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SUN : L’aiguillon de l’industrie Informatique

par La rédaction - Dossier publié par le magazine L'Informaticien le 01/01/2009 Article Rating

Dans les derniers soubresauts de la Beat Generation, le soleil de la Californie allait voir se lever un des acteurs marquants de l’industrie informatique, Sun Microsystems. Agitateur 

patenté face à une certaine forme de pensée unique qui tend à régner sur la high tech, Sun a toujours marqué sa différence et reste l’aiguillon du secteur.


L’histoire de Sun Microsystems est un peu le remake de « Quatre garçons dans le vent » ! En 1982, quatre brillants étudiants de Stanford unissent leurs forces pour démarrer ce qui deviendra une des plus belles réussites du secteur. D’ailleurs le nom de l’entreprise n’a rien à voir avec le microclimat de la Silicon Valley mais marque les origines universitaires de l’entreprise : Stanford University Network.
Venant de spécialités différentes, mais dépeints comme des « hackers » Unix, au sens positif du terme, les fondateurs de Sun, Andreas Bechtolsheim, Vinod Khosla, Scott Mc Nealy et Bill Joy, ont une vision commune : offrir le meilleur environnement de développement possible pour les ingénieurs. 
D'où le concept de la station de travail puissante et « en réseau ». Les débuts se sont faits sur des processeurs Motorola, puis Sun décide d'aller plus vite en concevant le processeur RISC SPARC quelques années plus tard. Cette innovation a été l'élément qui a permis à Sun de dominer le monde de la station de travail dans les dix années qui ont suivi. La véritable innovation est l’intégration du protocole TCP/IP dans Unix dans sa déclinaison Berkeley (BSD). Le créateur est Bill Joy qui, à l’époque, est encore étudiant. La première station de travail est mise sur le marché la Sun-1.




Une réussite fulgurante

Dès l’année suivante, Sun et ComputerVision signent un partenariat (montant 40 millions de dollars) d’échanges technologiques pour le développement de 

nouveaux produits et de stations de travail intelligentes. La même année voit aussi la sortie de la Sun-2 sur processeur Motorola et bus VME.
En 1984, Scott McNealy est intronisé président de Sun. Des quatre fondateurs, il est le seul à ne pas être informaticien de formation mais économiste. Il fera d’ailleurs beaucoup pour la renommée de l’entreprise avec ses petites phrases et son humour assassin lors des conférences de presse et keynotes !
Côté produits, 1984 sera une année forte avec l’apparition de NFS (Network File Sharing) qui offre à des utilisateurs d’environnements hétérogènes l’avantage d’accéder et de partager des fichiers à distance sur le réseau. NFS est devenu un standard global grâce à son excellence technologique, mais aussi grâce à la promotion de Sun de l’adoption des standards ouverts. Sun met à disposition le code source d'un composant clé de NFS sous la licence « Sun Industry Standards Source License ». L'organi-sation de standardisation de l'Internet, l'IETF, s'emploie à l'établissement de la version 4 du protocole.
En 1985, la Sun-3 arrive sur le marché ainsi que le premier catalogue Catalyst avec 300 applications.
Une première étape est franchie en 1986 avec l’introduction en bourse et l’ouverture vers les marchés de l’Asie-Pacifique. 


L’Étincelle Sparc

En 1984, Bill Joy initie un projet de recherche conjointe avec David Patterson de l’UC Berkeley, qui avait alors développé le tout premier processeur VLSI RISC au monde, RISC 1. L’architecture est rendue publique en 1986 et la Sun-4 intégrant le premier processeur Sparc est lancée en 1987. Sun transfère la responsabilité d’établir et licencier les spécifications Sparc sur un organe indépendant, Sparc International. Sun a livré plus d’un million de processeurs UltraSparc, basés sur l’architecture 64 bits Sparc version 9. Plus de 12 000 produits logiciels continuent à bénéficier de l’évolution de l’architecture Sparc.
L’année suivante, Sun et AT&T tissent la trame de l’informatique d’entreprise de la décade suivante avec une alliance visant à développer Unix System V release 4.
1988 est une année d’aboutissement. Sun dépasse le milliard de dollars de revenus. Une première dans l’informatique après à peine six ans d’existence. 1989 voit s’étendre les alliances étendues de Sun avec Informix, Ingres, Oracle et Sybase qui préparent la scène pour son émergence en tant que numéro 1 des plateformes de bases de données.
En 1990, Sun ouvre une unité de fabrication en Ecosse et, sur sa lancée, annonce en 1991 les premiers serveurs d’entreprise sous la marque Sun. Avec plus d’un million de machines vendues, Sun est en première place sur le marché RISC avec près de 63 % de parts de marché en comptant les stations de travail. C’est aussi l’année de la mise en œuvre de Solaris, le système d’exploitation Unix maison qui continue aujourd’hui d’accueillir les évolutions matérielles de Sun.


La révolution software

Le début de la décennie 90 marque l’entrée de Sun dans le Fortune 500 et la réalisation d’opérations de prestige. Le film Toy Story de Pixar est réalisé sur les matériels Sun, et l’entreprise est le fournisseur exclusif de la Coupe du monde de Football en 1994.
L’année suivante verra le virage le plus important effectué par Sun avec la création de Java. Le virage vers le software est alors initié et marquera la plus grande rupture dans l’histoire de cette jeune entreprise. Sans abandonner les améliorations sur ses processeurs, serveurs et OS, les softwares vont prendre une place plus en plus grande dans le portefeuille produits de Sun.
Après Java, Jini, une architecture permettant la construction de systèmes à partir d’objets et de réseaux, ouvre la porte aux différents objets communicants. Le 10 décembre 1998, Sun dépose une plainte contre Microsoft auprès de la Commission européenne, arguant du manque de transparence de la société de Redmond sur l'interopérabilité d'Activ Directory Server. C’est le point de départ d’une longue procédure durant laquelle Microsoft devra démontrer qu’il n’a pas abusé de sa position dominante. Dans le même temps on assiste à la rupture de l'accord Sun/Microsoft concernant Java. Microsoft se verra condamné à verser près de 2 milliards de dollars à Sun... Le combat sur l'ouverture et les standards a toujours été dans les gènes du cofondateur Scott McNealy.
En 1999, Sun se lance avec Star Office sur les traces de Microsoft pour rivaliser directement sur les postes clients. Cette même année, la société se fait connaître de tous avec sa publicité « Nous sommes le point de .com ».

Les années open source

Les années 2000 marquent la conversion de Sun au modèle du libre avec la mise en open source de son système Solaris (Open Solaris) et de nombreux autres produits, comme plus récemment ceux de stockage avec l’initiative Open Storage, des solutions de stockage s’appuyant sur des briques open source et des disques Flash (en 2008). Comme nous l’a confirmé Alain Andréoli, l’actuel président de Sun Europe, le futur de Sun est dans le software avec pour stratégie principale de « commercialiser l’open source ». Il faut dire que le portefeuille produits open source est impressionnant (non exhaustif) : OpenOffice, OpenSolaris, Java, ZFS, Lustre, OpenESB, OpenSSO, Glassfish, Linux/Gnome... Auxquels il convient d'ajouter MySQL et VirtualBox tout récemment. Unique en son genre, OpenSparc est la première initiative open source pour du matériel (en l'occurrence, le design du processeur UltraSparc T1).
Une évolution qui reste fidèle au credo des fondateurs, intransigeants sur les standards et les systèmes « ouverts ». 
On peut cependant se souvenir que Sun a souvent eu raison trop tôt, que ce soit sur le réseau et sa vision « le réseau est l’ordinateur » (Network is the computer) que le marché d’aujourd’hui dessine à gros traits ou sur les objets communicants avec Jini. En tout cas, il semble que Sun ne puisse jamais faire comme les autres dans l’industrie. Mais l’entreprise semble avoir compris que l’on ne peut avoir raison contre tous les autres. Assagi l’aiguillon ? Pas si sûr !

SUN AUJOURD’HUI

Sun Microsystems a son siège à Santa Clara en Californie. En 2008, le groupe compte 33 350 employés. Son chiffre d’affaires s’élève à 13,87 milliards de dollars 2007. Son président est actuellement Jonathan Schwartz, précédemment en charge des logiciels.

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