X
GitHub by Microsoft
Alain Clapaud / mardi 25 septembre 2018 / Thèmes: Dossier, Dev

GitHub by Microsoft

Coup de tonnerre dans la sphère Dev

Près de 70 millions de projets open source hébergés par Microsoft ! L’acquisition de GitHub a soulevé une levée de boucliers dans les communautés open-source, avec le risque de voir le repository déserté par bon nombre de développeurs. Iront-ils jusqu’au bout ?

4 juin 2018, la nouvelle est officielle : Microsoft va réaliser l’acquisition de GitHub, le plus gros repository applicatif de la place. La nouvelle a eu l’effet d’une traînée de poudre dans les forums et les réseaux sociaux, beaucoup de contributeurs se sentant trahis par cette reddition du site d’hébergement de projet open source à l’ennemi de toujours, Microsoft.

Le montant de l’acquisition, 7,5 milliards de dollars, ne laisse pourtant pas de doute quant aux intentions de Satya Nadella, c’est bien cette communauté de 28 millions de développeurs que Microsoft vise avec cette acquisition. Le communiqué officiel publié par Redmond se veut rassurant pour les développeurs, tout comme le billet publié par Satya Nadella lui-même : « Nous nous engageons à être les gardiens de la communauté GitHub, qui conservera son éthique de développeur d’abord, fonctionnera de manière indépendante et restera une plate-forme ouverte. Nous sommes toujours à l’écoute des commentaires des développeurs et nous investissons à la fois dans les fondamentaux et les nouvelles capacités. »

 

Le fondateur de Xamarin à la tête de la plate-forme

Ironie de l’histoire, GitHub avait été créé en 2008 afin d’exploiter le logiciel de gestion de versions Git, initialement développé par un certain Linus Torvalds, le père de Linux. À l’issue de la transaction, c’est-à-dire en fin d’année, GitHub rejoindra la division « Intelligence Cloud » de Microsoft. La direction ne sera plus assurée par l’emblématique Chris Wanstrath, placardisé en tant que Microsoft Technical Fellow, mais par Nat Friedman, fondateur de Xamarin, une nomination qui devrait calmer les esprits.

Passées les premières réactions épidermiques, quelques voix se sont élevées pour supporter cette acquisition. C’est notamment le cas de Jim Zemlin, directeur exécutif de la fondation Linux qui, dans un billet très argumenté, souligne : « Microsoft a les moyens et l’expertise pour améliorer GitHub. Ils ont engagé Nat Friedman en tant que PDG de GitHub, quelqu’un que je connais depuis des années et qui est respecté dans la communauté open source depuis une vingtaine d’années. Nat est clair que Microsoft fait ce qu’ils disent : “ Je ne demande pas votre confiance, mais je m’engage à la mériter. J’ai hâte d’aider à rendre encore plus grande la plate-forme et la communauté GitHub qui est spéciale pour nous tous. » Je crois qu’il le pense vraiment. »


CHRIS WANSTRATH CO-FONDATEUR  DE GITHUB

 

« Quand GitHub a été lancé pour la première fois il y a dix ans, je n’aurais jamais pu imaginer ce titre. Git était un outil puissant mais de niche, le Cloud n’étaient que des nuages dans le ciel,  et Microsoft était une société très différente. Les gens pensaient que l’Open Source et le business se mélangeaient comme l’essence et l’eau. Nous n’étions pas d’accord. En tant que développeurs,  nous savions qu’il s’agissait d’une fausse dichotomie,  nous utilisions avec succès des logiciels libres dans un contexte commercial depuis longtemps. Ce dont nous avions vraiment besoin, c’était d’un moyen plus facile de travailler avec les autres, que le code soit public, privé ou quelque chose entre les deux. »

GitHub, une start-up financée à 100 % par du capital risque

Si certains se sont offusqués de cette mainmise de Microsoft sur GitHub, la plate-forme n’avait pourtant rien d’une association 1901. Celle-ci était financée à hauteur de 350 millions de dollars par Sequoia Capital et Andreessen Horowitz, les fonds les plus célèbres de la Silicon Valley. Pour atteindre les 28 millions de développeurs, 85 millions de repositories et 1,5 million d’entreprises clientes, l’histoire de GitHub ne fut pas un long fleuve tranquille. Initialement développé en Ruby on Rails et Erlang par Chris Wanstrath, PJ Hyett et Tom Preston-Werner, le service a ouvert en avril 2008. Parmi les dates clés qui ont vu GitHub s’affirmer comme le repository n°1 au monde, figure le lancement de Node.js en 2009 puis celle du bitcoin sur la plate-forme en 2010. Il lui faudra attendre 2011 pour atteindre son premier million d’utilisateurs. En 2014, Microsoft, déjà, choisissait GitHub afin de publier le code open source de .NET et .NET Foundation et, comme on le souligna alors chez GitHub, avec plusieurs milliers d’ingénieurs, Microsoft est peu à peu devenu l’un des gros contributeurs sur la plate-forme. Autre acteur IT de poids qui s’est appuyé sur GitHub pour open-sourcer une solution, Apple qui publiait son langage Swift le 3 décembre 2015. Plus anecdotique, en juillet 2016, la NASA publiait le code source d’Apollo 11, un code historique.

Beaucoup plus significatif fut le premier pull request de l’équipe de développement du langage Python le 10 février 2017, ou encore la publication de TensorFlow, le framework de Deep Learning de Google, un projet qui immédiatement va devenir l’un des plus « forké » de la plateforme, signe qu’il est aujourd’hui l’un des plus utilisé par les développeurs dans leurs projets d’IA. Moins reluisante, la sortie d’Uber de GitHub en 2018. Le champion américain du VTC avait malencontreusement laissé dans son code source les login/mot de passe d’un bucket AWS S3 contenant les coordonnées personnelles de 57 millions de ses chauffeurs et clients. Suite à cet incident, Uber a décidé de resserrer les boulons de sa cybersécurité et fermé son Compte GitHub. L’équipe de GitHub a eu quelques soucis de sécurité en 2016 lorsque des utilisateurs avaient été contraints de réinitialiser leurs mots de passe suite à une première attaque, puis en 2018 alors qu’une faille est découverte sans qu’aucun vol de données n’ait été déploré. En dépit de ces quelques aléas, dix ans après sa création, la plate-forme affichait 27 millions de développeurs et 85 millions de projets.

 

CHRIS WANSTRATH, PDG DE GITHUB (À G.), SATYA NADELLA, PDG DE MICROSOFT ET NAT FRIEDMAN, VICE-PRÉSIDENT (À D.) DE L’ACTIVITÉ « DEVELOPER SERVICES » DE MICROSOFT QUI VA ASSURER LA DIRECTION DE GITHUB.

Objectif secondaire : ramener les entreprises vers Visual Studio

Si Microsoft risque d’avoir du mal à convaincre les indépendants de rester sur la plate-forme, l’Américain aura sans doute moins de mal avec des interlocuteurs qu’il connaît bien, les entreprises. Beaucoup d’entreprises sont allée vers l’Open Source notamment dans la mise en place de leur plate-forme d’intégration continue et GitHub pourrait bien être le Cheval de Troie pour renouer le dialogue avec leurs développeurs et accessoirement ramener quelques entreprises dans le giron Visual Studio.

Avec 1,5 million d’entreprises clientes, GitHub annonce avoir séduit 52 % du Fortune 50 avec son offre GitHub Enterprise et 45 % du Fortune 100. Statistique délivrée par GitHub en 2017 qui va à l’encontre des idées reçues, seulement 22 % des entreprises qui ont souscrit à l’offre GitHub Entreprises sont des éditeurs de logiciels ou des entreprises de l’économie internet. 13 % sont des entreprises du secteur de la finance, 10 % des services aux entreprises, 7 % des industriels. Au total, la plate-forme héberge 67 millions de repositories.

 


SATYA NADELLA, PDG DE MICROSOFT

 

« Microsoft est une société “ developer-first ”, et en unissant nos forces avec GitHub, nous renforçons notre engagement en faveur de la liberté, de l’ouverture et de l’innovation. Nous reconnaissons la responsabilité communautaire que nous assumons avec cet accord et nous ferons de notre mieux pour donner à chaque développeur les moyens de construire, d’innover et de résoudre les défis les plus urgents du monde. »

Les investisseurs cherchaient une sortie, Microsoft leur offre une belle plus-value

En 2014, Tom Preston-Werner doit quitter la direction de l’entreprise, accusé de discrimination par une développeuse chez GitHub. Si l’enquête interne innocente alors le co-fondateur, celui-ci doit laisser les commandes à Chris Wanstrath. Celui-ci va mener GitHub jusqu’à 200 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2017 mais les investisseurs cherchent alors un CEO plus expérimenté afin de préparer GitHub à une éventuelle IPO (entrée en Bourse) sur le modèle de celle d’Atlassian en 2015. Finalement, l’acquisition par Microsoft place Nat Friedman, co-fondateur de Xamarin, à la tête de GitHub. Chris Wanstrath explique la situation : « Nous étions à la recherche d’un nouveau PDG depuis un certain temps et nous avons trouvé en Microsoft et Nat un partenaire qui, selon nous, renforcera et développera la communauté et l’entreprise GitHub au cours des prochaines années. Nat a une tonne d’expérience avec les logiciels et la communauté des logiciels libres, ayant co-fondé Xamarin et travaillé sur de nombreux projets open source au fil des ans. Il est la personne parfaite pour aider GitHub à grandir et continuer à rendre la vie meilleure pour les développeurs. »

 

VSCODE EST FOURNI SOUS LICENCE LIBRE MIT SUR GITHUB ET LE RACHAT DE CE DERNIER POURRAIT ÊTRE L’OCCASION POUR MICROSOFT D’ATTIRER LES DÉVELOPPEURS VERS VISUAL STUDIO.

Si tout semble en place pour que Microsoft recueille à la fois les fruits de la croissance de GitHub et accessoirement ramener à lui des entreprises qui s’étaient tournées vers l’Open Source, Nat Friedman doit rapidement mater la fronde de développeurs qui clament vouloir quitter en masse le repository frappé du sceau Microsoft. Car si GitHub s’est imposé comme la référence grâce à sa réputation de « service cool », de nombreuses alternatives s’offrent aux développeurs. Ainsi GitLab annonçait avoir enregistré plus de 100 000 imports de repositories depuis GitHub immédiatement après l’annonce de l’acquisition. Ce mouvement va-t-il encore s’amplifier ?

 

5445

x
Rechercher dans les dossiers
Les derniers dossiers...
Réduire

Actuellement à la Une...
Deux semaines après que le Pentagone ait préféré Azure à AWS pour son cloud, l’entreprise de Jeff Bezos conteste formellement cette décision, dénonçant « des lacunes évidentes, des erreurs et un parti pris flagrant ».

Quelques jours après le rachat de Carbonite, l’éditeur canadien de gestion de l’information d’entreprise étend sa solution de protection des contenus avec son partenaire Reveille.

Le géant de l’ITSM s’apprête à racheter Fairchild Resiliency Systems, éditeur d’une solution de BCM (Busi...

Commerce.AI est une très jeune entreprise hébergée encore au sein des locaux de Tech Plug & Play dans la Silicon Valley, un espace de co-working et de communauté pour des start-ups. Sa technologie qui s’appuie sur l’intelligence artificielle propose d’optimiser le placement et la réussite des produits dans les magasins.

Remonter le temps pour restaurer les données dans une version antérieure. Ce principe a été développé il y a plus de 20 ans par la PME française Atempo. Après une période compliquée sous direction américaine, l’entreprise est repassée sous pavillon français et renoue aujourd’hui avec la croissance. Les secrets de ce retour : des méthodes agiles, de nombreux recrutements et de l’intelligence collective. Article paru dans L'Informaticien n°181.

Le rachat de Docker Enterprise par Mirantis n’est que la partie émergée de la restructuration en cours au sein du spécialiste des conteneurs. Docker change à nouveau de CEO, lève des fonds à des fins de recapitalisation et annonce se concentrer de nouveau sur les développeurs.

Créée en 2018 après 24 mois de travail en mode secret, ShieldIO propose une nouvelle approche du chiffrement pour protéger les données.

Créée par d’anciens du DoE (Department of Energy) aux USA, Corelight est une nouvelle entreprise qui propose une suite de monitoring du trafic réseau s’appuyant sur Zeek, un projet open source.

Le streaming illégal de séries et films peu rapporter gros. Mais lorsque l’ALPA s’en mêle et que les services de police alertés remontent jusqu’au webmaster cela se termine assez rapidement en correctionnelle.

Après l'infrastructure sous-jacente, c'est au tour des systèmes de paiement des applications de Facebook d'être unifiés. Le géant annonce le lancement de Facebook Pay, une solution de paiement mobile pour le réseau social, Messenger, Instagram et WhatsApp.

Toutes les News
LIVRES BLANCS
Les entreprises et les organismes publics se focalisent aujourd’hui sur la transformation numérique. En conséquence, les DevOps et l’agilité sont au premier plan des discussions autour des stratégies informatiques. Pour offrir ces deux avantages, les entreprises travaillent de plus en plus avec les fournisseurs de services de cloud public et développent désormais des clouds sur site à partir d’une infrastructure qui répond à trois exigences de base:
1. Agilité sans friction des ressources physiques
2. Systèmes de contrôle optimisant l'utilisation des ressources physiques et offrant un retour sur investissement maximal
3. Intégration des divers composants de l'infrastructure pour un provisionnement et une gestion des ressources automatisés.


Pour fonctionner, votre entreprise doit pouvoir compter sur une solution de sauvegarde efficace, essentielle dans un monde marqué par une croissance exponentielle des données. Vous devez à la fois accélérer vos sauvegardes et pouvoir y accéder plus rapidement pour satisfaire les exigences actuelles de continuité d’activité, disponibilité, protection des données et conformité réglementaire. Dans cette ère de croissance effrénée, les cibles sur bande hors site et autres approches traditionnelles sont simplement dépassées.


L’Intelligence Artificielle promet de révolutionner la perception de la cybersécurité au coeur des entreprises, mais pas uniquement. Ce changement de paradigme engage, en effet, une redéfinition complète des règles du jeu pour les DSI et les RSSI, ainsi que l’ensemble des acteurs de la sécurité.


Lorsque l'on déploie des postes de travail, ils ont généralement tous la même configuration matérielle et logicielle (avec certaines spécificités selon les services). Mais on ne peut pas toujours tout prévoir et il arrive par exemple que de nouveaux programmes doivent être installés ou n’aient pas été prévus. L’accumulation de logiciels « lourds » est susceptible de provoquer des lenteurs significatives sur un PC allant jusqu’à l’extinction nette de l’application. Ce livre blanc explique comment optimiser les performances au travers de 5 conseils rapides à mettre en place.


Ce guide est conçu pour aider les entreprises à évaluer les solutions de sécurité des terminaux. Il peut être utilisé par les membres de l'équipe de réponse aux incidents et des opérations de sécurité travaillant avec des outils de sécurité des points finaux sur une base quotidienne. Il peut également être utilisé par les responsables informatiques, les professionnels de la sécurité, les responsables de la conformité et d’autres personnes pour évaluer leurs performances. les capacités de l’entreprise en matière de cybersécurité, identifier les lacunes dans la sécurité des terminaux et sélectionner les bons produits pour combler ces lacunes.


Tous les Livres Blancs