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CISCO : Ils ont changé notre vie !

par Bertrand Garé - Dossier publié par le magazine L'Informaticien le 01/10/2010 Article Rating
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Le siège mondial de Cisco à San Jose, Californie.

Qui se rappelle de Sandy Lerner et de Len Bosack ? Inconnus pour le plus grand nombre, ils font certainement partie de ceux qui ont le plus changé notre vie de tous les jours, notre manière de travailler ou de communiquer avec les autres. En 1984, ils créent une entreprise qui sera l’une des plus grandes réussites dans les technologies : Cisco.

Après un passage chez DEC, Len Bosack rejoint l’université de Stanford en 1979. Il y rencontre Sandra Lerner, future diplômée en statistiques et informatique. Le conte de fée commence. Ou une belle histoire, il l’épouse l’année suivante.

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L'accueil du campus de Cisco.

Le campus de Stanford est très étendu et leurs bureaux sont très éloignés. Ils cherchent alors un moyen simple de pouvoir communiquer. Ils se mettent à travailler sur une solution qui leur permettrait des échanges directement via leurs ordinateurs. Lassés de s’envoyer des messages par le réseau de l’Université, ils s’attachent avec deux collègues à faire évoluer le système IMP (Interface message processor). Pour l’anecdote, il s’agissait de deux ordinateurs SU-SCORE et SU-GSB munis du système TOPS-20.

Ils mettent alors au point un routeur en s’appuyant sur les travaux de William Yeager, qui avait développé le premier routeur avec des paquets commutés. Ce scientifique américain ne s’arrêtera pas là puisqu’il créera ensuite les messageries IMAP, puis le premier logiciel permettant de contrôler un équipement spécialisé dans le routage des paquets. Ce logiciel fut nommé IOS (Internetwork Operating System). En 1984, notre couple reprend le code de Yeager et l’adapte pour un périphérique dédié, capable de fonctionner avec de multiples protocoles, réseaux, ordinateurs. L’équipement devient rapidement la coqueluche des universitaires américains. Le premier routeur multi-protocole avait vu le jour.

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Len Bosack et Sandy Lerner, co-fondateurs de Cisco Systems.

Sandy Lerner et Len Bosack proposent alors à Stanford de commercialiser le routeur. Mais l’université, institution à but non lucratif, décline la proposition. Il est même interdit à notre couple de commercialiser cette solution ! On ne sait si l’université regrette cette décision… En tout cas, elle semble moins fermée désormais sur les possibilités de spin-off de certaines de ses recherches ou sur les brevets déposés.

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John Morgridge, l'homme par qui
Cisco est devenue dns les années
90 une star de la high tech.


Le centre de production… dans le salon
À la fin de 1984, les deux jeunes entrepreneurs bravent cette interdiction et fondent la société « Cisco », en l’honneur de la ville de San Francisco. Le logo reprend le Golden Gate Bridge et évoluera assez peu au fil du temps et du développement spectaculaire de la firme. En 1986, le couple démissionne de Stanford et se lance totalement dans l’aventure en installant le centre de production de routeurs… dans leur salon ! (Il devait y avoir plus de place que dans leur garage !) Tous deux se consacrent totalement à leur entreprise et lèvent 2,5 millions de dollars auprès d’un fond d’investissement. Leur situation n’est cependant pas clarifiée vis-à-vis de Stanford. Soucieuse de ne pas se diriger vers un procès, ce qui ne profiterait à personne, l’université cède la licence du produit à Cisco en échange de 20 000 $ et de 150 000 $ de royalties, ainsi que des remises sur les équipements Cisco et le support ! Plutôt une bonne affaire, somme toute : le code est désormais propriété de Cisco et il devient la première version de l’IOS Cisco. En 1988, les deux fondateurs nomment John Morgridge comme PDG, mais les rapports se tendent rapidement avec celui-ci. Écartée en août 1990, Sandy Lerner quitte l’entreprise. Par solidarité, Len Bosack démissionne. Il recevra au passage 200 millions de dollars. Ils vendront leurs actions de l’entreprise et quittent définitivement la scène à l’aube d’une réussite sans pareil. Les fonds seront pour la plupart réinvestis dans des oeuvres charitables. Le couple se séparera deux ans plus tard. La page des fondateurs se tourne.

L’apport de la couche logicielle

La décennie 90 consacrera le véritable décollage de l’entreprise. Il se fera à coups de rachats importants qui permettent à Cisco de récupérer des technologies très innovantes, afin de contrecarrer la montée en puissance d’un nouveau protocole, IP. Si l’avance technologique de Cisco se réduit un peu à cette époque, la croissance externe la positionne sur tous les créneaux des gammes réseaux dont IP.
Dès 1990, l’entreprise entre en Bourse, elle deviendra un temps la plus forte capitalisation sur le Nasdaq avec une valeur de plus de 500 milliards en l’an 2000 juste avant l’explosion de la bulle internet. Durant les premières années de l’entreprise, la croissance moyenne est de 200 % par an. La reconnaissance est générale et le routeur 7500 sera sur le podium des produits de la décennie 1990/2000 juste derrière le navigateur Mosaïc et le Lan Manager de Novell !
Autre fait marquant de cette décennie, John Chambers devient CEO en 1996 et John Morgridge prend la présidence du board. Devenu le leader difficilement contestable dans les équipements réseau, Cisco continue ses rachats et ses innovations, s’appuyant sur un important budget de recherche et développement pour se placer sur tous les segments relatifs à son métier de constructeur d’équipements réseau. Cette stratégie se concrétise par l’apport croissant de la couche logicielle pour apporter de l’intelligence dans le réseau et lui faire réaliser des opérations qui en ces temps étaient encore dévolus aux serveurs : sécurité, routage avancé…
À l’aube des années 2000, Cisco est sur tous les segments de marché des réseaux avec une présence internationale quasi-totale, par des filiales ou par des distributeurs, dans une position de leader sur la plupart des marchés. En quelques années, l’entreprise est devenue une véritable machine à cash. Elle est en position de force pour une nouvelle stratégie qui se dessine dans les nombreux laboratoires de recherche de l’entreprise.

Le réseau comme plate-forme

Pour preuve de la vision de l’entreprise, elle fut la première à s’engager dans IPv6, prévoyant les limites de l’Internet tel qu’on le connaissait au début des années 2000. Surtout, la vision tend à voir Internet comme le coeur d’une plate-forme qui supportera les multiples possibilités des activités en réseau. Si le développement au cours des années 2000 vers les solutions de communications unifiées et de Web ou de vidéoconférence semble logique, le lancement de Cisco vers des produits pour supporter la télévision sur Internet a été moins bien compris. Il suffit de voir l’engouement autour de ces usages aux États-Unis pour se persuader de l’exactitude de la vision sur les usages à venir d’Internet. Cela n’a pas empêché Cisco de continuer ses emplettes, de plus en plus importantes. Citons WebEx, dans la Web conférence, Tandberg dans la vidéoconférence ou Linksys pour le marché de l’ADSL et une diversification vers des usages domestiques ou pour la petite entreprise. L’idée est d’accompagner les nouveaux usages pour apporter aux clients de Cisco la productivité et la connectivité nécessaires, quel que soit le contexte, en s’appuyant sur une plate-forme : le réseau. L’explosion de la bulle internet marquera une période difficile pour Cisco. John Chambers baisse alors son salaire à 1 $. L’entreprise passera le cap encore renforcée avec une vision affûtée sur les possibilités offertes par le réseau des réseaux et ses applications. Contrairement aux autres sagas de notre série, nous n’avons pas mis en relief certains produits marquants pour l’entreprise pour la simple raison que, chez Cisco, il y en a trop ! Et chaque année de son histoire a amené des nouveautés de rupture dans le domaine des réseaux. Malgré les vicissitudes économiques, Cisco reste aujourd’hui première sur la plupart des segments de marché autour des réseaux y compris la sécurité. Rien dans un futur proche ne laisse présager que cette place prééminente soit menacée. Le conte de fée continue.


Les acquisitions de Cisco les plus importantes

• WebEx
• Linksys
• Aironet
• IronPort
• Scientifi c Atlanta
• ScanSafe
• Pure Digital (qui a donné naissance
à la caméra vidéo Flip)
• Navini Networks
• Tandberg
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