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HP : De la mesure à la démesure !

par Bertrand Garé - Dossier publié par le magazine L'Informaticien le 31/03/2010 Article Rating
L’aventure de Hewlett Packard n’a rien de commun avec ce que la plupart des autres entreprises du secteur informatique ont vécu. Plus qu’une réussite exemplaire, l’histoire de HP a façonné toute une région des États-Unis en créant, à partir d’un petit garage derrière une bâtisse discrète de Palo Alto, une nouvelle zone industrielle : la Silicon Valley. Retour sur la naissance et le parcours du numéro un d’aujourd’hui.

HPLe garage où l’aventure d’HP a commencé. Il est toujours possible de le visiter aujourd’hui.

Hewlett Packard, c’est d’abord une histoire d’amitié entre deux ingénieurs en électronique, William Hewlett et David Packard, de la promotion 1934 à l’Université de Stanford. Ensemble, en 1938 dans un garage de quelques mètres carrés, ils développent un oscillateur audio de précision, qui apporte une très bonne stabilité et ce pour beaucoup moins cher que les oscillateurs concurrents. Leur premier client est Walt Disney, en 1939, qui achète la seconde version de ce matériel pour la synchronisation des effets sonores du film Fantasia et le développement d’un système sonore, le Fantasound, ancêtre de ce qui deviendra le système Dolby Surround.


William H. et David P., les fondateurs de Hewlett Packard devant des
équipements électroniques que leur firme développera à ses débuts.

Les deux amis se lancent dans l’entrepreneuriat et fondent Hewlett-Packard avec 585 dollars comme premier capital. Cette entreprise aurait aussi bien pu s’appeler Packard-Hewlett. Les deux fondateurs avaient joué l’ordre des noms à pile ou face lors de la création de l’entreprise. La même année, six autres lignes de produits verront le jour. Le développement sur les outils de mesure électronique se poursuit jusqu’aux années 60, où la société prend un virage vers l’informatique. Date marquante de cette période, en 1943, la société développe des produits à champs microwave et en 1950 le High Fast Frequency Counter.

L’entreprise fait son entrée en Bourse en 1957, sur le NYSE, et investit la même année dans le secteur de la santé. En 1964, elle crée la première horloge atomique qui deviendra un standard de l’industrie. Sur cette réussite première, Hewlett-Packard va prendre une orientation différente qui va, peu à peu, la rapprocher du visage du groupe d’aujourd’hui. Elle conservera pendant encore longtemps, jusqu’aux années 90, des positions sur le marché des outils de mesure électroniques. Cette division fi nira par être filialisée avant d’être finalement vendue.

Notation polonaise inverse pour la HP-35

Les années 60 marquent la première infl exion de l’entreprise vers le monde l’informatique. En 1966, l’entreprise crée son premier ordinateur. Deux ans plus tard, c’est un ordinateur personnel qui entre au catalogue de l’entreprise. La décennie suivante voit, elle aussi, un virage important avec l’apparition de petits appareils comme des calculatrices, dont la célèbre HP-35, utilisant la notation polonaise inverse, qui permet de noter les formules arithmétiques sans utiliser de parenthèses, et un ordinateur de poche programmable dès 1974.
Cette évolution culminera en 1980 avec le premier PC sous la marque HP. L’entreprise profite du bouillonnement local avec la naissance autour de Palo-Alto de ce qui s’appellera bientôt la Silicon Valley avec les créations d’Intel, d’AMD et de bien d’autres acteurs importants dans la région. C’est durant cette période que le HP 3 000 verra le jour. Après un développement laborieux, ce premier mini-ordinateur était livré avec un OS avec partage de temps. Les premiers modèles étaient basés sur des processeurs CISC 16 bits. Cette gamme évoluera jusqu’à aujourd’hui. La vente de ces minis n’a été arrêtée qu’en 2003 et le support des machines prendra fin le 31 décembre de cette année. La décennie est aussi celle de la diversification. HP conçoit et commercialise des tables traçantes et crée le langage HP-GL.
Autre fait marquant, en 1978, après 40 ans d’une carrière bien remplie, les deux fondateurs prennent leur retraite et laissent les clés de l’entreprise à John A. Young, tout en conservant des fonctions honorifiques dans l’entreprise et quelques bons paquets d’actions !

hp.com enregistré dès 1986 !

À partir des années 80, HP se lance résolument dans l’informatique, et en particulier sur l’environnement des postes de travail et des périphériques. En 1984 est lancée la première imprimante, la ThinkJet. Elle marquera le début d’un marché dominé aujourd’hui de la tête et des épaules par HP. Suivront les gammes DeskJet (1988) et LaserJet (1993). Dans le même temps, HP mettra sur le marché ses premières stations de travail sous Unix. La première voit le jour en 1985, d’un poids de 10 kilos et avec un système d’exploitation HP-UX en ROM. En 1988, Les stations de travail sont rejointes par des serveurs avec la gamme HP 9000 sur processeur RISC. Avec cette gamme, HP vient en concurrence frontale avec Sun Microsystems, Apollo ou IBM.



Autre fait à signaler, dès 1986, l’entreprise enregistre le domaine hp.com et devient la neuvième entreprise dans le monde à posséder un domaine internet. Les dix années suivantes vont voir l’entreprise prendre des positions signifi catives dans l’informatique avec une orientation stratégique claire vers le grand public et le monde du PC. Ainsi, la gamme Omnibook apparaît en 1993 avec comme premier modèle le 300. La même année, le seuil des 10 millions de LaserJet vendues dans le monde est atteint. L’année précédente, John A. Young a été remplacé par Lew Platt qui conduira aux destinées de HP jusqu’en 1999. L’année 1996 sera attristée par la disparition de Dave Packard. En 1999, l’arrivée à la tête de l’entreprise de Carly Fiorina fait passer HP à une autre dimension. Avec des ambitions très fortes, la nouvelle direction veut faire de Hewlett Packard la première entreprise d’informatique dans le monde. Après un rachat raté de PwC dans le monde du service, Carly Fiorina se lance dans un rachat énorme pour l’époque en avalant Compaq, présent à la fois sur les mondes du PC et des serveurs.

La fin du « HP Way »


Carly Fiorina a initié
une vaste restructuration
pour amener Hewlett Packard
à une globalisation de son
activité. Elle restera, en
dépit de bien des critiques,
une des dirigeantes
emblématiques
de l’entreprise.


La bataille est âpre autant que sera difficile la fusion de deux entités aux cultures opposées. Le tri dans les gammes de produits changera d’ailleurs pour longtemps le visage du catalogue de l’entreprise.
Avec ce rachat, HP prend une place sur le podium et démontre sa volonté de devenir un acteur global dans le secteur. Désormais HP est présent sur tous les segments, poste de travail, logiciel, périphériques. Ne manquent plus que les services pour que HP soit correctement dimensionné face au géant IBM. Le développement de HP Services et le rachat récent d’EDS combleront rapidement cette lacune. HP engagera de plus une profonde restructuration de l’entreprise, conduisant à d’importantes réductions d’effectifs (environ 10 %) et mettra fi n à ce que beaucoup appelaient encore le « HP Way », une manière assez consensuelle de travailler avec à la clé de nombreux avantages pour les salariés de l’entreprise. Le passage de Carly Fiorina fut aussi bien critiqué ou loué suivant l’impression laissée. Elle fut cependant une présidente emblématique qui ne laissa personne indifférent. Devant les critiques, elle s’effacera en 2005 et sera remplacée par Mark Hurd, le président actuel, qui continuera en un sens la restructuration de l’entreprise pour en faire, selon les trimestres, le numéro un ou deux de l’informatique.
D’autres pages sont encore à venir. Elles s’inscriront cependant dans de nouvelles dimensions pour HP, une firme qui génère plus de 100 milliards de chiffre d’affaires par an (118,364 milliards de dollars en 2008) avec 321 000 salariés dans le monde.
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