants, SAP a appris beaucoup et lance des produits totalement dédiés à cette cible d’entreprises moyennes. La dernière arme stratégique est la conversion à un modèle sous forme hébergée, « business by design » : un ERP complet en ligne pour les petites entreprises.


Cette adaptation vers de nouveaux publics et de nouvelles fonctions montrent aussi que l’ERP unique ne peut répondre à tout dans l’entreprise. SAP en est rapidement conscient. L’éditeur devient pionnier sur une nouvelle architecture à base de web services et d’applications composites, permettant d’apporter plus de valeur dans les applications et une intégration plus simple et facile avec les autres composantes du système d’information.
C’est quasiment une réinvention de SAP qui s’est produite depuis le début de ce siècle. Liée à une internationalisation forte, cette réinvention a changé aussi SAP vers une américanisation des structures qui a fait parfois grincer des dents en interne.


Aujourd’hui, SAP se trouve à un tournant : réussir son pari sur le développement de nouvelles solutions pour de nouveaux publics, ou assister inexorablement à la chute depuis son piédestal. 

Le chiffre d’affaires de SAP depuis ses débuts

• 1972 : 0,6 millions de DM
• 1977 : 4 millions de DM
• 1978 : 10 millions de DM
• 1982 : 24 millions de DM
• 1986 : 100 millions de DM
• 1987 : 245 millions de DM
• 1990 : 500 millions de DM
• 1991 : 700 millions de DM
• 1992 : 831 millions de DM
• 1994 : 1800 millions de DM
• 1995 : 2700 millions de DM
• 1998 : 12 600 millions de DM 
(6,3 milliards d'euros)
• 2002 : 14 824 millions de DM 
(7,4 milliards d'euros)
• 2003 : 14 048 millions de DM 
(7 milliards d'euros)
• 2004 : 15 000 millions de DM 
(7, 51 milliards d'euros)
• 2005 : 17 240 millions de DM (8,51 milliards d'euros)
• 2006 : 18 804 millions de DM 
(9, 40 milliards d'euros)


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