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Informaticien « green »
Christophe Guillemin / lundi 8 avril 2019 / Thèmes: Emploi, Dossier

Informaticien « green »

Un profil qui a le vent en poupe

Savoir réduire l’impact environnemental de l’IT, mais aussi exploiter le digital pour faciliter la transition énergétique et de développement durable. Ces compétences sont de plus en plus recherchées par de grands groupes industriels et les acteurs publics telles que les collectivités territoriales. Tour d’horizon des principales formations permettant de devenir un informaticien « green ».

Les compétences Green IT sont notamment recherchées dans le secteur de l’énergie. Un parc éolien exploite une programmation logicielle pour l’orientation des pales. Même chose pour l’orientation dynamique des panneaux photovoltaïques.

Le numérique s’impose peu à peu comme un élément central de la transition énergétique et du développement durable. Un premier enjeu est, bien entendu, la réduction de l’impact environnemental de l’IT. Ordinateurs, data centers, réseaux… représentent près de 10 % de la consommation mondiale d’électricité. Un chiffre qui augmente de 5 à 7 % tous les ans (1). Réduire cet impact est l’objectif de la mouvance « Green IT ».

Deuxième enjeu : mettre le numérique au service de l’environnement. Il s’agit ici de l’approche : « IT for Green ». Le numérique est ainsi au cœur de solutions telles que les Smart grids (réseaux électriques intelligents), le Smart building, le Smart Lighting (éclairage intelligent) ou même les « nouvelles mobilités », comme la voiture électrique ou le covoiturage.

Pour développer et mettre en place ces solutions, les entreprises et les acteurs publics, sont à la recherche d’informaticiens ayant des connaissances en Green IT comme en IT for Green. Et leurs besoins sont en forte hausse. « Depuis 18 mois, la demande autour de nos formations Green IT explose », confie Frédéric Bordage, fondateur et animateur de GreenIT.fr (2). En parallèle de son site web d’information, GreenIT.fr propose des formations depuis dix ans (lire ci-après). Elles ont été suivies par près d’un millier de participants, dont les deux tiers sont de professionnels.

 

Numérique + environnement + développement durable

« Nous formons à la fois des informaticiens et des profils moins techniques, plus proches du métier, qui souhaitent ajouter des compétences Green IT à leur profil, notamment des DSI, des ingénieurs, des développeurs, mais aussi des chefs de projet et des “ product owner ”. Certains viennent pour décrocher un nouveau poste, d’autres pour monter une entreprise dans le domaine. Avoir des connaissances en Green IT est en effet devenu un atout à l’embauche. À profil égal, une entreprise sera plus encline à choisir un informaticien qui sait comment réduire l’empreinte environnementale d’un service numérique et/ou utiliser le numérique au service du développement durable. Un nombre grandissant d’acteurs, toutes filières confondues, ont des projets dans ce domaine. » Pour ses formations, GreenIT.fr collabore avec un groupe d’une quinzaine d’acteurs publics et privés, réunis au sein du « Club Green IT ». Il compte notamment Pôle Emploi, La Société Générale, La Poste, la SNCF, Engie ou RTE.

La croissance de la demande est également observée par Antoine Rivière, responsable de formation « Environnement et Développement Durable » à l’Isen Yncrea Ouest, école brestoise d’ingénieurs en informatique et électronique. « Nous observons une forte demande autour de formations alliant le numérique à l’environnement et au développement durable. Cette demande provient notamment d’industriels de l’énergie ou des transports, mais aussi des étudiants eux-mêmes qui sont de plus en plus nombreux à vouloir se former sur ce sujet, en complément d’un enseignement classique autour de l’informatique ». L’Isen de Brest collabore notamment avec des groupes tels que Engie, Transdev, Veolia ou même Saveol (coopérative agricole), mais aussi avec des collectivités locales, qui mènent des projets autour de la transition énergétique ou du développement durable. « À Brest, la Ville a par exemple recruté un chargé de mission smart grids », note Antoine Rivière.

GreenIT.fr propose des formations courtes, de 3 jours, autour du Green IT, accessibles à des informaticiens déjà en poste.

Smart grids, économie circulaire et sciences de la terre

Comment se former pour devenir un informaticien « Green » ? L’Isen Yncrea Ouest proposera à la rentrée 2019 son premier cursus intégrant la thématique de l’IT for Green. Il s’agit d’une formation initiale post-bac, permettant donc de devenir ingénieur en informatique et électronique, mais avec une option environnementale. Durant les trois premières années, les étudiants suivront un bloc commun à toutes les formations d’ingénieurs du groupe Isen, complétée par l’option « environnement, sciences et technologies ». « Cette option traitera de fondamentaux comme les sciences de l’environnement et de la Terre, en abordant des thématiques telles que le changement climatique, la biodiversité ou les ressources naturelles. Les sciences sociales sont également au programme, car le développement durable et la transition énergétique possèdent une forte dimension sociale », précise Antoine Rivière. Durant cette première période, les étudiants devront mener un projet. L’objectif sera de trouver une solution, grâce au numérique, à un exemple concret de problématique écologique.

Le cursus se poursuivra par deux ans d’enseignements plus techniques, dans une perspective professionnelle. Durant cette période, les étudiants pourront choisir l’option « numérique, environnement et développement durable ». Elle doit permettre d’acquérir des compétences dans des domaines tels que la Smart city, l’économie circulaire, les Smart grids, le Smart building, le Smart Lighting ou encore les nouvelles mobilités. « La formation va couvrir toutes les solutions d’optimisation des services urbains grâce au numérique », précise Antoine Rivière. La moitié des cours seront dispensés par des professionnels d’entreprises partenaires comme Engie ou Transdev.

À l’issue de ce cursus, les étudiants pourront obtenir un diplôme d’Ingénieur en informatique et électronique, avec spécialisation dans le secteur de l’environnement. « C’est un bonus pour l’embauche. Les diplômés pourront aller travailler dans des entreprises du secteur de l’environnement, des collectivités territoriales, mais aussi chez des acteurs de filière industrielles qui cherchent à optimiser leurs process pour moins polluer ou moins consommer de ressources, grâce au digital », souligne Antoine Rivière. Cette formation initiale sera commercialisée autour des 6 000 euros par an.

Notons qu’une partie de cet enseignement pourrait être prochainement déclinée en formation continue. « Nous sommes en train de nous développer sur la formation continue et n’excluons pas d’intégrer cette thématique de l’environnement dans de futurs cursus », conclut le responsable.

Se former à l’écoconception de services numériques

De son côté, GreenIT.fr, propose deux principales formations autour du Green IT, accessibles à des informaticiens déjà en poste. La première, plutôt généraliste, est baptisée : « Green IT : état de l’art. » Sur trois jours, les apprenants sont formés aux bonnes pratiques pour mettre en œuvre une démarche « numérique durable » dans l’entreprise. Il s’agit par exemple de solutions techniques pour prolonger la vie des équipements et en optimiser la consommation électrique ou pour réduire les impressions papier. La formation présente également des méthodologies pour gérer les déchets électroniques de manière optimale. « Chaque grand domaine du système d’information est abordé : poste de travail, téléphonie, impression, réseau, salle informatique/centre de données, logiciels, achats… Les participants repartent avec les connaissances, outils, méthodologies et repères essentiels pour initier ou mener à bien une démarche Green IT dans leur organisation », résume Frédéric Bordage. Cette formation est proposée au tarif de 1 500 euros TTC.

La deuxième formation de GreenIT.fr porte sur l’écoconception de services numériques. Plus technique, elle va couvrir en trois jours la « conception responsable » de services en ligne. Cela consiste à « améliorer l’efficience des applications dès leur conception pour réduire les impacts environnementaux et économiques associés, tout en améliorant significativement l’expérience utilisateur », indique GreenIT.fr. Concrètement, les apprenants vont par exemple apprendre à alléger la consommation en ressources d’un site web, que ce soit au niveau de l’optimisation de son contenu, mais aussi des logiciels qu’il exploite, comme de l’infrastructure matérielle qui l’accueille. « Un des grands principes est la sobriété numérique. Elle consiste à centrer la conception métier/fonctionnelle sur ce qui est réellement nécessaire à l’utilisateur. Il a donc de fortes adhérences avec une démarche UX. Ce n’est pas un travail sur le code proprement dit, mais sur les fonctionnalités des services. Lors de la formation, nous analysons par exemple le cas d’un site web dont la bande passante a été divisée par 700 grâce à des choix purement métier : l’interface la plus “ grasse ” propose 30 fois plus de fonctionnalités que l’interface la plus légère. Évidemment, nous abordons aussi tous les aspects techniques et les bonnes pratiques en matière d’optimisation », poursuit le responsable. Cette formation est proposée également au tarif de 1 500 euros TTC.

Pour l’Isen Yncrea Ouest, à Brest, l’option « Green » sera « un bonus à l’embauche » auprès d’entreprises privées mais aussi de collectivités territoriales.

L’optimisation énergétique des data centers

Dans les deux cas, ces cursus débouchent sur une certification de compétences. GreenIT.fr collabore avec l’Université de La Rochelle (ULR) qui intervient en tant que tiers certificateur. Notons que cette université propose elle-même une formation de deux jours (1 000 euros HT) autour du « Numérique responsable », qui a été développée avec GreenIT.fr. Elle couvre notamment l’impact écologique des équipements informatiques durant l’ensemble de leur durée de vie, et propose une méthodologie et des outils pour le réduire. « C’est une formation compacte, et pragmatique, axée sur la mise en œuvre et les connaissances fondamentales », résume GreenIT.fr. « L’Université de La Rochelle est renommée sur ce sujet, notamment grâce au travail de l’enseignant-chercheur Vincent Courboulay, qui est l’un des rares experts du domaine dans le monde de l’enseignement et de la recherche », estime Frédéric Bordage. GreenIT.fr a également initié et créé le contenu de la formation continue proposée par la société Orsys et dédiée à l’optimisation énergétique des data centers. D’une durée de deux jours, elle est proposée au tarif de 1 320 euros HT. « Cette formation est axée sur des solutions opérationnelles pour réaliser rapidement des économies tout en réduisant efficacement les impacts environnementaux », conclut Frédéric Bordage.


(1) Le journal du CNRS : « Numérique : le grand gâchis énergétique » (avril 2018)
(2) Et collaborateur de L’Informaticien.

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