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Sequana : Bull dans la course au supercalculateur

Avec son nouveau Sequana, l’entreprise propriété d’Atos montre qu’elle a des arguments à faire valoir dans cette course à la vitesse. L’entreprise présente un modèle qui sera capable d’atteindre l’exaflop d’ici 2020, soit 20 fois plus que l’ordinateur actuellement le plus puissant. Assistant à la présentation, le ministre Emmanuel Macron s'est montré enthousiaste, de tels projets encourageant la "souveraineté numérique européenne". 

Thierry Breton est un patron heureux et, objectivement, il a toutes les raisons de l’être. Depuis qu’il a pris la tête d’Atos, le groupe qu’il dirige n’en finit pas de progresser.

Après avoir avalé Bull, le groupe emploie aujourd’hui plus de 100000 collaborateurs et M. Breton précise que l’intégration a été parfaite entre les deux entreprises. Aujourd’hui, Atos est présent dans 72 pays, enregistre une croissance moyenne de son chiffre d’affaires de 17,5% par an et a réalisé plus de 12 milliards d’euros de chiffre d’affaires sur son dernier exercice fiscal avec un résultat d’exploitation supérieur à 9%.

Alors que la société était endettée à hauteur d’un 1 milliard d’euros lorsqu’il en a pris les rênes, c’est un montant équivalent qui est aujourd’hui disponible en cash et le groupe Atos revendique aujourd’hui une place de N°1 en Europe et dans le Top 5 mondial dans son domaine. La R&D n’est pas oubliée avec plus de 5000 brevets déposés dont certains ont trait au supercalculateur présenté hier.

Avec le Sequana dévoilé le 12 avril, Bull affirme ses ambitions dans la course à l’exaflop, soit 1 milliard de milliards d’opérations par seconde. Pour le moment, le modèle présenté hier offre une puissance de calcul de 1 petaflop mais l’entreprise affirme que sa conception lui permettra de multiplier cette puissance de calcul par 30 d’ici 2 ans et de nouveau par 30 dans les deux années suivantes. Nous serons alors effectivement tout proche de l’exaflop.

Notons que le supercalculateur le plus puissant aujourd’hui est le NUDT conçu et développé par le centre national d’HPC chinois qui affiche une puissance de calcul de 33 à 55 petaflops. A titre de comparaison,le supercalculateur CURIE installé par Bull au CEA offre une puissance de calcul théorique de 2,2 petaflops et occupe la 44ème place du Top 500 des supercalculateurs (http://www.top500.org/list/2015/06/). Un autre modèle baptisé Occigen occupe quant à lui la 36ème place de ce classement mondial. Notons enfin que le supercalculateur le plus puissant installé en France se trouve chez Total dont le Pangea qui occupe la 29ème place du classement. 

Se mêler à la compétition mondiale

Il va s’en dire que les concurrents de Bull ne vont pas rester les deux pieds dans le même sabot et il n’est pas certain que le constructeur français puisse accéder à la place de N°1 qu’il vise mais il est plus que vraisemblable qu’il monte dans le Top 10 d’ici deux ans. Bien évidemment, si les promesses esquissées sont tenues. En effet, la lecture du classement permet de voir qu’il existe une véritable barrière à franchir pour atteindre les 10 petaflops et plus et que seulement 5 modèles entrent aujourd’hui dans cette catégorie. 

Au-delà, de la puissance de calcul, l’un des tours de force du Sequana est son faible encombrement et sa faible consommation électrique. En effet, le modèle présenté hier pèse 4,5 tonnes mais tient dans deux mètres carrés, soit 10 fois moins que le modèle CURIE installé au CEA. L’autre innovation est le système de refroidissement qui a fait l’objet d’un brevet. Le Sequana a une consommation de 250 KW, pratiquement 10 fois moins que son prédécesseur. Thierry Breton que la consommation connue jusqu'à présent représente pratiquement 1 tranche nucléaire soit l’alimentation électrique d’une ville de 60 000 habitants. Il était donc impératif de se livrer à une rupture technologique d’importance et Bull revendique donc aujourd’hui une place de numéro 1 mondial dans le ratio puissance de calcul/énergie consommée.

Le patron du groupe indique que l’on atteint pratiquement les limites de la loi de Moore (doublement du nombre de transistors sur une même surface tous les 18 mois). « cela va fonctionner encore une ou deux fois mais après il faudra changer de méthode. Nous réfléchissons à l’informatique quantique sur un horizon situé entre 2025 et 2035. Il faut travailler sur de nouveaux langages en plus des Qbits. A ma connaissance, il n’y a que 4 équipes au monde qui travaillent sur ces sujets dont nous ». 

Un composant BXI spécifique

Thierry Breton rappelle que le nombre de données produites par l’humanité double également tous les 18 mois depuis 2011. A l’horizon 2020, ce seront 44 zetaocotets qui seront stockés, dont 88% non utilisées. Construite dans l’usine Atos de Angers, le Bull Sequana se distingue par sa technologie de refroidissement à l’eau chaude (Direct Liquid Cooling) mais également par l’intégration d’une couche d’interconnexion brevetée baptisée BXI. L’objectif de ce composant est de décharger les processeurs principaux de leurs tâches annexes pour se concentrer uniquement sur le calcul, ces tâches d’interconnexion étant prises en charge par le BXI, lequel contient 5 milliards de transistors. Toute la gestion des communications est confiée à ces composants. L’interconnexion réseau est de 100Gbits/s. Bull met également en avant la résilience de son supercalculateur capable de se réparer automatiquement en cas de panne.

Emmanuel Macron assure le SAV

A l’occasion de cette présentation, le ministre de l’Économie, de l’Industrie et de l’Économie numérique a fait le déplacement pour rappeler que ce projet entrait dans le cadre des 34 plans de la Nouvelle France Industrielle dont il avait présenté les grandes lignes en septembre 2013.

Visiblement très à l’aise, maîtrisant totalement son sujet, Emmanuel Macron a souligné l’importance de se doter des moyens d’assurer la souveraineté numérique de l’Europe. Les supercalculateurs d’Atos rentrent dans ce projet, assure-t-il et il promet de soutenir toutes ces initiatives.

Un ministre esseulé ?

Nous interrogeons le ministre sur les changements fondamentaux qui vont se produire dans le travail de chacun avec l’avènement de ces machines surpuissantes couplées aux programmes d’intelligence artificielle et nous étonnons que personne ne prenne en compte ces modifications fondamentales qui vont se produire au moment de l’examen d’un projet de loi sur le travail. M. Macron nous rappelle que, pour sa part, il s’est exprimé sur ce sujet, notamment à Lyon au mois d’octobre dernier, à l’occasion d’un discours sur les nouvelles opportunités économiques. « Je pourrais vous en parler pendant des heures », nous explique t-il. La réponse qu’il nous assène montre que s'il est parfaitement au courant des mutations extraordinaires qui vont se produire dans la société dans les prochaines années. Mais nous avons le sentiment qu’il est bien esseulé pour faire comprendre à ses collègues ministres et parlementaires les enjeux sous-jacents. Et là nous semble bien être le problème immense qui se pose : une loi travail qui utilise les recettes et la cuisine du passé sans prendre en compte le futur.

Comme le souligne Bertrand Garé dans sa chronique « avez-vous confiance en demain », « quel sera le contrat social défini dans cette nouvelle société du tout connecté et comment se définira demain la démocratie ». Avec ces milliards d’opérations par seconde permises par ces supercalculateurs, avec les programmes d’intelligence artificielle qui arrivent dans nos quotidiens, c’est précisément une nouvelle Société qui est en train de se dessiner. Et, à l’exception de M. Macron et quelques autres, nous avons le sentiment que les décideurs politiques sont divisés actuellement en deux catégories : ceux qui n’ont pas compris les ruptures décisives qui étaient en train de se produire et ceux qui l’ont compris mais n’osent pas le dire pour des raisons principalement électorales.


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