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Bastien Lion / vendredi 24 juillet 2020 / Thèmes: Dossier, Emploi

L’emploi aux temps du Corona

Les leçons à tirer

Bien que moins sinistré que d’autres par la Covid-19, le secteur de l’IT a lui aussi connu de profonds changements durant le confinement et devrait en tirer quelques enseignements.

Confinement oblige, Alexandre Mermod a dû accueillir Béatrice Soliveri,
la nouvelle assistante de direction de Sell&Sign, en visio.

Depuis le début de la crise sanitaire, le Syntec numérique interroge les dirigeants des sociétés du secteur sur leur ressenti et les conséquences de la pandémie sur leur activité. Les résultats sont éloquents. Sur le baromètre établi fin avril, 81 % des chefs d’entreprise interrogés anticipaient une baisse de leur chiffre d’affaires prévisionnel sur le deuxième trimestre 2020. Seuls 60% des projets étaient alors maintenus. Des chiffres qui poussent à imaginer le pire pour les salariés. D’autant que, dans le même temps, plusieurs grandes entreprises américaines doivent licencier à tour de bras pour survivre, à l’image des 3 700 employés d’Uber sacrifiés en quelques secondes lors d’une visioconférence début mai. En France, le code du travail neutralise ce genre de méthodes brutales. Mais cela n’empêchera pas le Coronavirus de laisser son empreinte sur la gestion des ressources humaines de nombreuses entreprises.

2020 avait pourtant bien commencé. Pour Jacques Froissant, directeur de l’agence de recrutement Altaïde, les affaires étaient même en «plein boom» en début d’année. Le coup d’arrêt a été d’autant plus violent une fois le 18 mars passé. « 80% des start- -up et de nombreuses ESN ont simplement stoppé leur business », chiffre le chasseur de têtes. Il estime que Altaïde avait perdu 50% de son activité à la mi-mars. Responsable d’une large partie des embauches du secteur, les ESN ont payé le prix fort dès les premiers jours du confinement. « Énormément de projets qui nécessitaient des chefs de projets, des développeurs ou autres, se sont arrêtés, définitivement pour un grand nombre d’entre eux », analyse Stéphanie Delestre, fondatrice de la plate-forme d’intérim Qapa. « Une refonte logicielle dans le secteur de l’aéronautique ou de l’automobile, en période de crise, ça n’est plus jugé comme une priorité.»

 

En toute logique, ce sont les indépendants qui ont le plus pâti de cette situation (voir encadré). Spécialisée dans le recrutement de développeurs pour les entreprises, l’agence Easy Partner en a rapidement fait le constat. « À l’annonce du confinement, les entreprises ont gelé leurs offres de mission afin de réduire leurs coûts », résume Laura Peignard, responsable acquisition. « De leur côté, les freelances déjà en poste ont soit été éjectés de leur mission, soit vu leur prestation drastiquement réduite, passant souvent de cinq jours de travail par semaine à un ou deux jours.» Une situation qui peut paraître préoccupante, d’autant que la situation compliquait fortement la recherche de missions supplémentaires pour pallier le manque à gagner. Pourtant, les principaux intéressés ont parfois vu cette pause comme un moyen de souffler un peu. « Ces freelances travaillent énormément », poursuit Mme Peignard, « beaucoup en ont profité pour prendre du temps pour eux, pour des projets personnels, pour leurs familles…» Il faut dire qu’avec un taux journalier moyen (TJM) autour de 500 à 600 €, les développeurs avaient jusque-là de quoi voir venir.

Pour Laura Peignard (Easy Partner), le confinement a poussé beaucoup
de jeunes développeurs à chercher du sens dans leurs futures missions.

La fin de l’Eldorado des développeurs ?

Mais cette situation va t-elle perdurer? Alors qu’en temps normal, le métier de développeur était l’un des plus pénuriques du secteur, avec plus de missions disponibles que de professionnels disponibles, le marché semble s’être inversé. « Les start-up recrutaient beaucoup de développeurs à des salaires très élevés », commente Stéphanie Delestre, « Aujourd’hui, certaines vont jusqu’à licencier leurs équipes techniques. En dehors des très bons profils, on peut logiquement s’attendre à des baisses de salaire sur ce genre de métier, au moins dans les mois à venir. » Conséquence de ce changement de paradigme, les besoins des indépendants évoluent à leur tour. « Aujourd’hui, 60% de nos freelances sont partants pour un CDI, ce qui est inédit », note Laura Peignard, « Certains sont mêmes prêts à baisser leur TJM, parfois de moitié.» De même, la volatilité des développeurs, permise par leur valeur professionnelle, pourrait-elle aussi prendre un coup une fois la crise passée. Pendant le confinement, Jacques Froissant s’est étonné de trouver de nombreuses portes fermées à ses propositions. « Prendre le risque de démissionner et de partir dans une autre boîte avec une période d’essai en ce moment, ça génère beaucoup de frilosité », constate-t-il.

Pour autant, le secteur de l’IT semble bel et bien être l’un des moins sinistrés par la crise du Covid-19. Et pour cause, s’il y a un domaine où le télétravail est largement possible, et même déjà bien ancré dans les habitudes, c’est bien celui-là. S’il est encore difficile d’évaluer l’impact sur le business des start-up, la plupart des ESN semblent de leur côté avoir plutôt bien négocié ce trou d’air. Elles ont le plus souvent maintenu leurs salariés au travail, à distance, et ont même pour la plupart poursuivi leur recrutement. « On a choisi de maintenir notre plan d’embauche car lorsqu’on arrête ce genre de machine cela peut être dur de reprendre », explique Olivier Sonneville, directeur des ressources humaines de CS Group. « On est une entreprise très spécialisée avec de beaux projets mais sur des marchés de niche avec une importante concurrence. On ne peut pas prendre le risque de se faire oublier.» Spécialisée dans l’ingénierie et l’intégration de systèmes d’information critiques, l’ESN a enregistré une vingtaine d’arrivées pendant le confinement.

Adapter les process

Même nombre de recrutements chez Scaleway, la filiale dédiée aux offres d’infrastructure cloud d’Iliad. Avec une petite difficulté supplémentaire : la nécessaire présence de certains éléments sur les datacenters, difficilement opérables en télétravail. « On a souvent pas mal de monde qui fourmille dans nos datacenters, il a donc fallu adapter les process », souligne Yann Lechelle, directeur général de Scaleway. « On a essayé de faire en sorte qu’aucune personne ne se retrouve par hasard avec une autre. Nous avons donc segmenté les tâches quand c’était possible, en dehors des cas très rares où une opération nécessite plusieurs employés pour, par exemple, porter des choses lourdes.» Des mesures indispensables pour le maintien de l’activité «de nos clients et des clients de nos clients », dans un contexte où les datacenters de Scaleway ont connu «15% d’augmentation d’activité ».

Situation similaire pour Apside, qui a tout juste revu légèrement son plan de recrutement de 1 000 personnes à la baisse. L’ESN de 3 000 salariés a en revanche fait une croix sur les stagiaires et alternants, « pour des raisons évidentes d’encadrement car ce genre de contrat induit la présence attentive d’un tuteur, ce qui est compliqué de mettre en place avec le télétravail », juge le secrétaire général de l’entreprise, François Perrin. Chez Brother, le confinement a même permis le recrutement d’un cadre à un poste-clé. « La crise du Covid-19 a rendu les personnes davantage disponibles », relève Nicolas Cintré, directeur marketing du fabricant de copieurs japonais en France. « Les entretiens se sont déroulés par visio-conférence et nous avons pu suivre notre process habituel. Nous avons en revanche suspendu temporairement deux recrutements pour lesquels les périodes de préavis, plus courtes, auraient rendu l’intégration difficile.»

La délicate question de l’onboarding

La question de l’onboarding a pour le coup été un sérieux casse-tête pour la plupart des entreprises. Comment bien aborder l’intégration des nouvelles recrues sans pouvoir les rencontrer? Chez Sell&Sign, fournisseur de solutions de signature électronique, le confinement a été synonyme de rendement exceptionnel. « Le mois de mai est tout simplement le plus important de notre histoire en termes de ventes », se félicite Alexandre Mermod, directeur de l’entreprise basée à Marseille, qui parle de chiffres multipliés par trois durant le confinement. Logiquement, les recrutements de cette société d’une vingtaine d’employés se sont poursuivis malgré la crise. « On a accueilli trois personnes qu’on avait jamais vues», sourit le CEO, « C’est clair que l’intégration est très différente, il ne peut pas y avoir les côtés festifs, humains et conviviaux habituels. Un e-apéro, ce n’est pas pareil! »

Des contraintes qui peuvent aussi pénaliser la prise de poste dans les secteurs les plus techniques, comme le rappelle Yann Lechelle, chez Scaleway : « Le télétravail nous pousse à être beaucoup plus explicite dans nos process d’onboarding. On doit s’assurer que le nouveau venu est dans le bon tempo. Avant, les choses se faisaient de manière plutôt informelle, plus naturelle, grâce au contact avec les collègues. Nous avons compris que, pour faciliter l’encadrement des personnes, il nous faut repenser et améliorer ces méthodes.» Lui-même arrivé la veille du confinement chez CS Group, Olivier Sonneville s’est de son côté senti galvanisé par la situation. « Ça met en action tout de suite. Il y a certes moins les aspects prise de contact habituels, mais pour le coup cela permet aussi d’aller plus vite à l’essentiel.»

Des salariés en quête de sens

Reste à mesurer l’impact global sur l’emploi, les traces laissées sur le long terme par ce grand confinement. Plusieurs enseignements peuvent d’ores et déjà être tirés. On l’a vu, le télétravail devrait sortir grand vainqueur de cette période troublée. En région parisienne notamment, Laura Peignard a vu la demande de «remote » fortement augmenter chez les candidats en CDI recensés par Easy Partner. « Beaucoup comptent déménager après la fin de la crise », ajoute-t-elle. Si le sujet prenait déjà de l’ampleur auparavant, la quête de sens semble elle aussi prendre une place bien plus importante dans les désirs des candidats. « On voit beaucoup de profils qui souhaitent aujourd’hui se tourner vers des secteurs ayant un impact sur nos vies, dans l’écologie ou la santé par exemple », poursuit Laura Peignard. La santé devrait d’ailleurs être le secteur à surveiller par excellence. « En avril, toutes nos signatures de nouveaux clients étaient liées à ce domaine », confirme le chasseur de têtes Jacques Froissant, qui prédit également un bel avenir à l’e-commerce et à la banque en ligne : « Le secteur financier s’est rendu compte que les banques pouvaient parfaitement continuer à fonctionner sans que les gens mettent les pieds dans une agence. » Enfin, du côté des recruteurs, la mise en valeur des soft skills pourrait bien modifier en profondeur la recherche de candidats. « Des gens se sont tétanisés face à la crise, ont empilé les erreurs, tandis que d’autres se sont révélés par leur sérénité et leurs idées pour résoudre les problèmes », conclut le directeur d’Altaïde, « Après ça, les compétences pures ne suffiront plus toujours. Les capacités d’adaptation, la personnalité et le respect des valeurs de l’entreprise vont prendre plus d’importance.»


Les freelances tirent la langue

Rentrant en France début mars après un voyage, Romain Gilles était serein. « Je comptais me lancer à mon compte, j’avais même déjà pris contact avec plusieurs sociétés depuis l’étranger, ça devait rouler tout seul », raconte ce développeur basé dans la région lyonnaise. Mais le confinement a quelque peu changé ses plans. « Les employeurs ont dit ne pas pouvoir libérer les budgets vu la conjoncture, et j’ai passé un bon mois avant de réussir à trouver des missions. » Des cas comme celui de Romain, il y en a sûrement eu des centaines pendant la crise. De quoi réclamer des garanties sociales plus solides pour protéger ce type de statut. Dans une tribune signée chez nos confrères de Solutions numériques, le président du Cinov Numérique, Alain Assouline, a ouvertement exprimé ses inquiétudes à ce sujet : « Cette crise met en lumière la vulnérabilité des indépendants, dont le nombre ne cesse pourtant d’augmenter. » Le représentant des indépendants et des TPE du secteur a ainsi réclamé « un arsenal de prévoyances sociales adaptées et couvrant notamment les cas de perte subie d’activité pour des raisons de maladie, de maternité, d’accidents du travail, de chômage, de retraite ou de crise comme celle que nous traversons…»


Vers une augmentation des «référents Covid» ?

Isokan Formation propose de former à distance les référents Covid

La crise sanitaire enjoint les entreprises à faire preuve de plus de vigilance que jamais. Entre gestes barrières et distanciation physique, la reprise d’une vie professionnelle normale requiert certains réflexes pas toujours naturels. Pour mieux gérer cette transition, certaines sociétés font le choix de former leurs employés à la fonction de « référent Covid». Plusieurs organismes ont d’ores et déjà commencé à délivrer des attestations dans ce sens. C’est le cas d’Isokan Formation. Spécialisée dans l’amélioration des systèmes de production, cette entreprise apprend habituellement à ses étudiants comment résoudre des problèmes. Pour son fondateur, Stéphane Roquet, le Coronavirus apporte simplement d’autres problèmes à régler. « En temps de crise sanitaire, il peut s’agir d’apprendre à mettre un masque, d’organiser le réfectoire ou la salle de pause ou de gérer les stocks de consommables », analyse-t-il. Afin d’obtenir l’attestation, les employés volontaires passent une formation en deux temps, via de l‘e-learning puis de la visioconférence. Un parcours qui coûte 200 à 250 € par personne formée, mais que les entreprises pourront par la suite « mettre en avant auprès de leur client et dans leur démarche RSE », selon Stéphane Roquet. Dans certains secteurs, le statut de référent Covid pourrait même devenir un avantage non-négligeable pour les demandeurs d’emploi.

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Tags:emploi

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