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SYMANTEC : Les données ? Ça peut rapporter gros !

par Bertrand Garé - Dossier publié par le magazine L'Informaticien le 01/09/2010 Article Rating
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Le siège de Symantec à Mountain View en Califormie.

Symantec est certainement une des entreprises informatiques les plus connues sur la planète pour ses produits de sécurité. Pourtant ce n’est qu’assez tardivement que l’entreprise s’est lancée sur ce segment de marché. Son coeur de métier est la donnée. Et, comme toutes les belles histoires de l’informatique, cela débute dans un garage…

Tout commence en 1975 dans l’institut de recherche de l’Université de Stanford sur un projet classifié pour la marine américaine. Celle-ci est à la tête d’une marée de données mais a du mal à bien les utiliser. Gary Hendrix trouve une manière originale d’accéder et de rechercher ces données avec un outil de requêtes en langage naturel en appliquant des règles sémantiques de la grammaire anglaise pour autoriser des recherches sur les bases de données. Gary Hendrix tient une idée qui fait encore le miel de bien des chercheurs en informatique. Son idée première est d’élargir les usages de cette méthode pour des besoins personnels. Il rêve d’installer la solution sur tous les PC du monde. Les applications seraient alors quasiment sans limite.

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Le fondateur Gary Hendrix dans le hall
des premiers locaux de Symantec.
Trois ans plus tard, à force de brainstorming et de réunions, Gary Hendrix, Charlie Rosen et 13 autres chercheurs fondent leur entreprise, The Machine Intelligence Corp. L’entreprise, fidèle au modèle de la Silicon Valley, s’installe à Sunnyvale dans un garage !

A la croisée des chemins
En 1982, les fonds de lancement se font rares et il est décidé de resserrer l’activité de l’entreprise à ses fonctions de R&D. Le requêteur en langage naturel est vendu à Hewlett- Packard. L’entreprise garde cependant la propriété intellectuelle sur l’outil et Gary Hendrix convainc les actionnaires de créer une spin-off. Son nom ? Symantec, pour « Syntax, Semantics and Technology ». L’idée séduit rapidement et après une conférence à l’Association américaine de l’électronique, Symantec lève 3 millions de dollars en fonds à risques ce qui permet d’accélérer rapidement la croissance de l’entreprise. Le nombre de salariés s’envole mais les aspirations de ces nouveaux arrivants, plus tournés vers les activités commerciales chamboule un peu la culture très technologique de l’entreprise. Le problème est résolu en 1984 par la fusion avec C&E Software, un éditeur d’intégration de fi chiers de reporting et d’un traitement de texte. Après la fusion, l’entreprise gardera le nom de Symantec du fait de sa notoriété sur le marché malgré la taille deux fois plus grande de C&E. En échange, le patron de C&E devient le président de l’ensemble.
gordon-eubanks
Après le rachat de C&E, Gordon
Eubanks prendra la présidence
de Symantec.
Ce sera Gordon Eubanks. La fusion permet aussi d’apporter de l’argent frais dans l’entreprise par l’apport de divers fonds à risques. La même année, l’entreprise sort Note It, un utilitaire pour les suites Lotus 1 2 3 qui permet d’insérer des notes dans des feuilles de tableur indiquant les formules associées ou les cellules spécifiques. L’année suivante, c’est un système de fichiers plats pour les PC IBM qui est mis sur le marché. Q&A marquera la première véritable réussite commerciale de Symantec malgré des débuts très difficiles. Pour parvenir à vendre le produit, Symantec a mis sur les routes ses ingénieurs pour expliquer la solution. Les moyens donnés aux vendeurs sont très modestes. Ils ne leur est loisible de dépenser pour déjeuner que 6 dollars, travailler 6 jours par semaine et visiter 6 revendeurs par jour. The Six Pack Program se révélera effi cace et novateur puisqu’à l’époque il est inimaginable que des ingénieurs puissent vendre quoi que ce soit !
Cette expérience a permis à Symantec de se construire une force de vente et de marketing impressionnante qui s’appuie sur une base de contact de revendeurs très importante et qui couvre tout le territoire américain. Par ailleurs, l’entreprise comprend qu’elle ne peut dépendre d’un seul logiciel et vise donc à étendre son catalogue de produits et d’accélérer les lancements sur le marché. La mise en oeuvre de cette stratégie s’appliquera par la croissance externe et une levée de fonds par une introduction en bourse. Après le rachat de BreakThrough Software, Symantec jouera un autre blockbuster, un logiciel de gestion de projet, Timeline. A la fi n de 1988, le catalogue de produits comprend 20 logiciels. Ces premières réussites ne peuvent occulter une réalité plus inquiétante. De nouveaux géants comme Microsoft apparaissent sur le marché et viennent mordre sur le marché des utilitaires de Symantec. Restant réaliste, l’entreprise se réoriente vers de nouveaux segments pour éviter le combat de front. Elle choisit des marchés à très forts potentiels comme les antivirus en friche à cette époque.

Au-delà de la sécurité

La diversification est un plein succès. Le premier produit, un antivirus pour les environnements Mac, génère plus de 100 000 $ de revenus dès le premier mois. Ce succès initial renforce Symantec dans le secteur. Des acquisitions se font rapidement en ce sens avec Certus et surtout Norton Computing, qui est tenu par Peter Norton, une figure reconnue du monde PC à l’époque avec des ventes solides. Son nom est tellement fameux que Symantec gardera la marque pour les produits issus de cette entité dont un illustre antivirus qui est désormais totalement accolé au nom de Symantec. Cette évolution opportuniste n’entrave pas le développement de nouveaux utilitaires. Avec la montée en puissance du Web, Symantec se diversifie encore et propose un produit révolutionnaire à l’époque, LiveUpdate, qui permet des mises à jour ou de l’ajout de code dans des bases sans avoir à réinstaller le logiciel. Avec cette nouveauté, Symantec s’installe aussi sur le podium des éditeurs de la sécurité avec la possibilité de mettre à jour simplement son antivirus en ligne. Durant les années 90, près d’une vingtaine d’entreprises vont être acquises par Symantec pour développer une plate-forme adaptée aux besoins des entreprises, en particulier celles utilisant des PC en réseaux locaux ou pas. En 1996, la stratégie se concrétise par la sortie du Norton Framework, une plate-forme indépendante et d’administration centralisée pour les réseaux. C’est aussi la décennie ou Symantec tirera les fruits des partenariats avec les géants qu’elle a refusé de combattre directement. Les produits de sécurité autour de Windows 95 lui apportent la consécration. La pandémie Melissa à la fin des années 90, consacrera l’importance et le rôle des anti-virus pouvant se mettre à jour. L’événement finira d’asseoir la réputation de Symantec comme un leader dans le domaine de la sécurité.

Le nouveau Symantec


John_Thompson
Thompson prend la tête de Symantec.
Avec une vision ambitieuse, il conduira
Symantec vers les sommets de
l’industrie et procédera à de nombreux
rachats. Il est toujours membre du 
conseil d’administration de l’entreprise.

Le passage de l’an 2000 s’accompagne d’un changement à la tête de Symantec avec l’arrivée d’un vétéran de l’industrie issu d’IBM, John Thompson. Son programme est très ambitieux. Si les revenus doivent doubler, l’entreprise doit s’aligner sur les différentes tailles de ses clients et conserver le leadership dans la sécurité tout en se dotant de produits pour maîtriser la connectivité, support de nouvelles menaces à l’époque. Il convient aussi de pouvoir maîtriser tout cela avec des outils d’administration adaptés. Cela se fera principalement par acquisitions. Entre 1989 et 2005, Symantec absorbera 33 entreprises dont Axent Technologies, Altiris et Veritas. En 2004, Symantec procédera à 72 lancements de produits, un record dans l’industrie informatique !
A cette date, Symantec n’est plus seulement un acteur du monde de la sécurité mais de toute l’infrastructure de l’entreprise.
En 2006, Le 200 millionième produits Norton sera vendu. Dès 2007, Symantec proposera une plate-forme en ligne pour assurer la sécurité. Depuis peu, la stratégie suivie par le nouveau CEO, Enrique Salem (lire notre interview) se concentre sur une couverture plus large des besoins des PME et une évolution vers une protection de l’information et plus seulement de la donnée avec des fonctions de stockage, de protection des infrastructures, de la gestion de ces infrastructures et de protection du poste de travail et des serveurs. Toujours dans la lignée de son idée initiale, Symantec multiplie les axes de recherches. Par exemple, le projet Wombat, une cartographie des usages et des méthodes des groupes d’hackers, dont nous avons parlé dernièrement dans ces colonnes (lire L’Informaticien n° 82).
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