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Aux Emirats, l'ambition technologique ternie par le contrôle d'internet

Avec des infrastructures ultramodernes et des services hyper connectés, les Emirats arabes unis aspirent à la puissance technologique mais la controverse autour d'une application de messagerie a mis en lumière le contrôle étroit d'internet dans le pays.

Photo d'illustration montrant des Emiratis filmer des écrans montrant le départ d'un de leur concitoyen astronaute pour la station spaciale internationale, à Dubaï, le 25 septembre 2019

Dans le cadre du projet "Vision 2021", les Emirats --qui ont investi des milliards dans les nouvelles technologies-- ambitionnent de "devenir pionnier dans la fourniture de services intelligents" via une "infrastructure de télécommunications de pointe".

Dubaï, la ville la plus "intelligente" du Moyen-Orient selon le classement de Smart City Observatory, accueille les bureaux régionaux de géants d'internet, comme Google et Twitter, et la plupart des services publics y sont accessibles via smartphones.

Les affiches de l'Exposition universelle 2020 que l'émirat accueille à partir d'octobre portent aux nues robots et astronautes.

Mais pour des millions d'expatriés, appeler des proches restés au pays sur WhatsApp ou Skype n'est pas si simple: les communications gratuites via internet sont bloquées aux Emirats.

"Pour pouvoir appeler ma famille par WhatsApp, je vais chaque mois acheter cette carte" dans un quartier populaire, confie un travailleur pakistanais en montrant un coupon contenant un code d'accès à un réseau privé virtuel (VPN) qui permet de contourner les restrictions. 

Pour éviter cette méthode, dont la légalité reste floue aux Emirats, d'autres font le choix de communiquer via ToTok, une application de messagerie dont les développeurs sont basés à Abou Dhabi.

"J'utilise ToTok car c'est la seule plateforme où les appels vidéos fonctionnent correctement ici", explique un travailleur égyptien qui contacte régulièrement sa femme et ses filles restées au pays.

- "Modèle chinois" -

ToTok a rapidement conquis un large public au Moyen-Orient. Mais en décembre, le New York Times a accusé les services de renseignement émiratis d'avoir un accès direct aux données des utilisateurs.

En pleine controverse, Google et Apple avaient supprimé ToTok de leur boutique d'applications mais le premier l'a rétablie en janvier, avec une "mise à jour" des mécanismes d'autorisation d'accès aux données des utilisateurs.

Spécialiste des "menaces technologiques pour la liberté sur internet", Bill Marczak analyse cette différence par le fait qu'"Apple est considéré comme étant peut-être un peu plus respectueux de la vie privée" de ses clients.

Pour ce chercheur au Citizen Lab et à l'Université de Berkeley en Californie, ToTok est un "cas unique", bien que des services de renseignement aient déjà par le passé exploité des plateformes numériques mais de manière discrète et ciblée.

A l'inverse, les créateurs de ToTok "ont essayé de développer cette application pour qu'elle soit utilisée par des millions de personnes", notamment aux Etats-Unis, où elle commençait à devenir "populaire".

"Il sera intéressant de voir comment ce fiasco public affectera le développement des Emirats en tant que puissance technologique", dit Bill Marczak à l'AFP.

Selon lui, le pays se dirige vers le "modèle chinois", entre volonté de puissance et attachement à la surveillance des internautes, ce qui risque de saper leur "confiance" dans les plateformes développées localement.

Interrogée par l'AFP, l'Autorité de régulation des télécommunications émiratie assure "avoir pris récemment conscience de ces inquiétudes" mais dément les accusations.

La réglementation en vigueur "interdit l'interception illégale et la surveillance de masse sous quelque forme que ce soit", écrit dans un e-mail l'organisme public.

- "Non libre" -

Comme la Chine, les Emirats sont classés dans la catégorie des pays à l'internet "non libre" par l'ONG américaine Freedom House qui met en cause "les restrictions, la censure et la surveillance" sur internet et les "liens étroits entre le gouvernement et les entreprises de télécommunications".

"Les Emirats pratiquent un niveau élevé de restrictions et de surveillance en ligne", résume à l'AFP Amy Slipowitz, coordinatrice à Freedom House.

Le pays devrait, selon elle, "être plus transparent sur la restriction des contenus et cesser de cibler les critiques du gouvernement" sur internet.

La loi, dans ce pays doté de ministères de la Tolérance et du Bonheur, prohibe l'utilisation d'internet pour "appeler à des manifestations", "inciter à la conversion à une religion autre que l'islam" ou encore "promouvoir des principes destructeurs tels que l'homosexualité".

Dans une région secouée par les troubles politiques, en particulier depuis le Printemps arabe de 2011, les Emirats, comme l'Arabie saoudite, prônent un discours de "stabilité", souvent qualifié par des analystes de position "antirévolutionnaire".

En 2018, le célèbre opposant émirati Ahmed Mansoor a été condamné à 10 ans de prison pour avoir critiqué le pouvoir et terni l'image de son pays sur les réseaux sociaux.

Source : AFP - Aziz EL MASSASSI


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