5G : l’ANSSI n’écarte pas Huawei, non sans lui mettre des bâtons dans les roues

Depuis plusieurs mois déjà SFR et Bouygues ruent dans les brancards. Eux qui utilisent Huawei sur leurs antennes se plaignent de l’absence de décision de l’ANSSI quant à autoriser ou non le matériel de l’équipementier chinois pour la 5G. Réponse de Guillaume Poupard, à trois mois des ultimes enchères : Huawei sera autorisé, mais partiellement seulement. Une question, évidemment, de sécurité et de souveraineté. Voilà de longs mois que le dossier tient les opérateurs, ou plus exactement Bouygues et SFR, en haleine. C’est dans Les Echos que le patron de l’ANSSI, Guillaume Poupard, a enfin pris la parole concernant le cas de Huawei en France. Ce week-end, il a ainsi annoncé que l’équipementier chinois devraient bénéficier d’une autorisation dans le courant de la semaine, insistant sur le fait que “les décisions sont prêtes”. En effet, depuis juillet 2019, les opérateurs doivent avant de déployer leurs réseaux 5G demander une autorisation préalable quant aux équipements utilisés. Guillaume Poupard confirme donc que Huawei ne sera pas banni de France, toutefois sa présence n’y sera que partielle. "Il y aura des refus", explique-t-il, précisant que ceux-ci ne concerneront pas Nokia et Ericsson, puisque ces derniers sont européens. Samsung et ZTE ne sont pas mentionnés, mais on supposera que, non-européens, ils seront soumis aux même règles que Huawei. “Les opérateurs qui n'utilisent pas Huawei, nous les incitons à ne pas y aller car c'est un peu le sens naturel des choses. Ceux qui l'utilisent déjà, nous délivrons des autorisations dont la durée varie entre trois et huit ans" souligne le patron de l’ANSSI, se défendant de se livrer à du “Huawei bashing” ou à du “racisme anti-chinois”. 

Souverain

Mais à ses yeux, “tous les opérateurs ne se valent pas” : il est donc question de gérer les risques. Néanmoins, Guillaume Poupard ne précise pas quels sont les équipements touchés par les refus de l’ANSSI, si seul le coeur du réseau est concerné, si l’agence a procédé à un découpage géographique ou encore si même les antennes peuvent faire l’objet d’un refus. “On n'est pas dans les mêmes risques quand on parle d'équipements chinois ou américains. Nous sommes prudents vis-à-vis des équipementiers non-européens, évidemment, tout comme nous le serions aussi, par exemple, si tous les opérateurs avaient recours au même équipementier, même s'il était français, ce serait catastrophique" C’est donc encore le flou pour Bouygues et SFR, qui n’ont jamais exclu, en cas d’interdiction d’utiliser du matériel Huawei, de demander de l’État un dédommagement. Mais du côté de la sphère publique il s’agit vraisemblablement d’accompagner les opérateurs vers le choix de solutions européennes. “Ce n'est pas un procès d'intention que l'on fait à telle entreprise ou tel pays. La question, c'est juste celle de la souveraineté” plaide Guillaume Poupard. “Ce que l'on fait sur la 5G en France, c'est un compromis. Il faut développer la 5G dans des conditions économiques acceptables pour les opérateurs télécoms et aussi souveraines, qui nous permettent de ne pas être dépendants de tel ou tel équipement ou pays”.