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CITRIX : Le poids léger qui pèse lourd !

par Bertrand Garé - Dossier publié par le magazine L'Informaticien le 01/06/2010 Article Rating
Parti d’une idée de base assez simple, qui est de créer un système d’exploitation multi-utilisateur, Citrix est devenu un acteur incontournable du monde du logiciel. Souvent associée au vocable de « client léger », la solution Citrix est désormais présente dans les plus grandes entreprises mondiales.

Ed-Iacobucci
Le premier patron de Citrix :
Ed Lacobucci.


Dans les années 80, Ed Iacobucci travaillait avec quelques autres sur le projet de développement d’OS/2 chez IBM, en Floride, dans le centre de recherche de Boca Raton. Son ambition était de développer un système d’exploitation multi-utilisateur, qui pourrait être utilisé partout et sur tout type de terminal, comme un téléphone ou une télévision. Une idée qui a fait du chemin depuis cette époque !
Pourtant, à ce moment-là, IBM n’était pas intéressé par le projet. Ed Iacobucci boucle ses valises et fonde Citrus, à Richardson - Texas, en 1989. Au passage, il refuse un poste de directeur technique chez Microsoft ,qui voulait lui confier son unité Réseau. Le rejoignent dans le projet d’autres développeurs du projet OS/2 chez IBM. Premier petit souci, une entreprise américaine fait un procès sur le nom Citrus. L’entreprise devient alors Citrix, une contraction entre Citrus et Unix. L’entreprise se relocalisera rapidement à Coral Spring, en Floride, la ville où vivait Ed Iacobucci lorsqu’il travaillait chez IBM.

Dans la tourmente de l’échec d’OS/2

 Dès l’année de sa création, Citrix lance son premier produit, le MultiUser OS/2, et introduit l’Independant Computing Architecture (ICA), le protocole et l’infrastructure qui sous-tendront la plupart des produits Citrix. Le MultiUser OS/2 est l’un des rares produits que Microsoft ne licenciera pas, préférant développer un protocole concurrent, RDP, provenant de NetMeeting, qui l’avait acquis auprès de PictureTel, devenu Polycom. Pour l’anecdote, la licence d’OS/2, nécessaire au développement et à la commercialisation, a été reprise à Microsoft par l’achat du code source en passant au-dessus de IBM ! Il s’agissait de prendre des parts de marché sur les serveurs Unix, en simplifiant le déploiement des applications OS/2. Brad Petersen, aujourd’hui architecte en chef et « Fellow » chez Citrix, précise : « Nous voulions créer une solution pour les petites entreprises. En face, notre compétiteur était SCO. » Au cours de l’année 1990, Roger Roberts, en provenance de Texas Instruments, devient le CEO. Le produit a cependant du mal à « trouver » son marché pour reprendre le sabir des gens de marketing ! L’échec d’OS/2 y tient une grande part. En 1991, l’annonce par Microsoft de l’abandon du support d’OS/2 et le lancement de Windows mettent à mal le projet de Citrix. La situation est d’ailleurs critique malgré les 6 millions de dollars levés sur deux tours de table. Car l’entreprise ne perçoit encore aucun revenu en 1989 et 1990. Au moment du retrait de Microsoft du projet OS/2 se tient un conseil d’administration où la vie de Citrix ne tient qu’à un fil. Les avis de Roberts et de Iacobucci, qui pensaient qu’il était possible de réaliser une version multi-user de Windows, firent pencher la balance. Les premiers investisseurs, bien que dubitatifs, se laissent finalement convaincre et remettent au pot. Intel en faisait partie, ainsi que Microsoft. La firme de Redmond prendra jusqu’à 7 % du capital et aura un représentant au conseil d’administration. Après avoir frôlé la mort, Citrix pouvait réellement se lancer dans l’aventure.

Le soutien de Microsoft

 Le plan décidé est rapidement mis en oeuvre. Citrix achète une licence pour le code source de NT 3.51 et développe une version de son OS multi-utilisateur. Cette version NT s’appellera WinFrame, un logiciel qui apportera un beau succès durant de nombreuses années à Citrix. Ce produit était unique sur le marché et visait les besoins des grandes entreprises. En 1995, Citrix entre en Bourse. Le cours d’introduction est de 15 dollars. Il termine à 30 dollars en fi n de séance. Un partenariat important est signé avec les fabricants de matériels Tektronix et Wyse. Citrix devient OEM de ces fournisseurs de clients légers, comme on les appelait à l’époque. Si encore aujourd’hui les relations avec Microsoft sont bonnes, elles ne furent pas toujours idylliques. Ainsi, lors du développement de la version de WinFrame pour NT 4.0, Microsoft change son fusil d’épaule et se propose de développer son propre produit et de ne pas licencier le code source à Citrix. Après d’intenses négociations, les deux parties trouvent un accord pour continuer à licencier la solution de Citrix qui devient OEM. Ce sera la naissance de Windows Terminal Server. En contrepartie, Citrix s’engage à ne pas utiliser un produit concurrent mais conserve le droit de vendre des extensions au produit de Microsoft. La concrétisation de cet accord présidera à la naissance de MetaFrame, un autre « booster » de Citrix. L’accord perdurera avec les versions 2000 et 2003 pour les déclinaisons Metaframe XP (2001) et Presentation Server. Depuis deux ans, cette relation s’est encore approfondie avec des offres communes sur la virtualisation et la gestion de ces environnements.

Mark-Templeton---Citrix
Le CEO actuel de Citrix est
Mark Templeton.


La percée de Metaframe

 Depuis ces temps héroïques, Citrix connaît une croissance continue. En 1997, la capitalisation de l’entreprise dépasse les 2 milliards de dollars. Le siège est transféré à Fort Lauderdale, toujours en Floride. L’année suivante, Mark Templeton est nommé président de l’entreprise. En 1999, l’entreprise compte 1 000 employés. On est désormais loin des cinq ingénieurs de chez IBM du début de l’aventure. L’année 2000 est importante en termes de produits. La famille Metaframe s’étend à la plupart des systèmes Unix (HP-UX, Solaris de Sun et AIX d’IBM). Citrix lance NFuse, sa technologie de portail. Quelques semaines plus tard, une nouvelle version de Metaframe, dite 1.8, est mise sur le marché, ainsi qu’une solution de VPN qui prendra le nom de Citrix Extranet. Par ailleurs, l’entreprise affiche de fortes ambitions avec l’acquisition d’Innovex Group, l’embryon de sa branche services et conseils.
Cette branche devient nécessaire alors que les produits Citrix connaissent une expansion rapide. En 2000, l’entreprise enregistre 18 000 administrateurs certifiés pour ses solutions et 250 centres de formations dans le monde proposent des cursus de certifications. En 2003, Citrix acquiert ExpertCity : 50 millions d’utilisateurs travaillent sur ses solutions Metaframe. La solution est renforcée avec des modules de sécurité comprenant des fonctions de gestion des accès et des mots de passe. L’année suivante, c’est NET6 qui tombe dans l’escarcelle de Citrix et le produit GoToMyPC est élu produit de l’année par de grands magazines américains du secteur informatique. Citrix complétera ses emplettes avec Netscaler et Teros en 2005. L’année suivante est celle de la consécration. L’entreprise pour la première fois dépasse le milliard de dollars de chiffre d’affaires. C’est aussi l’année de l’intégration des produits issus des différentes acquisitions. Citrix étend son portefeuille dans les réseaux avec WanScaler, un outil d’optimisation des fl ux WAN (Wide Area Network) et un pare-feu d’origine Netscaler. Au passage, Citrix acquiert Orbital Data.

La virtualisation avec XenSource

2007 représente pour Citrix un virage stratégique important avec l’acquisition de XenSource et d’Ardence. L’annonce d’une nouvelle architecture pour délivrer les applications est le point de départ d’une stratégie totalement tournée vers la virtualisation allant du poste de travail au serveur dans les centres de données. Administrativement, l’entreprise déplace son siège en Californie, à Santa Clara. Face au géant du secteur, VMware, Citrix continue de jouer la carte Microsoft avec qui il renforce en 2008 sont partenariat sur les postes de travail et la virtualisation. Cet accord vise à améliorer l’interopérabilité des solutions Citrix et Microsoft. L’accord sera encore étendu l’année suivante avec le « projet Encore », qui prolonge la collaboration sur les outils d’administration des environnements virtuels. La concrétisation sur les produits se traduira par la sortie de Citrix Essentials. L’intégration des solutions de XenSource rhabille les logiciels maison. Ainsi, Presentation Server devient XenApp et l’éditeur lance Delivery Center, sa solution d’infrastructure de fourniture d’applications. La même année, les solutions Citrix sont présentes dans les cent comptes du Fortune 100 et 99 % des Fortune 500. Tout en lançant des solutions pour les petites entreprises, Citrix devient incontournable dans les grandes entreprises !
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