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Christophe Guillemin / vendredi 30 novembre 2018 / Thèmes: Dossier

Digital Learning Manager

Le métier qui monte

La transformation digitale des entreprises passe nécessairement par une phase de formation. C’est là que le Digital Learning Manager (DLM) intervient. Coup de projecteur sur ce nouveau métier qui a le vent en poupe.

Encore quasiment inconnus il y a deux ans, les Digital Learning Managers (DLM) seraient aujourd’hui l’une des perles rares de l’IT que s’arrachent les entreprises. C’est en tout cas la conclusion du baromètre1 2018 de cette nouvelle profession, selon l’étude réalisée par Learn Assembly, société spécialisée dans le digital learning et le développement de l’employabilité. « Une simple recherche sur LinkedIn suffit à le montrer : le métier de Digital Learning Manager est en pleine croissance. Lorsque nous avons réalisé la première édition de cette étude à l’été 2016, les postes de DLM commençaient seulement à se développer. Deux ans plus tard, un nombre croissant d’entreprises a ouvert des postes », indique Learn Assembly. Il y aurait aujourd’hui plusieurs milliers de DLM en France, travaillant surtout pour des grands groupes tels L’Oréal, la Société Générale, Orange ou BNP Paribas.

Mais qui sont ces managers de la formation numérique et en quoi consistent leurs missions ? « Le DLM est le chef d’orchestre de l’ensemble de la formation digitale de l’entreprise », résume Antoine Amiel, CEO de Learn Assembly. « Il va identifier les besoins en formation de l’entreprise, puis encadrer la construction des formations et notamment choisir les outils digitaux à mettre en place (Mooc, Spoc, Serious Games, Social learning, etc). Si besoin, il devra aussi choisir des prestataires externes. Enfin, il assurera le suivi des formations pour veiller à ce que les objectifs soient bien atteints. »

Un poste très transversal

Le DLM est donc un « couteau suisse débrouillard et autonome », poursuit-on au cabinet de conseil. Il doit ainsi faire preuve d’une grande polyvalence pour assurer une large diversité des missions. Selon l’étude, ces dernières sont principalement : la gestion de projet de formation (95 %), la conception pédagogique (85 %), la gestion d’un « learning management system » (LMS) (80 %), la veille de tendances et prestataires (80 %), la communication interne et l’analyse des besoins (70 %), l’analyse de données, la rédaction de cahiers des charges et l’animation de communautés (60 %).

Au vu de la grande diversité de ces missions, le DLM est donc un poste très transversal, amené à collaborer avec l’ensemble des directions. S’il échange bien entendu régulièrement avec la DRH, il va également recueillir les besoins en formation des autres directions, notamment les métiers. Il va aussi collaborer très étroitement avec la DSI, entre autres pour l’intégration des outils de digital learning au sein du SI.

Un profil d’informaticien est un avantage

La plupart des DLM actuellement en poste n’ont pas réellement de profils IT. Ils viennent surtout des RH et du secteur de la formation. Mais cela pourrait changer. « Avoir un background IT est un plus, car le DLM comprend alors mieux les besoins de la DSI pour l’implémentation des outils de digital learning. Et comme un DLM venant de l’IT est un profil encore très rare, il aura d’autant plus de valeur », estime Antoine Amiel. Un point de vue partagé par Sophie Rosier, DLM en prestation pour le groupe BNP Paribas, qui dispose justement d’un background IT. « Les gens de l’IT font de très bons DLM car ils connaissent le langage de la DSI, ainsi que ses contraintes et enjeux, notamment au niveau de la sécurité du SI », souligne la responsable (lire ci-après). Selon l’étude, les DLM en poste aujourd’hui sont plutôt des femmes autour de la trentaine. Dans le détail : 55 % des DLM ont entre 30 et 40 ans et 15 % entre 25 et 30 ans. Et ils sont donc à 57 % du sexe féminin. Toutefois, la profession tend à se masculiniser. Dans l’étude 2016, 78 % des DLM étaient des femmes. Enfin, côté rémunération, 15 % des DLM gagnent entre 30 000 et 40 000 euros, 30 % entre 40 000 et 45 000 euros et 40 % entre 45 000 et 60 000 euros (hors variable). Moins de 5 % dépassent les 60 000 euros annuels.

Une formation encore largement «sur le tas»

Comment devenir DLM ? Aujourd’hui, 80 % des DLM se sont formés « sur le tas », indique l’étude. Seuls 25 % ont suivi une formation certifiante et 20 % un MOOC/SPOC ou autre parcours de digital learning. « Le métier étant relativement récent, il est normal que les DLM apprennent en faisant, mais des cursus spécifiques se développent », explique Antoine Amiel. Depuis 2015, son cabinet de conseil propose une formation 100 % en ligne autour du métier de DLM. Elle dure huit semaines et est facturée en peu moins de 500 euros. Cette formation a été suivie par plus de 300 apprenants.

D’autres cursus existent, comme celui du Centre de recherches interdisciplinaires – département de formations supérieures de l’université Paris V – ou celui de l’Université Paris Nanterre (diplôme Cafel). Mais ils restent donc encore assez rares. Par conséquent, les entreprises ne recrutent pas encore de DLM sur diplôme, mais plutôt d’après leur profil. « Il faut disposer de solides connaissances en RH, en formation digitale, en pédagogie et en gestion de projet. Et, comme évoqué précédemment, avoir des compétences IT sera un plus, qui pourra faire la différence », conclut Antoine Amiel.

 


« Il faut s’inspirer des modes de  développement de l’IT »

Sophie - 41 ans - DLM indépendante

Avant de devenir DLM freelance en 2018, avec comme premier client une entité de BNP Paribas, Sophie Rosier a multiplié les postes en contact avec des professionnels de l’IT. Cela lui a permis de se constituer un background très complet autour des technologies digitales. Diplômée d’une grande école de commerce, elle débute sa carrière chez HP autour de la formation aux nouvelles solutions serveur. Chez Accenture, elle va ensuite travailler sur l’accompagnement utilisateurs autour d’ERP tels que SAP. Chez AXA elle travaillera, notamment avec la DSI, pour développer une « Digital Academy » chargée à la fois de former au numérique et de numériser la formation du groupe. « J’ai ainsi développé des compétences en infrastructure IT, en développement de services et applications. C’est un véritable avantage en tant que DLM, car je connais le langage des informaticiens, mais surtout leur façon de travailler », explique-t-elle. « Je m’applique à moi-même les modes de développement de l’IT, comme les méthodes agiles ou le Devops. Je construis aujourd’hui une école digitale pour le compte de BNP Paribas et je travaille comme si nous développions un logiciel ou un service numérique. Nous avançons par petits projets, livrés brique par brique, pour éviter l’effet tunnel, avec un maximum d’implication des utilisateurs. Nous allons ainsi travailler avec près de 200 bêta-testeurs pour évaluer la solution, avant sa mise en place début 2019. » Selon Sophie Rosier, les principales qualités d’un DLM sont la créativité, l’écoute et l’empathie.

 


(1) « Qui sont les Digital Learning Managers ? », étude 2018,  réalisée par Learn Assembly  et publiée an août 2018.

 

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