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Hillary Clinton battue à cause d’une erreur de frappe ?

L’enquête du New York Times au sujet des piratages ayant émaillé la campagne électorale montre une incurie totale à tous les niveaux. Pire, le sort de l’élection s’est en partie décidé à cause de 2 lettres manquantes : «il».

C’est un papier fleuve que vient de livrer le New York Times au sujet du piratage du Comité National Démocrate et de la messagerie de John Podesta, directeur de campagne d'Hillary Clinton, et qui révèle l’incroyable légèreté dont ont fait preuve l’ensemble des protagonistes impliqués dans cette affaire, y compris le président Barack Obama. Cet article est accessible à cette adresse. Si vous comptez imprimer l’article pour plus de confort dans la lecture, il vous faudra compter 24 pages, ceci pour vous montrer qu’il s’agit d’un article très détaillé et très documenté.

Première affaire en 1996

Selon le New York Times, s’appuyant sur de nombreuses sources, y compris plusieurs sénateurs démocrates et républicains en charge de l’enquête dont l’ex-candidat John McCain, l’implication des Russes ne fait aucun doute et au plus haut niveau de l’État. Ce faisant, l'article rappelle également que le pays dirigé actuellement par Vladimir Poutine n’en est pas à son coup d’essai concernant le cyber espionnage des Américains et que les premières tentatives remontent à 1996.

Mais dans le cas du piratage du Democratic National Comittee (DNC), on relèvera surtout une incroyable série de bévues, à tous les niveaux. Tout commence en 2015 lorsque l’agent spécial Adrian Hawkins du FBI découvre un problème sur l’un des ordinateurs du DNC, infecté par des hackers baptisés « the Dudes », un groupe de cyber espionnage lié au gouvernement russe. L’agent Hawkins prévient alors Yared Tamene, un contractant chargé de la technique au sein du DNC. Mais ce dernier ne prend pas très au sérieux l’appel et doute même que la personne qui l’a contacté appartienne réellement au FBI. Il ne répond donc plus aux appels pourtant incessants de l’agent. De son côté, celui-ci ne fait aucun effort pour se déplacer physiquement dans les locaux du DNC alors qu’ils sont situés à quelques minutes en voiture.

Pendant ce temps, les hackers se sont introduits de plus en plus profondément au sein des systèmes d’information du DNC. Lorsqu'ils se rendront enfin compte de la gravité de l’attaque et feront appel à des spécialistes de FireEye pour bloquer les attaques, le mal était fait et les documents allaient prochainement fuiter dans la nature, le tout conduisant à une série quasi-quotidienne de révélations qui empoisonneront la campagne électorale de Mme Clinton, lesquelles participeront à sa défaite.

Une cause parmi d'autres de l'échec de Mme Clinton

Le NYT prend d’ailleurs soin de préciser que ce piratage ne pourrait être tenu pour seul responsable. La personnalité de Mme Clinton, les propres failles de son système de messagerie lorsqu‘elle était Secrétaire d’État, les positions changeantes du directeur du FBI James B. Comey ont également contribué à sa défaite mais le piratage du DNC et celui de M. Podesta sur lequel nous allons revenir ont compté dans la décision des électeurs américains. Cette volonté de déstabiliser la candidate a d’ailleurs été souligné par l’Amiral Michel Rodgers, directeur de la NSA et patron du Cyber Command américain : « Il ne doit pas y avoir le moindre doute dans l’esprit de chacun. Ce n’est pas quelque chose qui a été fait au hasard ou au passage. La cible n’a pas été sélectionnée de manière arbitraire. Il s’est agi d’un effort conscient effectué par un Etat avec pour objectif d’atteindre un effet spécifique ».

Une erreur incroyable

L’article revient en détails sur les différentes affaires d’espionnage entre les Etats-Unis et la Russie et notamment les équipes Fancy Bear et Cozy Bear. Mais le plus incroyable reste comment les hackers ont pu se procurer l’intégralité de la messagerie (60000 mails) de John Podesta, directeur de la campagne de Mme Clinton et auteur en 2014 d’un rapport sur la vie privée cyber pour le compte de Barack Obama.

Comme beaucoup de personnes de ce calibre qui reçoivent des quantités énormes de messages chaque jour, M. Podesta est entouré d’une équipe qui effectue une pré-sélection. Le 19 mars 2016, l’un des assistants de M. Podesta reçoit un message venant prétendument de Google et demandant un changement de mot de passe du compte Gmail. Cet assistant demande lui-même à un autre assistant plus gradé, Charles Delavan, ce qu’il convient de faire. Il répond alors : « this is a legitimate mail ». Le premier assistant change donc le mot de passe et les 60000 messages sont alors aspirés par les hackers. M. Delavan a ensuite reconnu s’être trompé pensant écrire ce qu’il avait remarqué, à savoir une opération de phishing et écrivant donc  « it is an illegitimate mail ». Et voilà comment une erreur de frappe a en partie fait basculer l’élection de la personne la plus puissante au monde.


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