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CEGID : La formidable réussite d’un éditeur ancré en région

par Bertrand Garé - Dossier publié par le magazine L'Informaticien le 01/02/2011 Article Rating
Le siège de Cegid à Lyon
Le siège de Cegid à Lyon

Depuis des décennies, Cegid fait partie du paysage de l’informatique en France et reste une des plus grandes réussites dans le secteur. De nombreux métiers de l’entreprise n’auraient pas pris aussi vite le virage de l’informatisation sans cet acteur désormais incontournable. Retour sur l’histoire de ce spécialiste ancré en région.

Tout démarre au début des années 80 avec le Cegi (Centre d’études et de gestion par l’informatique), lancé par Jean-Michel Aulas, dont on connaît la destinée. Il a alors 19 ans. Cette première tentative est un demi-échec et l’affaire sera revendue à Cegos au bout de deux ans d’existence. Demi-échec seulement, car les idées et l’esprit de ce qui fera Cegid (Compagnie européenne de gestion par l’informatique décentralisée) est déjà présent, l’ADN de l’entreprise est formé.

En 1983, Cegid est officiellement lancée. L’idée est de proposer des produits de spécialistes à des utilisateurs spécialisés. La mise en place du Plan comptable général qui demande des numéros de comptes déterminés est le catalyseur de ce nouveau projet.

Tout d’abord ce furent donc des logiciels comptables développés pour des comptables par des comptables. L’autre axe est aussi d’avoir dès le début une politique de distribution qui s’appuie sur des forces extérieures à l’entreprise. Plutôt que de vendre en direct, Cegid va vendre son produit aux experts-comptables qui vont être à la fois prescripteurs mais aussi forces de vente pour l’éditeur auprès de leurs clients. Depuis, l’éditeur s’est dirigé vers huit secteurs d’activité en reprenant cette idée première. Dès cette période, Cegid donne au reporting, une activité assez nouvelle à l’époque, un axe différent de celui que lui accordent les autres éditeurs du moment. D’un outil de calcul accéléré et de traitement de l’information qu’est l’informatique, Cegid veut en faire un outil d’utilisation quotidienne. Autre axe fondateur qui vient de l’idée de réaliser des logiciels spécialisés, les systèmes Cegid ne font pas tout et ne couvrent pas tous les aspects de la gestion de l’entreprise. Les outils Cegid ont donc des compléments et doivent s’intégrer dans le reste du système d’information. 

C’est aussi le moyen de capter l’innovation à l’extérieur de l’entreprise et de profiter des éléments de recherche et développement d’autres entreprises. Très tôt, Cegid cherchera donc à étendre son écosystème par des partenariats mais aussi par des acquisitions. On peut ainsi dire que toute l’histoire de Cegid est déjà préfigurée dans les premiers pas de l’entreprise. Depuis, la direction n’a pas dévié de cette trajectoire.


Les autres acquisitions de Cegid

  • 1996 : acquisition des sociétés Silicone et Silicad, fournisseurs de solutions aux professionnels de l’industrie.
  • 1997 : acquisition d’Orli, fournisseur de solutions de production aux professionnels de la mode. Renforcement de l’offre dédiée à l’industrie avec l’acquisition d’Amaris.
  • 1998 : acquisition d’Alphabla, fournisseur de solutions dédiées à l’hôtellerie-restauration.
  • 1999 : acquisition de Servant Soft, fournisseur de solutions dédiées aux entreprises…
  • 2003 : acquisition de Quadratus (Profession Comptable).
  • 2004 : CCMX (RH).
  • 2006 : GTI Industrie, PMI Soft (Industrie).
  • 2007 : As Infor (Retail).
  • 2008 : VCS Timeless (Retail).
  • 2008 : Civitas (Secteur Public).
  • 2010 : Védior Front RH (RH).
  • 2010 : Visa (Secteur Public).


De l’expert-comptable à l’entreprise

Après des débuts réussis, l’entreprise se tourne donc rapidement vers le marché des entreprises. Cette approche ne renie pas les éléments cités plus haut. Du noyau comptable, Cegid a d’abord étendu les fonctionnalités des logiciels en ajoutant par développement interne ou acquisitions des possibilités de gestion commerciale, entre autres, pour former un véritable PGI (Progiciel de gestion intégré). Il sera décliné en trois versions, S1, S3 et S5, pour cibler les différents segments du marché des entreprises, des plus petites au plus grandes.

Dès ce virage, Cegid a acquis de nombreux savoir-faire et des parts de marché pour tenir une position sur le podium national dans les secteurs qu’il investit.

Par ces fusions et acquisitions, Cegid a rapidement accéléré son développement. Le financement de ces opérations a rarement posé problème. Les augmentations de capitaux en Bourse ou le recours à des prêts bancaires ne sont utilisés que parcimonieusement du fait d’une gestion très rigoureuse et d’une surcapitalisation de l’entreprise. Patrick Bertrand, le directeur général de Cegid, explique cette particularité dans le paysage des entreprises françaises par le respect des équilibres entre performance et croissance et respect des équilibres de l’entreprise en plus des principes de bonne gestion.

Le capital de confiance ainsi créé apporte à Cegid un actionnariat et un management stables. Des signes qui ne peuvent que plaire aux investisseurs. Patrick Bertrand, compagnon de route de l’entreprise depuis plus de vingt ans, souligne le point important de cette période : « À l’époque, l’informatique était vue comme un outil accélérant le calcul et le traitement des données. En fait, nous souhaitions faire de cela des outils pour que les salariés puissent les utiliser tous les jours. Nous avions déjà une approche différente. » Le directeur général de Cegid ajoute : « La croissance externe a aussi l’avantage et, non des moindres, de réaliser des recrutements rapidement, ce qui nous permet d’utiliser le potentiel extérieur à notre entreprise. » La liste des rachats est d’ailleurs importante (lire notre encadré).

Depuis quelques années, une nouvelle orientation stratégique se fait jour découlant du constat qu’une technologie ne peut tout faire et qu’un logiciel ne fonctionne jamais seul dans son coin ! Malgré sa taille, Cegid a fait ce constat et se tourne résolument vers la création d’un écosystème large en s’appuyant sur différents canaux de vente. Cela passe aussi par des partenariats avec des éditeurs qui fournissent des logiciels sur la périphérie de l’offre de Cegid, comme Kyriba sur la gestion de trésorerie.

Le développement à l’international

Cette phase d’expansion vers le monde de l’entreprise et la création d’un écosystème étendu a permis à Cegid de passer dans la configuration souhaitée lors du démarrage de l’entreprise, comme nous le précise Patrick Bertrand. Il ne reste désormais comme terre de conquête que le reste du monde... Cegid tient désormais solidement la troisième place dans le classement national des éditeurs français, loin derrière Dassault Systèmes, mais au coude à coude avec Murex, un autre spécialiste dans les logiciels destinés au milieu de la finance. Un développement à l’international est la dernière touche pour passer à un véritable stade industriel.

Jusqu’à présent, la présence à l’international s’appuyait sur l’accompagnement de clients français dans des pays étrangers. Cela change aujourd’hui avec la recherche de clients locaux dans les différentes implantations de Cegid dans le monde. L’entreprise est aujourd’hui présente sur quasiment tous les continents, en direct ou par des partenariats. En Europe, l’Espagne et l’ouverture d’un bureau à Milan ont été les fers de lance de l’implantation des logiciels spécialisés dans le secteur de la mode et de la distribution.

Au Maghreb, des solutions comptables ou destinées à l’industrie sont fournies par des partenariats locaux. Dans les Amériques, près de cent cinquante sites sont équipés des solutions de Cegid. En Asie, Cegid est présent à Singapour, Shanghai et Hong Kong.

Autre virage important, celui de l’Internet pris au milieu des années 2000 avec l’intégration dans les offres de produits du modèle locatif en SaaS (Software as a Service). Il en est de même pour l’Open Source. Malgré un choix technique sur les environnements de Microsoft, Cegid a pendant longtemps été l’éditeur ayant une base importante installée sur Linux, voire la première en France. Cette vision est cohérente avec la stratégie de l’entreprise de ne pas répondre à tous les besoins avec une seule technologie.

Cette saga n’est donc finalement qu’un point d’étape dans l’histoire de Cegid.

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