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La folie blockchain !
Emilien Ercolani / mardi 7 novembre 2017 / Thèmes: Dossier, Blockchain

La folie blockchain !

Bitcoin - Ethereum

Depuis quelques mois, l’actualité autour de la blockchain est plus palpitante que jamais. L’été 2017 aura été l’occasion d’un feuilleton haletant pour le Bitcoin. Ce sujet est autant technique que (géo)politique, aussi complexe qu’il est philanthropique, avec ses bouleversements, ses retournements de situations et ses personnages mystérieux. Comme vous le découvrirez, la blockchain ne se limite pas au Bitcoin. C’est pourquoi nous reviendrons également sur Ethereum, son « concurrent » qui met entre les mains des professionnels et des développeurs des outils proprement extraordinaires. Des « smart contracts » aux « dApps » (applications décentralisées), la blockchain Ethereum est – et sera – un passage obligé pour les entreprises. Article paru dans le n°161 de L'Informaticien.

Le cours de la cybermonnaie bitcoin a beaucoup fluctué pendant l'été, de la fin juin à la mi-septembre, à tel point que sa valeur a doublé.

Le Bitcoin a passé un fol été. Et avec lui, certains détenteurs de la cybermonnaie ont dû avoir quelques sueurs froides, car la période estivale a été tout sauf une sinécure. D’environ 2 500 dollars l’unité mi-juin, le cours a plongé une première fois mi-juillet, passant sous la barre des 2 000 dollars, avant de mieux remonter pour battre des records à quasi 5 000 dollars début août ! Face à une telle montée, ceux qui détiennent du Bitcoin ont dû exulter. Mais l’idylle aura duré peu de temps : début septembre, une rechute à 4 000 dollars environ, puis un cours en dents de scie avant une chute vertigineuse jusqu’à 3 000 à la mi-septembre. Tout cela dans un mouchoir de poche donc ! Pourquoi ? Telle est la question qui a été posée de nombreuses fois, et à laquelle on ne peut répondre qu’en analysant la trajectoire de la cybermonnaie la plus célèbre du monde.


Lexique

Fork : Littéralement, une bifurcation. Appliqué au Bitcoin, c’est une modification des règles.

Soft fork : Un changement dans le protocole dont les transformations appliquées sont rétrocompatibles.

Hard fork : Changement plus radical du protocole qui nécessite un vaste consensus (nœuds et utilisateurs) et qui n’est pas rétrocompatible.

Mineur : Personne ou entreprise mettant de la puissance informatique à disposition afin de vérifier les transactions sur le réseau et créer des blocs qui sont convertis en hash.

ICO : Initial Coin Offering, ce sont des levées de fonds en cybermonnaies, à mi-chemin entre l’introduction en Bourse et le crowdfunding.


Segwit, Segwit2x et Bitcoin Cash

Le Bitcoin est en cela particulier que personne ne le dirige. Il est soumis à une communauté, elle-même difficile à définir puisqu’elle regroupe les utilisateurs, les « mineurs » – qui mettent de manière très simpliste à disposition de la puissance informatique – et les investisseurs. Ce faisant plusieurs visions s’opposent. « D’un côté la vision philanthropique, de l’autre capitalistique, financière », analyse Fabrice Drouin, directeur technique d’Acinq. « Il y a paradoxalement beaucoup de personnes conservatrices dans la communauté », renchérit Renaud Lifchitz, expert en sécurité chez Digital Security. Ces dissensions se sont particulièrement illustrées pendant l’été.

Initialement, le Bitcoin a été conçu pour se passer d’intermédiaires et permettre des échanges avec des frais très réduits. Mais la montée en puissance de la cybermonnaie l’a fait dévier de sa trajectoire : le temps de transaction est devenu de plus en plus long, et les transactions ont coûté de plus en plus cher. Le conflit dans la communauté s’est érigé sur la façon d’améliorer la scalabilité du Bitcoin. D’un côté, il y avait les conservateurs, qui pensent que le Bitcoin initial ne doit pas changer pour garder sa véritable essence originelle et, de l’autre, ceux qui pensent qu’il doit s’adapter aux nouvelles contraintes. De là est née l’idée du Segwit (Segregated Witness). Elle s’est concrétisée à la suite de l’accord de Hong-Kong, début 2016. Il s’agissait en fait d’un soft fork (voir Lexique), censé augmenter la scalabilité et la vitesse du réseau Bitcoin. Pour ce faire, l’idée était d’alléger les blocs en eux-mêmes, qui contiennent traditionnellement les informations de transactions, mais aussi de signatures et la clé de chiffrement publique. « Le Segwit est en fait une manière de réorganiser les transactions dans les blocs, ce qui ouvre la voie à une évolution du protocole, pour faire passer des transactions off chain notamment. Il améliore aussi la sécurité afin que l’on puisse modifier une des propriétés d’une transaction sans modifier son numéro de transaction », ajoute Renaud Lifchitz. Le Segwit a été activé le 24 août dernier. Mais en parallèle de l’accord initial, un hard fork était également au programme afin d’augmenter la taille des blocs, de 1 à 2 Mo. Début 2017, la communauté s’est encore écharpée, car beaucoup n’ont pas adhéré à cette idée. C’est ce qui a donc donné lieu à Segwit2x, un nouvel accord stipulant l’activation de Segwit en plus de l’augmentation de la taille des blocs, mais qui n’est pas actuellement activé.

Chronologie de l'activation de Segwit.

Face à ce constat, la communauté s’est divisée et cela a abouti le 1er août à la création du Bitcoin Cash, une cybermonnaie dérivée du Bitcoin originel. Il y a donc aujourd’hui bel et bien deux monnaies Bitcoin distinctes : le Bitcoin (Core) et le Bitcoin Cash. Actuellement, le Segwit2x rencontre une vive opposition dans la communauté. Ceci a été particulièrement remarqué lors de la conférence Breaking Bitcoin qui s’est déroulée à Paris les 9 et 10 septembre derniers. Nombre de participants arboraient des autocollants « No2x », et des messages ont même été envoyés pendant les conférences ! Pourquoi une telle opposition à augmenter la taille des blocs ? Les réponses sont multiples. Elles sont d’ordre pratique tout d’abord, dans le sens où mettre à jour un système blockchain comme Bitcoin est complexe. « Cela revient à changer une roue tout en roulant », résume Fabrice Drouin. Elle est aussi contestée car elle est issue d’une concertation entre plusieurs entités qui représentent une grosse partie du pouvoir du Bitcoin, lors de ce que l’on appelle l’accord de New York, de mai 2017. Il faut savoir qu’aujourd’hui, seuls 3 ou 4 gros mineurs contrôlent la majorité du Bitcoin ; ils sont principalement Chinois. Enfin, une autre raison est sécuritaire : augmenter la taille des blocs reviendrait à fragiliser la sécurité du protocole. « Plus de transactions en moins de temps, cela signifie fatalement une atténuation de la sécurité », ajoute Renaud Lifchitz.

Dit Bitcoin, « c’est quand qu’on va où ? »

La fin de l’année 2017 ne s’annonce pas de tout repos pour Bitcoin et sa communauté. En effet, depuis la fin juillet environ, le très influent Jeff Garzik, PDG de Bloq, a pris officiellement position en faveur du Segwit2x. Il estime que pendant le mois de novembre 2017, soit environ 90 jours après l’activation du Segwit, « un bloc dont la taille est comprise entre 1 et 2 Mo sera généré par les mineurs de Bitcoin afin d’augmenter la capacité du réseau. Il est ainsi attendu que plus de 90 % de puissance de calcul du réseau Bitcoin poursuivra la chaîne commencée par ce grand bloc ». Jeff Garzik a pour lui, et derrière lui, le soutien de nombreuses entreprises. Mais étant donné l’opposition que rencontre le projet, il n’est pas certain qu’il voit le jour. À l’heure de l’écriture de ces lignes, un scénario est encore envisageable : une nouvelle séparation au sein de la communauté, qui pourrait aboutir à la création d’un troisième Bitcoin en plus des Bitcoin (Core) et Bitcoin Cash !

Mais finalement, ces guerres internes ne sont pas toujours les plus intéressantes : les challenges techniques auxquels fait face le Bitcoin le sont d’autant plus, et pourraient être en mesure de faire passer la cybermonnaie de confidentielle à une alternative crédible. Concrètement, l’avènement des transactions hors chaîne (ou « off chain ») pourrait être un des éléments qui permettrait cette révolution en faisant du Bitcoin un moyen de paiement compétitif. « L’idée a été proposée par des chercheurs américains il y a deux ans : réaliser les transactions Bitcoin en dehors de la chaîne. Il s’agit d’utiliser ce qu’on appelle les transactions multi-signatures, des sortes de comptes joints. On crée les transactions sans les publier et ce n’est qu’une fois que toutes les opérations sont terminées qu’on les publie sur la chaîne », explique Fabrice Drouin. C’est le concept de Lightning Network.

Ce système suscite beaucoup d’intérêt dans la communauté car ses avantages sont simples : il permet d’éviter la saturation du réseau Bitcoin mais aussi d’autoriser les paiements instantanés et donc les micro-paiements. Pour faire concret : c’est ce qui permettrait de pouvoir payer tous les jours avec une carte bancaire en Bitcoin dans le magasin du coin… La bonne nouvelle étant que Segwit, validé depuis la fin août dernier, facilite la création de protocoles hors chaîne. En avril dernier, Acinq, dont Fabrice Drouin est directeur technique, a réalisé un test sur une autre cybermonnaie, Litecoin. Et tout a bien fonctionné. L’entreprise française, qui travaille sur l’implémentation et les standards de Lightning Network, s’apprête par ailleurs à proposer un portefeuille électronique (wallet) mobile qui gérera à la fois Bitcoin et Lightning Network. La machine semble lancée pour persévérer dans cette voie et pourquoi pas, ouvrir le chemin aux micropaiements avec des cybermonnaies.



Big Bang : quand la Chine dit non

Tous ces éléments mis bout à bout, du Segwit aux problèmes communautaires en passant par la création du Bitcoin Cash et l’éventualité de Segwit2x, sont une partie de la réponse à notre question de départ. Mais un autre élément survenu début septembre explique aussi les énormes fluctuations de la cybermonnaie. Le 4 septembre, la banque centrale chinoise a décidé de bannir les ICO, ces moyens de lever de l’argent en faisant appel à la communauté mondiale des personnes qui disposent de cybermonnaies. Dans un communiqué, elle explique que par ce biais elle souhaite lutter contre la spéculation mais aussi contre ceux qui pourraient se livrer à des activités financières illégales « perturbant l’ordre économique et financier ». La mesure est très contraignante, d’autant plus qu’elle est rétroactive : les entreprises qui ont levé de l’argent via une ICO devront rembourser l’argent aux investisseurs. Celles qui ne coopèrent pas pourraient voir leur licence commerciale révoquée.

Cette décision de la part de la Chine est très importante pour le monde de blockchain au sens large. D’autant plus que la SEC, le gendarme de la Bourse aux États-Unis, est lui aussi en train de regarder comment encadrer ces nouvelles pratiques qui commencent à faire de l’ombre aux services financiers traditionnels ; plus de 500 millions de dollars ont été levés par des ICO au premier semestre 2017. Reste une interrogation : la Chine est le pays qui héberge le plus d’entreprises spécialisées dans le minage, majoritairement de bitcoins. Selon plusieurs sources, le pays a même favorisé l’installation de ces entreprises en proposant une électricité à très bas coût – le « minage » est extrêmement consommateur en ressources énergétiques. Cette décision de freiner un business en plein essor peut donc sembler paradoxale. ❍


APPLICATIONS DÉCENTRALISÉES

Le pouvoir de la blockchain Ethereum

Ethereum n’est pas Bitcoin. Et il y a des raisons pour cela : créé par Vitalik Buterin, ce réseau apporte d’autres fonctionnalités, présente différentes spécificités, mais se distingue aussi par son mode de gouvernance. Mais elle aussi a subit un hard fork en octobre 2016, conduisant à la scission entre les cybermonnaies. On trouve aujourd’hui les populaires Ether (ETH) ainsi que les Ether Classic (ETC). Pour éviter qu’un tel scénario se reproduise, son créateur et « lead developer » a eu une idée afin d’encourager la communauté à aller dans son sens : baisser la difficulté de minage. Ce qui revient à augmenter la récompense pour les mineurs. Autrement dit : séduire les gens en flattant leur portefeuille !

 

Quoi qu’il en soit, Ethereum est surtout un système basé sur une blockchain, à la différence – avec Bitcoin – qu’elle propose l’utilisation de ce qu’on appelle les « smart contracts » ; qui en réalité sont des applications informatiques qui n’ont pas grand-chose « d’intelligent ». « Ethereum est une blockchain qui repose sur trois piliers : un réseau opérateur, un registre des transactions et une cybermonnaie », explique Jérôme de Tichey, manager de l’équipe Blockchain du Lab EY. Sa particularité étant que chaque nœud du réseau comporte une machine virtuelle appelée EVM pour « Ethereum Virtual Machine ». Concrètement, alors que le Bitcoin se cantonne à des échanges entre plusieurs adresses, sur Ethereum ces adresses peuvent en fait prendre la forme de « smart contracts » qui ne sont, ni plus ni moins, que du code informatique déployé dans la blockchain. « Il est donc possible d’écrire une fonction que n’importe qui peut appeler ou non par exemple », précise-t-il.

C’est ce principe de contrat intelligent qui est au cœur du principe des applications décentralisées. Comme le Bitcoin, qui a émergé au moment de la crise économique en 2007, a souhaité devenir une monnaie alternative, Ethereum s’inscrit « dans un mouvement de prise de conscience d’une grosse centralisation de l’information sur Internet qui n’est pas souhaitable sur le long terme. C’était une réflexion globale et une réaction aux conséquences de la mondialisation et de la concentration autour de certains acteurs, que ce soit Google ou les banques », analyse quant à lui Simon Polrot, ex-avocat et cofondateur de Variabl.io. « Ethereum est donc né d’un mouvement post-Bitcoin qui s’est généralisé, en parallèle d’un certain Web décentralisé, et qui n’est pas dépendant de serveurs centraux. »

L’essence d’Ethereum : les contrats intelligents

Voyez les contrats intelligents comme des contrats tout court, mais immuables. C’est-à-dire que ce qui est écrit dans le contrat ne pourra plus être changé ; éventuellement mis à jour, seulement. Par contrat, on peut aussi comprendre « application » que ce soit d’un point de vue stockage ou exécution. « Ce qui signifie qu’une application s’exécute simultanément sur tous les nœuds », précise Renaud Lifchitz, qui ajoute une notion très importante : Ethereum est un réseau décentralisé et non pas distribué, notamment dans le sens où il n’est pas question de faire du calcul parallèle. « L’application tourne sur tous les nœuds du réseau, avec une réplication du calcul. Sans compter que Ethereum n’est pas fait pour héberger de la donnée en grosse quantité. Pour cela, on utilise plutôt des réseaux auxiliaires, hors chaîne », explique-t-il encore.

La blockchain Ethereum est aussi vivante. Son nombre de nœuds (un noeud = un ordinateur qui fait fonctionner Ethereum) fluctue en permanence, en fonction du nombre de personnes qui mettent des nœuds à disposition. On compte environ 30 000 nœuds sur le réseau actuellement ; le site https://ethernodes.org donne une approximation du nombre de nœuds. Autre particularité d’Ethereum : il existe plusieurs implémentations dans huit langages (Go, Rust, C++, Python, Javascript, Java, Ruby et Haskell), permettant in fine de vérifier que le protocole est vertueux. Par ailleurs, les développeurs de contrats intelligents doivent se frotter à un nouveau langage hybride baptisé Solidity (https://solidity.readthedocs.io). D’une syntaxe proche de celle du Javascript, il est donc utilisé, après compilation, pour faire fonctionner les applications dans les EVM.

 

Quel intérêt pour les applications décentralisées ?

Vous l’aurez compris : avec les contrats intelligents, c’est tout un paradigme informatique qui est ébranlé, une notion même du fonctionnement de l’application qui est à revoir. Tout d’abord vis-à-vis du stockage, car il est possible d’héberger du contenu sans avoir recours à un traditionnel serveur web. L’avantage du stockage décentralisé étant que le contenu est déterminé par un hash dit « location independant » qui désigne la ressource même si elle change physiquement de serveur de stockage. Ainsi, le hash reste le même, contrairement à ce qui se passe classiquement sur Internet par exemple.

Une application décentralisée – ou « dApp » – (prononcez diApp), est donc schématiquement un logiciel déployé dans un réseau décentralisé. On peut lister certains de ses avantages en commençant par l’autorisation, c’est-à-dire la capacité de prouver l’existence d’un fichier à une date et donc de laisser une trace, le « time stamper ». Il représente la fonction primaire de la blockchain. Autres avantages : la traçabilité et la transparence des valeurs échangées. Le système blockchain en lui-même résiste par nature à la censure, dans le sens où il n’y a pas de downtime et où une attaque de type DDoS est très – ou trop – improbable. Il n’est donc pas possible de falsifier quoi que ce soit. « La chaîne devient un registre de référence pour chacune des parties prenantes avec des droits en lecture/écriture », résume Jérôme de Tichey. C’est notamment pour cela que les applications en rapport avec les chaînes d’approvisionnement sont extrêmement intéressantes pour les entreprises. Il existe par exemple déjà des cas sur des bouteilles de vin de luxe. « Bien que le système n’empêche pas la fraude, mais la réduit considérablement », ajoute-t-il. Enfin, Ethereum possède aussi l’avantage de pouvoir être utilisé en tant que processus de paiement. Il est possible de travailler à plusieurs sur des API avec une source de données commune, la blockchain jouant le rôle de contrat entre les différents acteurs.

S’il y a beaucoup d’avantages, applicables dans de nombreux cas de figure, il existe aussi certains inconvénients. Comme expliqué précédemment, il n’y a donc aucun frais d’hébergement, et donc pas de support et de maintenance. Par ailleurs, imaginons utiliser Ethereum dans le cadre d’une élection par exemple : cela garantira que le contrat sera le même pour tous et que personne ne pourra le changer. C’est un avantage et un inconvénient, car « lorsqu’un smart contract est déployé, soit on le suicide, soit on le laisse tourner. Une V2 de ce même smart contract aura une adresse différente », rappelle Renaud Lifchitz.

Ces avantages et inconvénients ont déjà donnés beaucoup d’idées, comme on peut le voir chez AXA (voir encadré). Sans compter qu’il faut ajouter à tout cela une dernière notion à Ethereum : les oracles. C’est en fait un programme informatique qui va faire le pont entre la blockchain et Internet. Car n’oublions pas que les contrats intelligents fonctionnant dans des machines virtuelles, ils ne peuvent pas accéder au Web. Tout fonctionne en circuit fermé. ❍



AXA « FIZZY »

Un cas concret de smart contract

L’assureur se lance dans les « smart contracts » en utilisant la blockchain Ethereum pour un service d’un nouveau genre : l’assurance contre les retards d’avion. AXA en fait la démonstration avec son nouveau service d’assurance paramétrique baptisé Fizzy. Le principe est simple : permettre de vous assurer pour chaque vol que vous prenez. Si l’avion a plus de deux heures de retard, vous êtes indemnisé, quelle que soit la raison du retard. Pour cela, l’assureur a donc travaillé sur Ethereum qui lui permet grâce à un programme informatique (smart contract) de « solliciter de manière autonome les informations nécessaires à son exécution et exécuter automatiquement les actions contractuellement induites par celles-ci ». AXA s’appuie en fait sur les bases de données du trafic aérien mondial issues de l’entreprise FlightStats. Dès qu’un retard de plus de deux heures est constaté, l’indemnisation se déclenche automatiquement. Autre avantage pour l’utilisateur : il connaît à l’avance le prix à payer bien entendu, mais aussi le possible montant de son remboursement. D’autre part, il reçoit son argent automatiquement sans aucune autre démarche à effectuer auprès de la compagnie. Le contrat entre l’utilisateur et l’assureur est d’une part inviolable, d’autre part immuable, puisqu’il est enregistré dans le registre blockchain Ethereum. Enfin, le contrat est passé pour une durée ferme, non reconductible ni prorogeable. Le service Fizzy est pour le moment en test et ne fonctionne que sur les vols transatlantiques au départ de l’aéroport Paris Charles-de-Gaulle. Il sera ouvert « au reste du monde » en 2018, précise-t-on chez AXA.


DOMRAIDER

Première ICO d’une entreprise 100 % française

Spécialiste du « drop catching », la start-up française DomRaider va prochainement boucler son ICO (Initial Coin Offering), sa levée de fonds en cybermonnaies. Tristan Colombet (PDG) nous explique le déroulement et le fonctionnement de cette opération.

« Le projet a généré chez nous beaucoup d’interrogations, de travail. Il nous a aussi amené à défricher des sujets entiers sur de nombreux d’aspects, juridiques, légaux, etc. Mais nous y sommes parvenus : nous avons ouvert la voie ! ». Modeste, le PDG de DomRaider Tristan Colombet a presque tendance à minimiser ce qu’il vient d’accomplir : la première Initial Coin Offering (ICO) d’une entreprise 100 % française. Le seul précédent exemple que nous ayons trouvé est celui de la start-up franco-chinoise iEx.ec qui, en avril dernier, a levé 12 millions de dollars en l’espace de quelques heures.

L’ICO de DomRaider prend fin à la mi-octobre. Le montant total levé sera alors dévoilé, et devrait dépasser les 35 millions d’euros. Ce sera la conclusion d’un projet qui aura duré six mois au total et qui, à écouter Tristan Colombet, s’est finalement presque présenté comme une évidence. « Nous étions d’abord confrontés à l’évolution de notre métier qui nous emmenait naturellement vers les technologies blockchain », explique-t-il tout d’abord. En plus de cette facette, d’autres éléments l’ont convaincu de se lancer dans une ICO. En premier lieu le caractère communautaire qui, contrairement à une opération de financement classique touchant un nombre limité de personnes, « permet de communiquer sur le produit auprès de la communauté qui devient naturellement porteuse du projet ». Enfin, une ICO s’adressant aux investisseurs en cybermonnaies, elle est par nature internationale et ouvre « des opportunités de financement très supérieures en termes de montants à lever ».

Mise en place et accompagnement

Tristan Colombet le reconnaît volontiers : les compétences techniques sur la blockchain au sens large étaient limitées en interne. C’est pourquoi, au-delà des aspects juridiques ou comptables par exemple, DomRaider a aussi fait appel à des experts, dont Vidal Chriqui, « qui a écrit le contrat intelligent ». Depuis, la start-up française a renforcé ses effectifs en la matière et continue à recruter sur ce secteur. « Par ailleurs, nous nous sommes occupés nous-mêmes des autres aspects, de la collecte de fonds notamment », ajoute le PDG.

Il faut rappeler qu’avant de se lancer dans l’aventure, DomRaider a cherché des entreprises capables de l’accompagner. Des spécialistes comme Token Market notamment ont été sondés, mais d’une part ils étaient déjà très sollicités, d’autre part « nous avons senti qu’ils cherchaient à créer un modèle standard et, en quelque sorte, à industrialiser le process. C’est ce qui nous a fait renoncer, par peur d’être noyé dans la masse », souligne encore Tristan Colombet. C’est d’ailleurs une bonne leçon pour ceux qui envisagent de lancer une ICO : les offres « packagées » ainsi proposées ne permettent pas vraiment de répondre aux spécificités d’une entreprise et de ce qu’elle cherche par ce biais. « Finalement, nous avons opté pour un pilotage en interne en nous entourant de multiples conseils » comme ceux de Laurent Leloup de Chaineum, le premier de la liste, de Simon Polrot sur la partie fiscale, ou de Hubert de Vauplane sur la partie réglementaire.

C’est ce dernier qui a permis d’initier un dialogue, créer une relation entre DomRaider et l’Autorité des Marchés Financiers. Tristan Colombet a d’ailleurs eu l’occasion de répondre à certaines de leurs questions. « Les discussions ont été très positives. Je les ai trouvés réellement à l’écoute. Ils appellent naturellement à la vigilance vis-à-vis des risques éventuels mais réfléchissent aussi de manière constructive à l’encadrement de ce nouveau mode de financement alternatif », précise le créateur de la start-up.

Concrètement, comment ça marche ?

En lançant son ICO, DomRaider a en fait proposé plusieurs choses : l’achat de jetons virtuels appelés « tokens » de manière générique, et « DomRaider tokens » (DRT) dans le cas qui nous intéresse ici : 350 millions de tokens étaient disponibles à la vente sur 1 milliard émis au total. La quantité initiale ayant rapidement été vendue, « nous avions contractuellement prévu, comme c’est le cas dans certaines introductions en Bourse, d’augmenter le nombre disponible ». Au total, ce sont 560 millions de tokens qui sont à disposition. Leur valeur unitaire est de 0,10 euro. Actuellement, plus de 417 millions ont été vendus.

À quoi servent ces tokens ? Deux utilisations : la première est purement spéculative. Effectivement, ces jetons DRT seront échangeables sur les places de marché. Il sera possible d’échanger des DRT contre des Bitcoins ou des Ether, par exemple. La deuxième est plus intéressante, car ces tokens seront des outils utilisables, « qui serviront de moyens de paiement pour notre réseau d’enchères », précise Tristan Colombet. « Ce sera aussi une monnaie d’échange pour payer un prestataire de l’écosystème par exemple. » Ce mécanisme est d’ailleurs intéressant car, comme l’a noté Jeremy Epstein, le CEO de Never Stop Marketing, il mixe à la fois l’économie des tokens avec des mécanismes d’acquisition client.

Enfin pour DomRaider, cette levée de fonds peu ordinaire sera l’occasion notamment d’accélérer son travail de R &  D ainsi que son développement à l’international. Mais aussi de créer des emplois. Comme quoi, l’aspect « virtuel » des cybermonnaies rencontre bien un écho dans le monde réel. ❍


DROPCATCHING

Une spécialité de DomRaider

Dropwhat ? Le drop catching, dont s’est fait une spécialité le Français DomRaider, est une technique de capture des noms de domaines expirés. Elle est particulièrement utilisée dans l’e-marketing, car son principal avantage est l’amélioration du classement Google. La start-up a surtout développé un algorithme qui permet d’identifier et d’acheter rapidement des noms de domaines après expiration. Ainsi, le nouvel acquéreur profite en fait de l’historique de référencement, de ses backlinks, etc.

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