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Etude Symantec sur la cybersécurité

Selon une nouvelle étude, les entreprises ont tout intérêt à recruter des RSSI ayant déjà été confrontés à un incident de sécurité, car cette expérience change le mode de pensée et le ressenti des professionnels de la cybersécurité.


Du code russe dans les produits d’une filiale de Safran

Morpho, alors filiale de Safran, a vendu au FBI un logiciel de reconnaissance d’empreintes contenant du code provenant d’un éditeur russe, Papillon. La question ne porte pas tant sur l’origine du code ou sur sa sécurité que sur le secret qui entourait cet accord de licence.

Une ancienne filiale de Safran, Sagem Sécurité (avant d'être renommée Morpho), a utilisé sous licence une technologie développée par une entreprise russe, Papillon, assurent deux lanceurs d’alerte. Le code écrit par cet éditeur, réputé proche du Kremlin, aurait été intégré à un logiciel de reconnaissance d’empreintes digitales, lequel est utilisé par le FBI et par 18 000 agences américaines, croit savoir Buzzfeed.

En soi, la présence de code d’un tiers dans une solution n’est pas un problème, le FBI assurant par ailleurs à notre confrère américain que « à l’instar de tout logiciel commercial que nous exploitons, les examens de sécurité appropriés ont été effectués avant le déploiement opérationnel ». Mais dans le cas présent la filiale de Safran aurait délibérément dissimulé à l’agence fédérale « l’achat de code russe dans un accord secret ».

Secret bien gardé

Buzzfeed a pu examiner un exemplaire dudit contrat, en date de juillet 2008, un an avant que Sagem Sécurité remporte l’appel d’offres du FBI. Il y est prévu que l’entreprise ait licence d’intégrer le code de Papillon dans ses logiciels et de vendre le produit fini en tant que technologie propre. Papillon devait fournir des mises à jour pendant cinq ans et raflait 3,8 millions d’euros, plus les frais annuels.

Papillon assure dans ce contrat que sa technologie ne contient aucune porte dérobée ou code permettant un accès non-autorisé. Tout irait donc pour le mieux, si ce n’était le secret qui entourait cet accord. Le contrat stipulait en effet que « les parties s'engagent à rester strictement confidentielles et à ne pas divulguer par quelque moyen que ce soit à un tiers l'existence et le contenu de ce Contrat ».

Deux lanceurs d’alerte, Philippe Desbois, ex-responsable des opérations de Morpho en Russie, et Georges Hala, ex-chargé du business development dans ce même pays, signalent « l’omerta » qui régnait dans la filiale de Safran autour de ce contrat. Le premier explique à Buzzfeed qu’à plusieurs reprises des dirigeants de l’entreprise ont insisté sur le fait que l'existence de l'accord reste « un secret bien gardé ». « Ils m'ont dit que nous aurons de gros problèmes si le FBI était au courant de l'origine de l'algorithme » se rappelle-t-il.

Un peu de FSB au FBI

En cause, la proximité de Papillon avec les autorités russes. La société ne s’en cache pas et en fait un argument marketing, soulignant l’étroite collaboration avec les ministères russes de l’Intérieur, de la Défense et de la Justice. Selon Georges Hala, « Papillon est une émanation du ministère des Affaires intérieures, donc Papillon était toujours sous le contrôle du ministère ». Rien d’étonnant à ce que Morpho cherche à tout prix à garder l’information secrète : la seule existence de ce contrat aurait pu amener les autorités américaines à chercher un autre prestataire.

Les deux lanceurs d’alerte expliquent ne pas avoir participé à l’accord entre Sagem Sécurité et Papillon ni à l’intégration du code du second aux solutions du premier. Ils ont découvert l’existence de cet accord de licence suite aux instructions de leur direction de ne pas concurrencer Papillon sur certains contrats. Les deux anciens salariés de Morpho indiquent que leurs responsables leur ont expliqué que les deux entreprises avaient un accord tacite pour ne pas empiéter sur les activités de l'autre dans certains.

Philippe Desbois a porté l’affaire devant les tribunaux américains, accusant Safran d’avoir amassé frauduleusement un milliard de dollars auprès d’agences américaines et de pratiques anticoncurrentielles. Il a été débouté en première instance, mais le juge ne s’est prononcé que sur la forme : le magistrat considérait que les accusations n’étaient pas assez spécifiques. Le dossier doit encore être examiné en appel, peut-être sur le fond cette fois-ci.

Une question de confiance

Safran a refusé de commenter, mais n’a pas nié dans des documents juridiques l’existence de ce contrat entre son ancienne filiale et Papillon. En 2017, le groupe français a vendu Morpho à un fond américain, qui l’a renommée Idemia. Une porte-parole de la nouvelle entité a souligné à Buzzfeed que les produits de Morpho ont été développés en France ou aux Etats-Unis mais que deux logiciels contenaient du code source développé « par d'autres sociétés ».

De son côté, Papillon ne nie ni ne confirme l’information, mais insiste sur le fait que son code n’ouvre aucune porte dérobée. Mais le problème est ailleurs et ce n’est pas Kaspersky qui dira le contraire. Trois anciens employés de la branche américaine de Morpho ont déclaré à notre confrère ne pas être au courant de l’intégration du code de Papillon au logiciel vendu au FBI. « Personnellement cela m'aurait un peu inquiété […] cela aurait soulevé des problèmes de confiance fondamentaux » raconte l’un d’entre eux. 


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