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RED HAT : Une formidable réussite qui ne donne pas la grosse tête !

par Bertrand Garé - Dossier publié par le magazine L'Informaticien le 31/10/2009

L’éditeur de logiciels d’infrastructure américain ne fait pas autant de bruit que beaucoup de ses confrères ayant souvent moins bien réussi. Car Red Hat est une des plus grandes réussites des dix dernières années grâce à un repositionnement stratégique sur les couches basses de l’informatique et une idée géniale : simplifier l’open source grâce aux paquets de déploiement.

L' aventure commence il y a 20 ans lorsque Michael Tiemann, aujourd’hui vice-président de Red Hat, fonde avec quelques autres personnes Cygnus Solutions la première entreprise à réaliser des développements et du support personnalisés sur des logiciels libres.

Deux ans plus tard, un administrateur Unix, Bob Young, découvre ce monde grâce à des collègues d’un groupe d’utilisateurs Unix de New York (Unigroup). Il lui faut encore deux ans pour créer sa propre entreprise qui propose alors un catalogue de logiciels et de services autour de l’open source.
En 1994, Marc Ewing crée sa propre distribution Linux qu’il appelle Red Hat Linux. Le nom de Red Hat vient d’une casquette héritée de son grand-père qu’il portait durant ses études puis sa vie professionnelle. Marc Ewing est un ancien IBMer, tout comme son père !
La distribution Linux sort en octobre 1994 et prendra le sobriquet de version Halloween. L’année suivante, Bob Young rachète l’entreprise de Marc Ewing et conserve le nom de Red Hat mais affublé désormais du mot software et non plus Linux. C’est en fait le véritable départ de l’entreprise avec une innovation qui fera date, le RPM, un nouveau système de gestion des paquetages qui fera faire un bond impressionnant en simplicité pour installer le système Linux.

La montée en puissance

Dès lors, l’entreprise connaît un développement rapide. En 1996, elle ouvre des bureaux commerciaux et son siège en Caroline du Nord à Durham. En janvier de l’année suivante, son programme de certification est en route et quelques mois plus tard la version 4.2 de son système est mise sur le marché. A la fin de l’année, la version 5 suit quasiment dans la foulée. 1998 marque un tournant important avec la reconnaissance d’acteurs majeurs du marché. Oracle, CA et Informix supportent les logiciels de Red Hat.
Dans le camp des analystes, la folie Linux et Red Hat atteint quasiment son comble. IDC indique que les déploiements Linux ont augmenté de 212% laissant loin derrière les autres systèmes d’exploitation présents sur le marché. En février 1999, IBM et l’é

diteur de Durham annoncent la Linux Alliance. Cette idylle ne durera cependant guère et s’inscrira vite dans les limites d’une « coopétition » bien comprise. Deux mois plus tard Dell devient le premier constructeur à installer sur ses serveurs et ses stations de travail des distributions Red Hat.
En août de la même année, l’entreprise, qui compte déjà parmi ses actionnaires Intel, Netscape, SAP et IBM, entre en bourse et fait immédiatement exploser les compteurs avec le gain le plus fort pour une première journée de cotation de toute l’histoire de Wall Street ! Introduite à 14 dollars, elle culmine à 50 en fin de séance. La valeur a même atteint le sommet de 240 dollars. Après le dégonflement de la bulle Internet, le cours retombera à 3 dollars. Et ce, pour un chiffre d’affaires aux alentours de 30 millions de dollars !
En novembre, Mathew Szulik prend le poste de président de Red Hat et signe sa première grosse acquisition avec le rachat de Cygnus, la plus solide entreprise du secteur open source du moment. Récompenses, articles de presse, distinctions d’analystes se succèdent jusqu’à la scission en 2003 du projet Fedora, une distribution pour les PC développée communautairement. La stratégie de Red Hat est clairement axée sur les serveurs et les infrastructures. Frantz Meyer, vice-président EMEA et présent dans l’entreprise depuis huit ans, nous explique : « Nous savions ce que nous faisions et nous savions que cela allait grincer. La plupart de ceux qui ont râlé à l’époque étaient sur le poste client. Mais à cette époque-là, les ventes de boîtes baissaient, l’assistance technique manquait ainsi que des véritables certifications et de la pérennité qui nous auraient permis de rassurer le marché. Nous avions plutôt dans la ligne de mire la gamme Advanced Server qui, elle, répondait à de véritables besoins de nos clients. D’ailleurs, ce n’était pas en donnant gratuitement l’OS sur les postes clients que les choses ont changé. La sortie de notre serveur a d’ailleurs été soulignée par tous. Car là, nous avions une réelle crédibilité ».
Quand on consulte l’histoire de l’entreprise sur le site de Red Hat, cette péripétie est absente. Elle constitue cependant le socle du Red Hat actuel !



Le soubassement du SI

Après ce changement de cap, on peut dire que Red Hat n’est plus la même entreprise. Elle se professionnalise et rentre un peu dans le rang de la normalité de l’industrie informatique. Red Hat étend alors son champ d’expertise dans le monde de l’entreprise et acquiert fin 2003 Sistina, un spécialiste du stockage. L’année suivante sort le système de fichier maison, puis le serveur d’application. Peu à peu l’entreprise construit une architecture complète d’infrastructure du système d’information.
Un coup de tonnerre ébranle le monde informatique vers la fin de l’année. Le petit chapeau rouge achète pour 25 millions de dollars les moribondes solutions logicielles serveurs de Netscape. Les références clients s’amoncellent et le développement international continue avec l’ouverture d’un bureau en Chine.
En 2006, Red Hat, en collaboration avec le MIT, lance le programme OLPC, pour fournir des portables aux enfants déshérités de la planète. En avril, Red Hat rachète JBoss, un des fleurons français du logiciel. Ce serveur d’application Java open source tombe dans son escarcelle alors que des discussions étaient en cours avec Oracle. Marc Fleury, le patron de JBoss, choisit cependant Red Hat.
Frantz Meyer raconte : « Avec cette acquisition, nous sommes vraiment sortis de l’infrastructure technique pour monter vers les couches applicatives. Cela a été un peu nos lettres de noblesse. Nous courtisions JBoss, mais Marc Fleury avait quasiment tapé dans la main avec Larry Ellison. La négociation finale s’est vraiment mal passée. Marc Fleury est revenu à sa première impression et pour une offre équivalente nous a rejoint ».
Cet échec a tout de même coûté très cher à Oracle qui a ensuite jeté son dévolu sur BEA, mais pas pour le même prix. Frantz Meyer ajoute : « Oracle était furieux des conséquences, jusqu’à créer un clone, Oracle Linux. Aujourd’hui, tout le monde sait ce que cela a donné ! »
En 2007, l’entreprise étend son champ d’action avec des versions verticalisées de son architecture avec une diversification dans le monde de la santé. Les acquisitions se poursuivent avec MetaMatrix, puis Mobicents. Enfin suivra Qumranet en septembre 2008. Cette acquisition lancera Red Hat dans le secteur de la virtualisation. Aujourd’hui Red Hat est dans la cour des grands. Chapeau bas !

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