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HITACHI : Un centenaire au futur très numérique

par Christophe Bardy - Dossier publié par le magazine L'Informaticien le 01/11/2010
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uValue fête le 100e aniversaire d'Hitachi.

Fondé en 1910, Hitachi est aujourd’hui l’un des plus grands conglomérats mondiaux avec 100 milliards de dollars de chiffre d’affaires et 360 000 salariés. Une firme dont la division IT est la première activité et qui entend utiliser l’informatique comme le vecteur fédérateur de ses différentes branches.


Surtout connu des informaticiens au travers de sa division spécialisée dans le stockage, Hitachi Data Systems, le groupe japonais Hitachi a fêté cette année son centième anniversaire. Un événement célébré en grande pompe cet été à Tokyo à l’occasion de l’exposition uValue qui a permis à la société de présenter l’étendue de ses savoir-faire à près de 50 000 clients et partenaires. Et le moins que l’on puisse dire est que Hitachi est un groupe étonnant, en tout cas du point de vue occidental.

Perpétuant la tradition des grand conglomérats diversifiés – ou keiretsu – à l’instar d’un General Electric aux États-Unis, d’un Siemens en Allemagne, ou de l’ancienne Générale des Eaux en France, Hitachi est un géant aux multiples facettes qui emploie près de 360 000 salariés dans le monde, soit quasiment autant que IBM.

La reprise de la croissance devrait profi ter à plein à ce spécialiste des infrastructures qui réalise 17 % de son chiffre d’affaires dans les systèmes d’information et de communication – 1er contributeur au CA et aux bénéfices –, mais qui est aussi présent dans tous les secteurs des infrastructures essentielles au monde moderne : notamment l’énergie (fabrication de turbines et de centrales nucléaires), les systèmes de transports publics (entre autres le TGV japonais ou les dernières motrices EuroStar), le traitement de l’eau et des déchets, les systèmes médicaux, les systèmes de chauffage et de climatisation, ou plus près de l’utilisateur final, l’électronique grand public et l’électroménager. Difficile a priori devoir une quelconque unité stratégique entre ces différentes activités. Et pourtant, c’est ce qu’a tenté de mettre en lumière Hiroaki Nakanishi, le président de la fi rme lors de son discours d’ouverture de uValue.

L’informatique comme un lien entre les activités du groupe
À l’instar d’un IBM qui parie sur les grilles intelligentes, Hitachi mise sur ce qu’il appelle l’innovation sociale, qui va se traduire pour la firme par une intensification des coopérations entre la division informatique et les autres branches du groupe. Objectif : injecter bien plus d’intelligence et d’automatisation dans les systèmes du futur – qu’il s’agisse de transport, de santé, de divertissement, de systèmes urbains ou d’énergie – afi n de simplifier la vie quotidienne mais aussi de préserver les ressources énergétique.

Parallèlement à cet ambitieux effort stratégique, le discret colosse japonais est aussi lancé dans une course à la mondialisation avec pour objectif de devenir une véritable société globale. C’est Hitachi Data Systems, la filiale en charge de la commercialisation des systèmes de stockage à l’international, qui devrait servir de modèle à cette accélération de l’internationalisation de la fi rme. Car Hitachi Data Systems a réussi là où de nombreuses autres filiales maison ont échoué : permettre au géant japonais de se projeter avec succès hors de ses frontières (HDS génère plus de la moitié du chiffre d’affaires de la division stockage d’entreprise, soit désormais plus que la division stockage au Japon.

Près de 50 ans de présence en informatique
L’activité économique autour de l’informatique de Hitachi est aujourd’hui peu connue hors des frontières du Japon. Pourtant, elle a déjà une longue histoire et un glorieux passé. Les premiers travaux de recherches de la firme sur les systèmes de communication datent de 1938, travaux qui après-guerre donneront naissance aux premiers autocommutateurs téléphoniques de la marque. C’est aussi après la Seconde Guerre, que la firme commence à s’intéresser de plus près à l’informatique. Ses premiers travaux de recherche dans le secteur débutent en 1959 sur le site de Totsuka Works, à Tokyo. En 1962, soit moins de trois ans plus tard, Hitachi crée sa division informatique sur son site de Kanagawa, près de Yokahama. Sous l’impulsion de quelques chercheurs venus des laboratoires de recherche de l’université de Tokyo, comme Kayashima Kozo ou Takahashi Shigeru, et de pionniers de l’informatique japonais comme Takada Shohei, Hitachi développe en 1965 son premier ordinateur commercial, le HITAC5020, une première qui donnera lieu à une longue série de systèmes de classe mainframe à commencer par la série des HITAC8x00, puis celle des systèmes M. Ces grands systèmes rivaliseront longtemps en performances avec ceux de IBM jusqu’à ce que la fi rme commence à perdre pied dans les années 90, avec la bascule des grands systèmes IBM en technologie CMOS (premier mainframe en technologie CMOS, IBM S/390 9672 en 1994), mais il faudra plus de cinq ans pour que la nouvelle technologie surpasse les grands systèmes en technologie bipolaire.

Hitac8700
Le Hitac 8700, l'un des premiers mainframes de la marque fait ses débuts à la NHK.

Cette rupture technologique sera un tournant explique avec candeur Shinjiro Iwata, le patron de l’activité Informatique et Télécom de Hitachi (HITS, Hitachi Information and Telecommunications Systems). « Lorsque la technologie CMOS a pris le dessus sur la technologie ECL (Emitter-Coupled Logic), historiquement utilisée sur les System/390 et ES/9000 de Big Blue et par les compatibles mainframes japonais, IBM a repris le dessus sur nous. Nous ne pouvions plus continuer la commercialisation de nos mainframes. »

La-version-Hitachi-du-Superdome
Hitachi revend en OEM les serverus Superdome 2
de HP au Japon (ci-dessus) ainsi que la gamme de
serveurs Unix Power 7 de IBM.




Hitachi a bien sûr tenté de se développer dans les systèmes Unix, mais sans grand succès. Depuis, la marque distribue au Japon les serveurs Power 7 de Big Blue, ainsi que les Superdome 2 de HP dans le cadre d’accords OEM. Le constructeur a aussi développé ses propres gammes x86, mais ces systèmes sont jusqu’à aujourd’hui restés confi nés dans les frontières de l’archipel nippon. Hitachi n’a donc eu d’autre choix que de se replier sur son autre terrain de prédilection dans l’IT, le stockage. Une transformation forcée que Shinjiro Iwata qualifi e de « chance ».



« Unified Computing » : ou l’occasion d’un retour à la case départ pour HDS
Le-Blade-Symphony-d'Hitachi
Le châssis de serveurs en larmes BladeSymphony
de Hitachi sera proposé par Hitachi Data Systems
dans le cadre de ses offres de convergence.

Les prochains mois vont marquer un retour aux sources pour HDS, qui va porter la commercialisation à l’international des serveurs de Hitachi. Objectif : fournir une alternative aux offres de convergence proposées par HP ou Cisco. D’ici le printemps 2011, HDS devrait ainsi débuter la commercialisation en Europe et aux États-Unis de l’offre de serveurs lames BladeSymphony de Hitachi, une offre qui, au Japon, se compose notamment de deux châssis, l’un pour des serveurs ultradenses et un autre pour des lames plus traditionnelles. Ces châssis présentent plusieurs caractéristiques séduisantes et notamment la technologie de partitionnement Virtage embarquée dans le firmware. Virtage permet de partitionner logiquement les ressources d’un serveur, mais aussi d’agréger plusieurs lames au sein d’un ensemble unique. Selon Michael Hay, la technologie n’a pas pour but de concurrencer les hyperviseurs traditionnels, mais elle est complémentaire. Michael Hay a également confi rmé que Hitachi devrait avoir un partenaire sur la partie commutation réseau pour son offre de convergence, mais le nom de ce dernier reste pour l’instant un secret (Brocade est toutefois l’un des grands partenaires historiques). « L’objectif n’est pas d’attaquer HP et IBM de front » prévient Michael Hay. Hitachi devrait en fait utiliser sa pile d’infrastructure intégrée pour pousser des offres intégrées prêtes à l’emploi. Naturellement, les applications développées par Hitachi, et notamment la plate-forme de gestion de contenu et de stockage objet HCP ou la solution de NAS en cluster Parascale, sont des candidates naturelles pour être installées sur les serveurs de la marque.


Premier disque dur en 1967
En fait de chance, Hitachi n’a fait que capitaliser sur une longue tradition. Le premier disque dur de la marque, le H-8564, remonte à 1967, soit onze ans après la livraison par IBM de son premier disque dur, le RAMAC – loué 32 000 $ par mois aux clients. La capacité du H-8564 était de 7,25 Mo et la vitesse de rotation des six plateaux de 14 pouces de 2 400 tr/mn. Le disque était compatible avec les supports de stockage des lecteurs de disques durs IBM2311 – à l’époque, les plateaux des disques étaient des supports amovibles –, lancés en 1964 avec les System/360. Pour mémoire, le temps d’accès moyen était de 75 ms et le débit à l’interface de 156 Ko/s. Il sera le premier d’une longue série de système de stockage conçus en parallèle des mainframes de la fi rme. Le développement des systèmes de stockage va d’ailleurs largement profi ter de celui de l’activité mainframe tout au long des années 70, 80 et 90. Et la vente de ces systèmes va, elle aussi, s’internationaliser à un rythme rapide. Ainsi, aux États-Unis, une co-entreprise entre Hitachi et National Semiconductor fournit l’Américain Intel en mainframes et systèmes de stockage compatibles IBM. Dans une série de rebondissements, National s’emparera d’Intel pour créer National Advanced Systems, avant de céder la société à une co-entreprise entre Hitachi et EDS. Hitachi Data Systems, dont Hitachi détient alors 80 % du capital, vient de faire ses débuts. Comme l’explique Shinjiro Iwata, le patron de l’activité Informatique et Télécom de Hitachi, l’alliance avec EDS faisait sens dans la mesure où elle a permis à Hitachi de Les dates clés de Hitachi et de HDS s’appuyer sur une force de vente et de support déjà formées aux mainframes. De plus, le stockage était alors l’un des points forts de la fi rme, son unité de disque H6587 (lancée en 1990) détenant le record du monde en matière de capacité (avec 22,7 Go) et de performance (4,2 Mo/s).

Un site de production à Orléans
Le lancement de l’unité de disque H-6587 a d’ailleurs coïncidé avec la décision de Hitachi d’établir un site de production en France à Orléans, un site qui, aujourd’hui, assemble toujours les systèmes de stockage de HDS pour l’Europe – mais qui a récemment perdu la fabrication des cartes électroniques, recentralisée au Japon. Les rôles sont alors clairement partagés : à Hitachi Japon la R & D et la conception des systèmes de stockage et des mainframe, à HDS le marketing, la relation avec les clients et la commercialisation. Et la mayonnaise prend. Peu à peu les ventes décollent. À tel point que Hitachi Data Systems contrôle plus de 20 % du marché mondial des grands systèmes à la fi n 1997. À l’époque, nul ne regarde vraiment la partie stockage qui passe loin derrière les mainframes, tant en matière de revenus qu’en termes de « glamour ». Pourtant, c’est le stockage qui au final sauvera HDS.

Un généraliste devenu spécialiste
« Avec la fin des mainframes, nous sommes devenus pour l’essentiel un spécialiste du stockage », confie Iwata. « Il n’y avait de toute façon pas d’autre voie pour HDS. Et puis, le stockage est différent des serveurs », en cela qu’il est possible pour un constructeur de se différencier. « Un serveur est motorisé par des puces Intel et par un OS Microsoft, ce qui signifi e que la part que nous contrôlons – (ndlr : en clair, la marge d’innovation) – tend à se réduire. Il en va autrement dans le stockage. » Avec ce revirement stratégique, Hitachi, au Japon, et Hitachi Data Systems, à l’international, se positionnent comme des spécialistes des systèmes de stockage d’entreprise. Un repositionnement stratégique judicieux puisque Hitachi est le numéro un au Japon du stockage depuis cette décision et que HDS est sur le podium ou dans le Top 5 des fabricants dans la plupart des pays occidentaux. En 1999, Hitachi marque les esprits en signant une importante alliance avec HP. Ce dernier vient de tirer un trait sur son accord de revente des systèmes EMC et se tourne alors vers le Japonais pour son haut de gamme – il sera imité un peu plus tard par Sun. En 2004, la firme japonaise est la première à intégrer la virtualisation du stockage dans ses baies haut de gamme avec le lancement de l’USP-V. Et les ventes suivent.

Le-robot-phare-d'Hitachi.jpg
Emiew, le robot sur roues de Hitachi
est un condensé du savoir-faire
technologique de la firme japonaise.

Un succès construit sur la virtualisation de stockage
Selon Hitachi, les livraisons de contrôleurs virtualisés USP-V sont ainsi supérieures à celles du SVC de IBM et à des années lumière devant celles de EMC, dont l’appliance de virtualisation Invista a été un échec commercial. Pourquoi Hitachi a-t-il choisi cette voie de la virtualisation ? « Lorsque nous avons annoncé la virtualisation du stockage en 2004, ce n’était pas un concept unique, mais à la différence d’autres, nous avons réussi à le faire marcher », explique Shinjiro Iwata, le patron de la division IT d’Hitachi, qui a présidé aux destinées de HDS au début des années 2000. « We had a good Guy », ajoute Iwata, sans toutefois préciser le nom de celui qui a rédigé les quelque 10 000 lignes de code, qui font le coeur du moteur de virtualisation de l’USP-V.

Un risque d’innovation disruptive
Cet accent sur la virtualisation a été conservé dans la toute nouvelle baie VSP, que le constructeur a annoncé à la fi n du mois de septembre. « Bien sûr, quelqu’un pourrait arriver sur le marché et faire mieux que nous, explique Iwata en souriant. Mais il ne semble guère craindre IBM et EMC. Sa seule vraie inquiétude serait une innovation vraiment disruptive : il pourrait dans le stockage y avoir l’équivalent de l’invention du CD pour la musique », indique Iwata, ajoutant que Hitachi se retrouverait alors dans la position des fabricants de diamants pour platines tourne-disques, qui ont vu leur marché disparaître. Mais comme il l’explique, il est impossible de voir venir de telles disruptions. L’affrontement s’intensifi e aussi sur le milieu de gamme où Hitachi se développe peu à peu avec sa ligne de baies AMS – directement concurrentes des Clariion CX4. Hitachi utilise les AMS en complément de ses contrôleurs USP-V pour fournir un tiers de stockage économique. Il les vend aussi de façon autonome aux PME, mais dans ce cas, sans le parapluie de virtualisation que fournit l’USP-V.
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