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Ubisoft veut rassembler ses actionnaires et contrer Vivendi

L'éditeur de jeux vidéo Ubisoft, qui réunit ce jeudi ses actionnaires en assemblée générale, espère réussir à convaincre un maximum d'entre eux de soutenir sa stratégie d'indépendance, face à Vivendi son premier actionnaire qui veut un rapprochement.

Yves Guillemot, le PDG d'Ubisoft. L'éditeur de jeux vidéo multiplie les efforts pour convaincre ses actionnaires qu'il créera plus de valeur en restant indépendant

La famille fondatrice Guillemot s'est renforcée au capital et a mené une large campagne médiatique pour contrer les vélléités du patron de Vivendi, Vincent Bolloré, un "raider" qui s'est déjà emparé de l'éditeur pour jeux mobiles Gameloft et a mis la main dans le passé sur Vivendi ou Havas.

Elle craint à l'occasion de cette AG, organisée dans un hôtel à Bagnolet, un coup de force de Vivendi pour obtenir une représentation au conseil d'administration.

Les analystes observent cependant que les actionnaires n'ont pas intérêt à laisser entrer Vivendi au conseil dans l'immédiat, au vu des résultats financiers encourageants du groupe, et surtout parce que cela éloignerait la perspective d'une OPA et pourrait permettre à Vincent Bolloré de s'emparer du groupe progressivement sans en payer le prix.

Au menu de l'assemblée générale, Ubisoft a proposé les candidatures de deux administratrices indépendantes, Frédérique Dame, issue d'Uber et Florence Naviner, directrice financière du producteur de confiserie américain Wrigley.

Les cinq frères bretons Guillemot siègent également au conseil qui devrait passer de 9 à 10 membres. Si le poids des indépendants serait ainsi renforcé pour représenter la moitié des membres, les Guillemot resteraient surreprésentés par rapport à leur participation.

Vivendi avait réclamé en juillet "une représentation cohérente avec sa position actionnariale".

Le groupe n'a pas présenté de résolution pour demander des administrateurs avant la date limite du 4 septembre, mais il a toujours la possibilité d'en réclamer au cours de l'AG.

Du côté du groupe de médias, on laisse entendre que ce n'est pas forcément un dossier urgent, à l'heure où le groupe est engagé dans un bras un bras de fer sur son projet d'alliance avec Mediaset.

Vivendi s'est engagé en juin pour six mois à ne pas lancer d'OPA sur Ubisoft. L'assemblée générale sera l'occasion de vérifier où va le soutien des actionnaires et de compter ses appuis. 

- Risque de conflit d'intérêt -

Entré au capital en octobre 2015, Vivendi est aujourd'hui le premier actionnaire de l'éditeur avec près de 23% du capital et 20% des droits de vote.

La famille Guillemot contrôle 13,22% du capital et 19,18% des droits de vote, selon le dernier comptage de l'Autorité des marchés financiers.

Selon plusieurs analystes, Ubisoft devrait pouvoir compter sur le soutien de Bpifrance, dont Ubisoft doit racheter la participation de 3,2%, pour 122,5 millions d'euros. 

Les fonds Fidelity, avec une part proche de 10% du capital 9% des droits de vote, et Blackrock (5% du capital) auraient aussi plutôt intérêt à soutenir la direction.

La banque américaine JP Morgan a courant septembre fortement renforcé sa participation jusqu'à près de 9% du capital et près de 8% des droits de vote, déclenchant des spéculations sur ses motivations.

Le groupe a aussi lancé un plan d'actionnariat salarié, qui a permis à ses collaborateurs de monter à 4% du capital. 

Yves Guillemot, le PDG d'Ubisoft, a souligné le risque de conflit d'intérêt entre l'éditeur de jeux vidéo et Vivendi son premier actionnaire qui rêve de synergies avec ses activités et voudrait un rapprochement.

"Ils sont en concurrence dans plusieurs domaines, et ils pourraient utiliser les sièges pour pousser Ubisoft à travailler avec des compagnies de Vivendi ou du groupe Bolloré", "ce qui ne serait pas dans l'intérêt de nos actionnaires", a-t-il déclaré au Financial Times paru jeudi.

La filiale de cinéma du groupe, Ubisoft Motion Pictures, dont le premier long-métrage Assassin's Creed sortira en décembre prochain avec la Fox, pourrait ainsi être poussée à coopérer avec StudioCanal, au lieu des majors américaines.

Et alors qu'Ubisoft vient d'annoncer l'acquisition de Ketchapp, éditeur de jeux mobiles, ce dernier pourrait se retrouver en concurrence avec Gameloft, l'éditeur fondé par les frères Guillemot dont Vivendi s'est emparé en juin à la faveur d'une OPA.

Source : AFP - Lucie GODEAU

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