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Alain Clapaud / mardi 5 février 2019 / Thèmes: Dossier

Les nouveaux métiers de l’IT

Agilité, Cloud, Data

Les CV high-tech deviennent ésotériques : Tech Evangelist, DevOps Enthusiast, Data Guru, UX Alchemist, Product owner et même Bot Trainer… Retour sur ce phénomène de génération spontanée de fonctions de plus en plus pointues dans l’univers IT.

Les nouvelles fonctions se multiplient dans le monde de l’IT. Les nouveaux modèles de développement et les nouveaux usages de l’informatique poussent les entreprises à réorganiser en profondeur le fonctionnement des équipes informatiques, mais aussi développer de nouvelles compétences. L’essor des méthodes agiles constitue un véritable tremblement de terre dans les DSI : fini le triptyque développeur / chef de projet / architecte. Le développeur reste indispensable puisqu’il faut bien quelqu’un qui va écrire le code, mais désormais son travail change considérablement du fait de la montée en puissance des méthodes agiles. Michaël Baron, Scrum Master et Coach Agile freelance, explique que son rôle ne se limite pas à la mise en place de Scrum au lancement du projet : « Le rôle de Scrum Master évolue avec la maturité des équipes qu’il accompagne. Au lancement d’un projet, il va être le promoteur de Scrum, accompagner l’équipe à construire sa propre méthode de travail sur la base du framework Scrum. Pendant le déroulement du projet, il va évoluer vers un rôle de garant de l’application de Scrum, de la méthode construite par l’équipe et il va accompagner l’équipe notamment en l’aidant à supprimer les points de blocage, à éviter et/ou limiter les dépendances externes à l’équipe afin de fluidifier le travail. »

Product Owner : passionné par son produit

Autre nouveau profil de plus en plus recherché par les ESN, les Product Owners. Derrière cet anglicisme, un rôle hybride de chef de produit et d’avocat des futurs utilisateurs de l’application. « Le Product Owner doit être passionné par son produit, par la satisfaction de ses utilisateurs », résume Renaud Secq, Product Owner freelance. « Il doit aller à leur rencontre et prendre en compte leurs feedbacks. Il doit avoir de bonnes compétences en UX, UI, marketing et si possible un bon vernis technique. Le Product Owner doit savoir dire non pour garantir la vision de son produit, et en même temps donner suffisamment confiance pour qu’on lui laisse une autonomie complète sur son backlog produit. Bref, c’est un métier passionnant ! » On commence à voir apparaître des profils de développeurs / chefs de projet évoquant la notion de Craftsman, plaçant en quelque sorte le développement informatique au niveau de l’artisan d’art, privilégiant la qualité ; la recherche de valeur ajoutée et une notion de communauté de professionnels. Pour sa part, Rémy Vannarien, Solution Manager chez Altran, défend l’idée de l’IT Servant : « Le Servant Leader est une vision moderne du manager, qui va aider et coacher les membres une équipe dans leurs projets professionnels. Véritable facilitateur expérimenté, le servant leader est au service de l’équipe et des collaborateurs. La philosophie est collaborative et participative là où un manager sera plutôt directif, avec un lien hiérarchique fort. Le servant leader favorise donc le bottom-up au top-down. Il va aider l’équipe à devenir autonome et définir son mode de fonctionnement. » Enfin, avec la montée en puissance du mobile et le bond en avant réalisé sur les interfaces utilisateur devant la pression d’utilisateurs qui réclament une ergonomie « à la Apple », le poste d’UX Designer s’est imposé comme une évidence dans de nombreuses entreprises de même que les rôles dédiés aux tests. Les entreprises ont recruté de nombreux QA Tester, QA Manager afin de hausser le niveau de qualité de leurs applications et réduire les risques de bug de plus en plus préjudiciable pour l’image et le business des entreprises.

La « Data Revolution » crée de nouvelles fonctions

L’autre révolution menée par les entreprises est celle de la DSI, la Data. Beaucoup a déjà été écrit sur les Data Scientists, ces champions des modèles prédictifs qui sont parfois informaticiens, mais surtout des statisticiens et des chercheurs qui ont bien compris que les salaires étaient bien meilleurs dans les Data Labs des entreprises du CAC40 que dans la recherche publique. Outre ces Data Scientists dédiés à la conception des modèles statistiques, leur collègue, le Data Engineer a un rôle plus IT. C’est lui qui, avec les architectes, conçoit et met en place le Data Lake, les chaînes d’alimentation en données et met à disposition des Data Scientists les données. Pour personnaliser cette stratégie Data auprès des ComEx, actionnaires et médias, les grandes entreprises ont nommé un CDO, Chief Data Officer à ne pas confondre avec le Chief Digital Officer dont le rôle est plus marketing. À noter que le CDO assume parfois la fonction de DPO, celui qui a la responsabilité de la conformité de l’entreprise au RGPD. La gouvernance de la donnée distribue les rôles dans l’entreprise bien au-delà de la DSI puisque des Data Owner sont généralement nommés auprès des métiers afin de veiller à la qualité des Data produites ; des Data Steward gérant le travail de cette population et assurant l’interface avec les informaticiens pour faire vivre le Data Lake.

D’infinies variations

Avec le « Data Driven », la cybersécurité est sans nul doute le terreau le plus fertile pour la création de postes étonnants. Ainsi, devant l’accroissement du risque de fuite de données, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à faire appel à des hackers éthiques afin d’essayer de déjouer leurs protections internes ou trouver des failles de sécurité dans leurs logiciels. Les Team Leaders en voient de toutes les couleurs, selon qu’ils se placent côté attaquant  « Red Team », côté défense « Blue Team » ou… entre les deux (Purple Team). Nicolas Caproni, Threat Intelligence « Purple » Team Leader chez le prestataire de sécurité Sekoia explique : « La Purple Team génère du renseignement sur les menaces afin d’éclairer nos clients sur nouvelles cybermenaces et les modes opératoires des attaquants informatiques. Mais la spécificité de la Purple Team c’est que nous alimentons également notre Blue Team (CERT et SOC-as-a-Service) pour améliorer leurs capacités de détection et accélérer la réponse aux incidents mais également notre Red Team pour réaliser des simulations d’attaques réalistes (type APT) en émulant des adversaires existants, en fonction du secteur d’activité de nos clients. »

En parallèle à ces postes, d’infinies variations sont apparues, les uns se qualifiant de « guru » dans leur discipline, d’autres d’enthusiasts, d’alchemists, etc. L’intitulé de la fonction est lui-même devenu un élément de branding personnel pour l’expert d’une technologie. Un moyen comme un autre de mieux vendre ses connaissances, sa passion sur un CV.


Sébastien Gest, Tech Evangelist chez l’éditeur Vade Secure

« Une grosse partie du travail de Tech Evangelist consiste à expliquer, sensibiliser un public néophyte à des concepts complexes. Je suis Tech Evangelist dans le domaine de la cybersécurité, donc mon travail consiste à expliquer des choses très compliquées afin de les rendre intelligibles de tous. Le travail du Tech Evangelist n’est en aucun cas de dire que le produit commercialisé par son entreprise est le meilleur, mais expliquer les problématiques, par exemple quelles sont les menaces auxquelles doivent faire face les entreprises, qu’est-ce que le phishing, le spear phishing, qu’est-ce qu’un malware, leurs dérivés. Le Tech Evangelist doit marier le meilleur des deux mondes avec le marketing, la communication d’un côté et la technologie de l’autre. Dans le domaine de la cybersécurité, du Big Data, un profil pur marketing n’est pas légitime vis-à-vis d’une audience experte comme c’est le cas aux Assises de la Sécurité ou au FIC, par exemple. »


Renaud Secq, Product Owner freelance

« Le Product Owner est là pour donner de la valeur ajoutée à son produit. Il porte la vision du produit et il est responsable de sa roadmap. Il est à l’écoute des besoins et problèmes de ses utilisateurs et tente d’y répondre de façon itérative et incrémentale. Il organise régulièrement des ateliers avec les utilisateurs et les parties prenantes (stakeholders) afin de comprendre le contexte, les « pain points » et la vie de ses utilisateurs. Le Product Owner travaille en collaboration avec un UX designer pour concevoir les interfaces. Ensuite, il exprime les besoins de ses utilisateurs sous forme de User Stories dans un backlog. Il doit également penser à la maintenabilité de son produit en associant à ces users stories des cas de test, des gherkins. Le Product Owner travaille au quotidien avec la dev team et ensemble, ils forment une équipe de choc ! »


Amael Berteau, Craftsman

« Craftsman est un état d’esprit, une philosophie et peut s’appliquer à différentes fonctions et à différents niveaux de l’entreprise. Ce sont des valeurs intemporelles que je cultive et défends depuis le début de ma carrière, indépendamment des fonctions que j’ai occupées (Développeur, Team Leader, CTO, CIO…) ou des modes et des époques (« eXtreme Programming » hier, « Software Craftsmanship » aujourd’hui, autre chose demain…) Je trouve néanmoins l’étiquette « Craftsman » particulièrement adapté, du fait de la métaphore avec l’artisan et l’artisanat : un technicien avec une expérience certaine, un spécialiste qu’on consulte pour qu’il nous prodigue les bons conseils, un professionnel qui sait répondre à une problématique. Notre expérience, notre histoire, notre vision permet d’être force de proposition, créatrice de valeur. »


Benoît Binachon, Executive Search For Data Driven Functions chez Uman Partners

« Jusqu’à très récemment, les DSI legacy ont été tenues relativement à l’écart des projets Data. Après une décennie 2000 durant laquelle elles se sont dotées de bases de données classiques, le début des années 2010 a vu l’émergence hors des DSI des premiers « Data Labs », et de la fameuse fonction de Data Scientist, qui ont élaboré des premiers cas d’usage analytics et démontré l’existence de la valeur dans la donnée. Les Data Architects ont construit des shadow IT capables de tenir la charge de la volumétrie et de la puissance de calcul nécessaire aux algorithmes des Data Scientists, mais en ne parvenant que rarement à industrialiser leurs projets. Des fonctions de Chief Data Officers sont apparues, pas toujours très pertinentes dans leur structuration, pour tenter de transformer l’essai, et il faut le reconnaitre, mettre un peu de gouvernance dans le sujet. Mais la brique technique manquante pour passer à l’échelle les algorithmes élaborés en laboratoire, c’est le Data Engineer et son équipe. Cette fonction est aujourd’hui ultra-tendue ! »

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