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SoftBank vend le géant des puces électroniques Arm à Nvidia pour 40 milliards de dollars

Le japonais SoftBank a annoncé lundi la cession pour jusqu'à 40 milliards de dollars de sa filiale britannique Arm, géant mondial des microprocesseurs, à l'américain Nvidia, champion des cartes graphiques, qui le rachète à prix d'or pour prendre de l'avance dans les technologies du futur, l'intelligence artificielle en tête.

A Tokyo, le 23 juin 2020. Pour certains observateurs, SoftBank Group est en train de se transformer en un fonds spéculatif géant

Cette méga-acquisition devrait être finalisée d'ici mars 2022, sous réserve de l'approbation de nombreuses autorités réglementaires dans le monde entier, et notamment britanniques qui voient d'un oeil suspicieux le changement de propriétaire de ce joyeux technologique national. 

Le gouvernement britannique a fait valoir qu'il avait conscience du "rôle vital d'Arm dans le secteur de la technologie" et l'économie au Royaume-Uni. Il étudie cette transaction "y compris son impact pour le siège social de Cambridge", avec la possibilité de "prendre les mesures appropriées".

L'un des co-fondateurs d'Arm, Hermann Hauser, s'est quant à lui dit "extrêmement inquiet" du passage sous pavillon américain de l'entreprise alors qu'elle est "la dernière restante au Royaume-Uni avec une position dominante dans la téléphonie mobile et les microprocesseurs".

Le rachat ne ferait selon lui qu'aggraver la domination de la technologie américaine, comme le montre la puissance des géants comme Apple, Amazon ou Facebook.

"La vente d'Arm à Nvidia va détruire son modèle d'entreprise: être la "Suisse du secteur des microprocesseurs" en agissant de manière égale envers ses 500 détenteurs de licences, s'émeut M. Hauser dans une lettre au Premier ministre. Or, "la plupart d'entre eux sont des concurrents de Nvidia" et plusieurs sont des entreprises britanniques, relève M. Hauser.

Sans donner de garanties sur les 3.000 employés au Royaume-Uni (sur 6.500 dans le monde), Nvidia promet de garder le siège d'Arm à Cambridge et veut y bâtir un "super-ordinateur d'intelligence artificielle" ainsi que son "hub européen". 

Le patron de Nvidia, Jensen Huang, a également assuré dans une lettre à ses employés qu'il allait "maintenir la neutralité" d'Arm vis-à-vis de ses clients ainsi que son modèle de licence ouverte. 

Fondé en 1990 en Angleterre, Arm est un spécialiste des microprocesseurs avec une part de marché mondiale écrasante dans les smartphones (95%). Mais ses puces, fabriqués sous licence, se retrouvent aussi dans d'innombrables capteurs, objets connectés et services de cloud (informatique à distance).

Nvidia paie le prix fort pour monter en puissance dans l'intelligence artificielle, les objets connectés et la 5G, les points forts d'Arm. 

C'est l'une des plus importantes fusions-acquisitions mondiales annoncées depuis le début de l'année et l'une des plus importantes jamais réalisées dans le secteur des microprocesseurs, et qui propulse Nvidia au rang de mastodonte du secteur.

L'américain va payer plus de la moitié (21,5 milliards de dollars) avec ses propres actions. Le prix de 40 milliards de dollars est un maximum car le versement d'une tranche de 5 milliards de dollars sera conditionné "à l'atteinte par Arm d'objectifs de performance financière".

SoftBank Group devrait garder entre 6,7% et 8,1% du capital.

Nvidia, dont les cartes graphiques sont notamment très utilisées par l'industrie du jeu vidéo, a vu ses ventes grimper en flèche depuis la crise du nouveau coronavirus. Ses produits sont aussi de plus en plus présents dans l'intelligence artificielle et les centres de données.

SoftBank Group avait acheté Arm en 2016 pour environ 31 milliards de dollars. Il envisageait initialement de réintroduire la société en Bourse, mais a expliqué lundi que l'accord avec Nvidia devrait permettre "de mieux matérialiser le potentiel de Arm".

"Arm a sous-performé" sous la houlette de SoftBank Group, a déclaré lundi à l'AFP Amir Anvarzadeh, stratégiste chez Asymmetric Advisors basé à Singapour. 

Selon des spéculations de presse, SoftBank Group songerait à racheter toutes ses actions en circulation notamment grâce aux revenus de cette méga-cession et quitter ainsi la Bourse de Tokyo, remettant au goût du jour un vieux projet.

Une sortie de la cote offrirait moins de contraintes au groupe en termes de transparence de ses comptes, alors qu'il est en train de muer toujours davantage vers une pure société d'investissement.

SoftBank Group a initié cette année un méga-programme de cessions d'actifs pour renforcer ses liquidités et financer d'énormes rachats de ses propres actions.

Mais un nouveau virage stratégique de SoftBank inquiète ses actionnaires: plutôt que de miser essentiellement sur des start-up, le groupe investit désormais dans des champions technologiques déjà cotés en Bourse.

Il aurait investi des dizaines de milliards de dollars dans des valeurs technologiques américaines sous forme de dérivés actions, ce qui aurait influé sur l'envolée de l'indice Nasdaq cet été, selon plusieurs médias. Le repli du Nasdaq depuis début septembre a jeté un doute sur le bien-fondé d'un tel pari.

Source : AFP - Etienne BALMER à Tokyo et Véronique DUPONT à Londres


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