X
Jérôme Cartegini / mercredi 19 septembre 2018 / Thèmes: Dossier

Cryptoradiateur

Qarnot Computing transforme le calcul informatique en chauffage

Chauffer gratuitement et écologiquement des bâtiments et des logements grâce à la chaleur issue de serveurs informatiques ! C’est ni plus ni moins la promesse magique de Qarnot Computing.

Les cofondateurs de Qarnot Computing, Paul Benoit et Miroslav Sviezeny proposent une plate-forme de calcul alternative dans l’air du temps.

En partant du constat que les serveurs informatiques des data centers coutent extrêmement chers à refroidir et que le prix du chauffage est en constante augmentation, la start-up francilienne a eu l’idée de concevoir le tout premier radiateur-ordinateur. Baptisé Q.Rad, ce radiateur high-tech connecté à Internet diffuse gratuitement la chaleur émise par ses processeurs chargés de faire du calcul pour les clients de la société. Doté d’une vingtaine de capteurs, l’appareil offre en prime une expérience smart-home complète avec des applications pour le suivi de la qualité de l’air, la détection de présence, le déclenchement d’alertes, ou encore la reconnaissance vocale.

Créée en 2010 par Paul Benoit et Miroslav Sviezeny, Qarnot Computing a commencé à déployer sa solution dans des bâtiments en France à partir de 2013. L’idée de créer un radiateur-ordinateur a mûri peu à peu dans l’esprit de Paul Benoit dans les années 2000 alors qu’il travaillait pour une grande banque française en tant que responsable de la recherche et développement informatique. Durant cette période, il constate toute l’importance et l’essor que prenait la puissance de calcul dans les banques, mais également tous les problèmes d’infrastructure que cela posait en particulier pour refroidir les ordinateurs de plus en plus nombreux. 

Rendre les PC silencieux

Passionné d’informatique, Paul Benoit – il avait six ordinateurs dans sa chambre – remarque dans le même temps que ces derniers suffisaient à chauffer la pièce. À partir de là, il se dit que s’il parvenait à les rendre silencieux, il pourrait les utiliser comme un système de chauffage et exploiter leur puissance pour vendre du calcul aux banques. Étant donné qu’à l’époque il n’y avait pas encore la fibre optique (indispensable pour connecter les Q.Rad) et que la miniaturisation des cartes mères et des processeurs n’était pas encore aussi aboutie qu’aujourd’hui, le projet s’avérait techniquement impossible à réaliser. Mais l’idée de chauffer gratuitement des bâtiments grâce à l’informatique fait son chemin. 

Une fois la partie logicielle développée, il se rapproche en 2009 de Miroslav Sviezeny qui travaillait pour une société spécialisée dans le hardware et lui demande de l’aider à concevoir un radiateur-ordinateur ! Après les premières études techniques, les deux hommes décident de se lancer dans l’aventure et de fonder Qarnot Computing en 2010. Ils développent un premier prototype en 2012, et installent leur premier Q.Rad à la fin 2013. 

L’entreprise s’adresse à des acteurs B2B tels que des promoteurs immobiliers, des bailleurs publics et privés, ou encore des gestionnaires de bâtiments résidentiels ou tertiaires. Pour fonctionner et être rentables, les bâtiments équipés par Qarnot doivent impérativement être connectés à la fibre optique et compter une vingtaine de radiateurs numériques au minimum. Une fois installés, ces appareils vendus 2 500 € pièce permettent aux utilisateurs de bénéficier d’un chauffage à 100 % gratuit, entièrement « payé » par Qarnot. Outre un immeuble de la mairie de Paris, celle du XVe arrondissement, comptant 110 logements sociaux, Qarnot a notamment équipé les locaux de l’incubateur de start-up Paris Tech où se trouvent ses locaux, à Montrouge.

Pilotable via une application dédiée, l’élégant Q-Rad embarque une carte mère et de puissants processeurs multicœurs Ryzen Pro d’AMD.

Une approche smart building

Avec son concept, Qarnot pointe le doigt sur le gouffre énergétique que représentent les data centers. Ces fermes de serveurs informatiques gigantesques qui se multiplient à travers le monde pour faire tourner l’économie numérique doivent non seulement être alimentées en électricité, mais maintenues à des températures suffisamment basses pour pouvoir fonctionner correctement. Pour cela, les data centers sont équipés de très gros systèmes de climatisation, particulièrement gourmands, eux aussi, en électricité. Selon les derniers chiffres publiés par l’Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes), le trafic de données géré par les data centers a été multiplié par 4,5 entre 2011 et 2016 et cette croissance n’est pas près de s’arrêter dans les années à venir. 

Selon Qarnot, les data centers consomment aujourd’hui 3 % de l’électricité mondiale, et cette consommation double tous les cinq ans. Alors que certains envisagent de construire des data centers en Antarctique pour refroidir naturellement les serveurs, Qarnot propose de déporter les puissances de calcul dans des bâtiments intelligents équipés de radiateurs et de chaudières numériques. Un moyen de réduire drastiquement l’empreinte carbone des calculs informatiques tout en offrant des tarifs très compétitifs. Qarnot propose des services cloud IaaS/PaaS/ SaaS (Infrastructure/Platform/Software as a service) avec des applications logicielles telles V-Ray ou Mathworks. L’entreprise vend d’un côté des radiateurs intelligents qui ont vocation à être déployés dans des bâtiments, et de l’autre de la puissance de calcul ou du temps de processeurs disponible sur ses radiateurs. Les clients de l’entreprise sont principalement des banques, des studios d’animation 3D, et des centres de recherche qui ont besoin de grandes puissances de calcul en mode cloud tels que la BNP, Air Liquide ou encore Disneyland.

Installée dans les locaux de l’incubateur de start-up Paris Tech, à Montrouge, Qarnot emploie 23 personnes.

Un modèle écologique vertueux

Miroslav Sviezeny, directeur général de Qarnot, détaille les points forts de la solution : « Ce qui distingue véritablement Qarnot, c’est que bien sûr on fait des data centers et de l’informatique distribué, mais surtout on fait de l’informatique par rapport à une contrainte qui est très forte, à savoir la demande en chauffage des bâtiments. Au lieu de climatiser une salle de serveurs, nous régulons la fréquence des processeurs des Q.Rad pour s’adapter aux besoins de chauffage du bâtiment. La machine est juste un bout de la technologie, car Qarnot Computing est avant tout une société de développeurs informatiques. La prouesse, ce n’est pas tant d’avoir conçu cette machine-là, mais d’avoir développé une plate-forme de calcul sur laquelle nos clients vont pouvoir pousser leurs calculs. C’est vraiment la plate-forme de distribution qui fait tout le gros du travail. Sans cela, ce serait très compliqué d’aller convaincre la Société Générale, la BNP ou HSBC de nous confier des calculs pour qu’ils soient distribués et sécurisés de manière fiable. Au lieu de louer de la puissance de calcul chez Google, Amazon ou Microsoft, nous proposons à nos clients une alternative qui a deux avantages : c’est un calcul beaucoup plus « green » car l’empreinte carbone de notre mode de calcul se révèle bien meilleure, et puis c’est un calcul qui est beaucoup moins cher car nous n’avons pas à assumer le coût de construction des data centers, celui des achats d’ordinateurs – ce sont les propriétaires des bâtiments qui les paient –, ou encore celui des systèmes de climatisation. Nous avons des coûts de maintenance qui sont à peu près les mêmes, sauf que nous ne payons pas la maintenance de systèmes de climatisation, mais des personnes qui s’occupent de la maintenance de nos machines. Nous sommes donc structurellement beaucoup moins chers. »

Destiné aux particuliers, le QC-1 est un cryptoradiateur qui génère des revenus tout en chauffant l’habitat.

Une offre pour  les technophiles

Plus récemment, l’entreprise a imaginé un concept de radiateur intelligent destiné cette fois-ci au particulier. Lancé au mois de mars dernier, le QC-1 est un cryptoradiateur qui rémunère ses utilisateurs en minant de la cryptomonnaie ! Ultra design, l’appareil intègre deux puissants GPU associés à un logiciel maison pré-configuré pour lancer automatiquement des opérations de minage dès que l’utilisateur actionne le thermostat pour se chauffer. Le QC-1 mine la monnaie qui est la plus rentable à l’instant « t » parmi les trois cryptomonnaies Ether, Monero et Zcash. « Le QC-1 s’adresse plutôt à des néophytes en termes de minage de cryptomonnaies. Il suffit en effet de le connecter à une box internet ainsi qu’à une prise électrique et saisir les identifiants de son cryptowallet via une application dédiée et le tour est joué ! Aucune connaissance en cryptomonnaie n’est nécessaire », explique Miroslav Sviezeny. Selon les estimations de l’entreprise, en se chauffant uniquement durant les périodes de froid, le QC-1 peut rapporter entre 400 et 500 € de revenu net par an. L’appareil est vendu uniquement en ligne à 2 900 € TTC l’unité. Une quarantaine de machines ont été commandées en ligne durant la première vente organisée au mois de mars dernier. Pour le moment, l’entreprise n’a pas de stock et lance la production une fois les machines vendues et payées. Une belle réussite pour cette prometteuse pépite de la high-tech française qui n’a sans doute pas fini de faire parler d’elle.

4576

x
Rechercher dans les dossiers

Actuellement à la Une...
Après Oodrive en janvier, c’est au tour de Outscale d’obtenir la précieuse qualification SecNumCloud, délivrée par l’Anssi. Outre la reconnaissance des engagements de la filiale de Dassault Systèmes en matière de sécurité, ce « visa de sécurité » est surtout un argument dont Outscale pourra se targuer auprès de ses clients.

Big Blue est réputée pour ses avancées technologiques développées dans ses laboratoires. IBM Research a encore frappé avec un nouvel algorithme capable de synthétiser les réseaux de neurones profonds.

Le Cloud pour les grandes entreprises de Dell Technologies se rénove pour apporter une meilleure gestion du stockage et une meilleure visibilité sur les coûts.

Compuware vient de rendre publique une étude réalisée pour son compte par Vanson Bourne auprès de 400 responsables informatiques dans le monde. Le principal résultat est que seulement 7 % des entreprises ont automatisé leurs tests d’applications sur mainframe.

Pour beaucoup d’applications, un faible temps de latence reste un critère essentiel. Aussi le Cloud Amazon va multiplier ses implantations de petits datacentres au plus près de ses clients.

Sous la contrainte de la norme DSP2, le secteur bancaire est contraint d’évoluer vers des opérations plus ouvertes vers l’extérieur en suivant un concept relativement nouveau, l’Open Banking. HSBC s’appuie sur la plate-forme de Mulesoft pour créer de nouveaux services et mieux servir ses 38 millions de clients.

Si financièrement le temps n’est pas au beau fixe pour l’équipementier, il tente de rassurer à l’occasion de son évènement londonien, et mise sur l’intelligence artificielle, avec Mist sur la partie WLAN, pour renouer avec la croissance.

C’est une première : un outil développé dans le cadre du « Data Transfer Project » va être mis à disposition du public pour transférer des fichiers personnels entre deux grandes plates-formes, directement, sans téléchargement intermédiaire. Une pratique qui devrait se généraliser rapidement.

GitHub a sorti une nouvelle version en bêta de son service Actions. Publié pour la première fois en 2018, il est voué à l’organisation de workflows en liaison avec des événements. Sa principale nouveauté est le support de l’intégration et du déploiement en continu (CI/CD). La version finalisée était attendue pour la mi-novembre 2019. Article paru dans L'Informaticien n°181.

L’emblématique constructeur de voitures de sport certifie ses véhicules à la revente avec la blockchain de Salesforce. Celle-ci avait déjà servi à certifier une Lamborghini Aventador S comme une œuvre d’art.

Toutes les News
LIVRES BLANCS
Les entreprises et les organismes publics se focalisent aujourd’hui sur la transformation numérique. En conséquence, les DevOps et l’agilité sont au premier plan des discussions autour des stratégies informatiques. Pour offrir ces deux avantages, les entreprises travaillent de plus en plus avec les fournisseurs de services de cloud public et développent désormais des clouds sur site à partir d’une infrastructure qui répond à trois exigences de base:
1. Agilité sans friction des ressources physiques
2. Systèmes de contrôle optimisant l'utilisation des ressources physiques et offrant un retour sur investissement maximal
3. Intégration des divers composants de l'infrastructure pour un provisionnement et une gestion des ressources automatisés.


Pour fonctionner, votre entreprise doit pouvoir compter sur une solution de sauvegarde efficace, essentielle dans un monde marqué par une croissance exponentielle des données. Vous devez à la fois accélérer vos sauvegardes et pouvoir y accéder plus rapidement pour satisfaire les exigences actuelles de continuité d’activité, disponibilité, protection des données et conformité réglementaire. Dans cette ère de croissance effrénée, les cibles sur bande hors site et autres approches traditionnelles sont simplement dépassées.


L’Intelligence Artificielle promet de révolutionner la perception de la cybersécurité au coeur des entreprises, mais pas uniquement. Ce changement de paradigme engage, en effet, une redéfinition complète des règles du jeu pour les DSI et les RSSI, ainsi que l’ensemble des acteurs de la sécurité.


Lorsque l'on déploie des postes de travail, ils ont généralement tous la même configuration matérielle et logicielle (avec certaines spécificités selon les services). Mais on ne peut pas toujours tout prévoir et il arrive par exemple que de nouveaux programmes doivent être installés ou n’aient pas été prévus. L’accumulation de logiciels « lourds » est susceptible de provoquer des lenteurs significatives sur un PC allant jusqu’à l’extinction nette de l’application. Ce livre blanc explique comment optimiser les performances au travers de 5 conseils rapides à mettre en place.


Ce guide est conçu pour aider les entreprises à évaluer les solutions de sécurité des terminaux. Il peut être utilisé par les membres de l'équipe de réponse aux incidents et des opérations de sécurité travaillant avec des outils de sécurité des points finaux sur une base quotidienne. Il peut également être utilisé par les responsables informatiques, les professionnels de la sécurité, les responsables de la conformité et d’autres personnes pour évaluer leurs performances. les capacités de l’entreprise en matière de cybersécurité, identifier les lacunes dans la sécurité des terminaux et sélectionner les bons produits pour combler ces lacunes.


Tous les Livres Blancs