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BULL : Une vieille dame en pleine forme !

par Bertrand Garé - Dossier publié par le magazine L'Informaticien le 29/02/2008 Article Rating

Bull est une entreprise qui fait partie du patrimoine informatique français à plus d’un titre : de par sa longue histoire, depuis sa création en 1931 ; pour sa place dans l’informatisation de notre pays ; du fait de son potentiel d’innovation qui se perpétue au fil des générations ; et  aussi pour sa remontée vers les sommets engagée depuis quelques années…

À part les employés de l’entreprise, bien peu connaissent Fredrik Rosing Bull, qui a donné son nom à l’entreprise éponyme, à l’origine du développement de matériels à statistiques. Nous ne rappellerons que brièvement les étapes anciennes de l’histoire de Bull, pour insister sur le passé « récent » de la société.

Dans le meccano industriel de l’État

En 1933, l’entreprise prend le nom de Compagnie des machines Bull. Trente ans plus tard, malgré le refus de la vente d’un mainframe par les Américains à l’armée française, ce qui entraînera la naissance du plan calcul et la création de la CII (appelée « cédeuzi  »), Bull fusionne avec General Electric et prend le nom de Bull General Electric. En 1970, La compagnie fusionne de nouveau avec Honeywell, pour devenir Honeywell-Bull. Cette fusion provient du transfert des activités informatiques mondiales de General Electric à Honeywell. 
Six ans plus tard, l’échec du plan calcul est patent sur le marché et le gouvernement français se retire du projet Unidata, qui devait lancer une industrie informatique européenne. La partie française du projet, la CII, est fusionnée à l’ensemble Honeywell-Bull. 
Dès lors, l’entreprise est dans le giron de l’État et si le travail des chercheurs et des gens de terrain est reconnu, le management et les intérêts industriels et politiques de l’État mènent l’entreprise dans une impasse.
L’aventure sur le marché des PC avec le rachat de Zenith Data Systems se soldera par une revente à Packard Bell NEC qui entrera à son tour dans le capital de Bull (1996).
Mais les problèmes du groupe sont plus anciens. En 1993, des difficultés conjoncturelles amènent à une recapitalisation de l’entreprise, qui est redressée par Jean-Marie Descarpentries. En 1995, l’entreprise redevient bénéficiaire sous cette impulsion, ce qui permet un retrait progressif de l’État. En 1997, l’État n’a plus en propre que 17,3 % du capital. Ses paquets d’actions ont été cédés à des entreprises contrôlant indirectement pour l’État le capital, comme France Télécom, ou à de nouveaux partenaires, comme NEC.

Une nouvelle dynamique

Cette phase ne dure, hélas !, pas longtemps. Et dès le début des années 2000, l’entreprise doit réduire son périmètre pour faire face aux difficultés. En 2000, c’est l’activité cartes à puce qui est vendue à Schlumberger, puis les services à Steria, à la fin 2001. Le groupe s’engage alors dans une nouvelle restructuration sous la houlette de Pierre Bonelli. Le plan se décompose en trois étapes : revenir à la rentabilité, privatiser en totalité, relancer sur des marchés porteurs. 
Et dès 2003, l’entreprise redevient profitable. Après une recapitalisation contestée par les autorités européennes, l’entreprise est totalement privatisée en 2004. Le troisième volet du plan se concrétise par une démarche vers les systèmes ouverts et l’Open Source, et le lancement de nouveaux produits pour créer des relais de croissance. La signature de projets d’envergure mondiale en 2005 et 2006 confirme la validité de la démarche.
Depuis 2006, le contexte change avec une remontée importante dans le secteur des services pour permettre à Bull de devenir un offreur de solutions complètes s’appuyant sur l’expertise et la qualité. Des secteurs comme le calcul scientifique et de haute performance, le stockage, les logiciels libres, l’aide à la décision sont désormais des terrains de chasse privilégiés pour Bull qui, contrairement à ce que beaucoup pensent s’exporte très bien. Ainsi, le programme Medicaid, dans plusieurs États américains, repose sur des infrastructures de Bull. Il en va de même pour le monde industriel avec d’importants contrats avec Alcan, ou le CEA. Le projet du Commissariat à l’Énergie Atomique est d’ailleurs une vitrine de Bull, avec la fourniture du Tera10, le complexe de calcul scientifique le plus puissant d’Europe. 

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