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SAS : La puissance de la connaissance

par Bertrand Garé - Dossier publié par le magazine L'Informaticien le 31/03/2011 Article Rating



Dans le petit monde de l’informatique, SAS (Statistical Analysis System) tient une place à part. Malgré sa situation prépondérante dans le monde de la Business Intelligence, l’entreprise reste peu connue. Dans l’industrie du buzz, SAS se la joue modeste et met en avant ses valeurs et sa culture. Son défi est de rester.

À la fin des années 60, les instituts de sondage commencent seulement à avoir pignon sur rue. Les statistiques, comme l’informatique, font leurs premier pas dans le monde. La combinaison des deux donnera naissance à SAS. À l’époque, l’entreprise est une vraie pionnière dans ce domaine inexplorée de ce qui deviendra bien plus tard un outil incontournable dans les entreprises : la Business Intelligence.

Des débuts rapidement prometteurs

Si les garages semblent être le local le plus approprié pour lancer une entreprise dans le secteur informatique, SAS n’a pas choisi la facilité et a débuté plutôt dans les vastes champs de Caroline du Nord pour plancher sur un projet de recherche financé par l’USDA, l’équivalent de notre ministère de l’Agriculture, pour le gouvernement américain. Son but : fournir des outils d’analyse pour les monceaux de données générées par le ministère. Les données du projet sont ensuite analysées sur de gros systèmes centraux IBM, qui ne connaissent pas encore d’alternatives, si ce n’est quelques concurrents forts courageux. 

Le projet est mené par quatre chercheurs, dont James Goodnight. En 1972, le financement du gouvernement s’arrête. Goodnight et un autre chercheur, Jim Barr, ne souhaitent pas stopper le projet et montent une entreprise pour continuer. SAS vient de naître du côté de Raleigh. Jim Goodnight montre plus de dispositions que son collègue pour la gestion et la chose commerciale. Jim Barr est d’ailleurs toujours chez SAS et ne semble pas avoir la volonté de quitter l’entreprise. Il a développé l’architecture de la solution, Jim Goodnight a implémenté les fonctions au-dessus de l’architecture. Les deux autres fondateurs ont des rôles tout aussi importants. L’un développe du code et l’autre écrit la documentation.
À peine lancée, l’entreprise trouve des clients dans le milieu de l’université, des agences du gouvernement américain et de quelques entreprises, dont des laboratoires pharmaceutiques. La centaine est atteinte rapidement. Les faveurs des clients ne font que reconnaître la puissance de l’outil mis au point par SAS, un moteur de statistique et un langage de manipulation de données de type L4G très puissant qui a fait la différence. Ce premier produit tient sur des centaines de cartes perforées que traitent les systèmes 360 d’IBM. SAS Base est le premier produit phare de l’entreprise. Le bouche-à-oreille fait ensuite son effet. Le public de SAS est fait d’experts, de développeurs et de passionnés. La première conférence utilisateurs regroupe trois cents personnes dès 1976 et, même aujourd’hui, la force du langage développé démontre sa puissance et peut encore quasiment tout faire en termes d’analyse des données.

Un modèle commercial différent

Dès le début de l’entreprise est mis en place le système commercial qui perdure toujours. SAS ne vend pas son logiciel, il en concède l’utilisation pendant un an sous la forme d’un abonnement. Au bout de la période, le client renouvelle ou non le contrat. Cette manière d’opérer n’était pas là au départ, comme une prescience des nouveaux modèles de commercialisation, mais a été mise en place par nécessité. Une entreprise qui démarre ne roule jamais sur l’or, mais les dirigeants de SAS, en gestionnaires prudents, avaient compris que la recherche et le développement des produits étaient les véritables richesses à préserver. La commercialisation sous cette forme permettait de prévoir les capacités d’investissements dans les opérations de R&D du fait d’une meilleure visibilité sur les revenus. Aujourd’hui, encore cette activité consomme 25 % du chiffre d’affaires de SAS.

La révolution Mini et PC

L’informatique connaît au début des années 80 une évolution majeure avec l’apparition des systèmes Mini, puis ensuite des PC. SAS décide, et en partie suite à la demande de ses clients, d’emprunter ces nouvelles pistes technologiques et d’adapter ses solutions à ces nouveaux environnements. Seule différence, les dirigeants de SAS veulent une adaptation fidèle à 100 % des capacités du logiciel sur les mainframes. 
Cela représente bien plus qu’un simple portage, en particulier pour les performances de la solution. La version a de plus une différence majeure avec les versions précédentes : l’interface du logiciel se trouve directement sous le regard de l’utilisateur final sur son PC. L’IHM (Interface homme-machine) se devait d’être facile d’accès tout en conservant la puissance fonctionnelle. L’utilisateur devait s’approprier à la fois les outils informatiques et les solutions d’aide à la décision. Des assistants l’aidaient dans cette tâche. 
Pour parvenir aux buts assignés à cette nouvelle version, le produit a été totalement réécrit en C. D’ailleurs, pour réussir l’opération, SAS développera son propre compilateur C qui sera vendu jusqu’à assez récemment. Le premier devient connectable et compatible avec les architectures client/serveur. Cette version comportait 4 millions de lignes de code ! En interne, aujourd’hui, on avoue ne plus compter le nombre de lignes dans les versions récentes des produits. Depuis cette version, s’est installé un cycle de développement assez prévisible avec une sortie de versions mises à jour tous les 12 ou 18 mois, et une version majeure avec une réécriture du code importante tous les cinq ans environ. 
Pour ceux qui trouvent que ces périodes semblent bien longues, le choix de SAS est depuis le début de son histoire de sortir des produits de qualité et sans bugs, quitte à retarder la sortie d’une version. Cette réputation de qualité est aussi une composante fondamentale du modèle commerciale de SAS sous forme d’abonnement et dépendant de la satisfaction du client pour le renouvellement et la création des revenus. 
Autre aspect important de cette version charnière dans l’histoire de l’éditeur, le même code était utilisé pour les différentes plates-formes sur une architecture multi-vendeur. Les moutures d’Unix de l’époque ont été supportées dans des délais de trois mois environ.

La démocratisation de la BI

Les années 90 verront la généralisation des PC dans les entreprises avec la possibilité de rapprocher encore plus les outils de BI des utilisateurs. L’autre aspect est de rendre les outils de BI plus proches de l’activité de chaque salarié et de l’aider dans son métier pour prendre les bonnes décisions sur le terrain. Pour SAS, cela implique de verticaliser ses solutions. 

Si l’entreprise était déjà bien implantée dans le monde des laboratoires pharmaceutiques et dans le milieu bancaire, SAS n’avait pas de produits spécialisés pour certaines tâches dans l’entreprise. La décennie verra ainsi l’éditeur proposer des solutions pour la gestion des ressources financières, les ressources humaines, les ventes et les campagnes marketing. À ce jour, ce sont quasiment tous les services d’une entreprise qui sont couverts par des produits de SAS. 
La décennie 90 marquera aussi une évolution dans les architectures de solutions de BI avec les débuts de la notion d’entrepôts de données et de Balanced Scorecard, deux terrains où SAS avancera rapidement et nouera un très bénéfique partenariat avec Teradata.

Le « Power To Know »

Le début de ce siècle marque aussi les 25 ans de l’entreprise –  en 2001. Et le passage à une nouvelle révolution dans les produits de SAS : le Web. Comme à l’époque de l’événement du PC, les produits sont réécrits pour supporter ce nouveau mode de communication et de restitution des analyses réalisées dans les logiciels SAS. La V9 est donc un virage majeur dans la gamme de produits de l’éditeur. Cette conversion à Internet s’appuie sur un programme marketing et une nouvelle baseline « Power To Know », qui met en avant à la fois la puissance des solutions SAS et les apports dans la connaissance, mais aussi le pouvoir que l’information crée dans l’entreprise.

L’entreprise aussi évolue dans son fonctionnement en embrassant les nouvelles technologies 2.0. SAS a d’ailleurs son propre canal sur YouTube. Plus de deux cents salariés bloguent, dont près de vingt cadres dirigeants. 
C’est aussi la décennie où l’entreprise est reconnue comme un exemple de management, avec la distinction d’être la meilleure entreprise où travailler. D’ailleurs, c’est un des objectifs des dirigeants de la firme et ces derniers ont des comptes à rendre sur ce point à la direction globale aux États-Unis. Il se chuchote même que Google est venu voir SAS pour s’inspirer de son mode de management. Car il met en avant les salariés et leur bien-être !  Bertrand Garé

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