lundi 4 mai 2015
 

DASSAULT SYSTEMES : L’histoire d’une réussite unique

par Bertrand Garé - Dossier publié dans le magazine L'Informaticien le 01/11/2008 Article Rating

La société Dassault Systèmes est toujours citée en exemple dans l’industrie française du logiciel. L’entreprise est le seul exemple  d’une réussite au plus haut niveau international pour un éditeur national. Sa martingale ? Une idée innovante parfaitement mise en œuvre avec constance et spécialisation sur un secteur très pointu.

L’histoire de la réussite de Dassault Systèmes commence au début des années 70 dans les bureaux d’étude de Dassault Aviation. 
A l’époque, les calculs pour la conception de la géométrie des avions étaient réalisés par batch sur des mainframes et nécessitaient des puissances de calcul très importantes. « Il y avait peu d’applications interactives dans le domaine », souligne Philippe Forestier, directeur général adjoint en charge du « network selling » chez Dassault Systèmes et membre du comité exécutif.
En 1975, Dassault fait l’acquisition de Cadam, un logiciel de dessin interactif en 2D, développé par Lockheed. Il vient alors à l’idée des ingénieurs de Dassault Aviation de se lancer dans la 3D interactive, une gageure à l’époque, car la puissance des ordinateurs était loin de garantir des temps de réponse satisfaisants en 2D.
Les premières fonctions 3D permettent de simuler la rentrée de train d’atterrissage, de simuler l’usinage des maquettes, de réduire le coût et le temps dans la conception et la fabrication des pièces. Tout d’abord conçu pour des besoins internes, le développement débouchera sur le produit phare de Dassault Systèmes : Catia (Computer-Aided Three-dimensional Interactive Application).

Le décollage de Catia


En 1977, Catia est mis au point et il s’améliore au fil des ans. Le logiciel étonne Marcel Dassault, patron emblématique de l’entreprise, mais l’intéresse aussi. Toutefois, l’organisation mise en place coûte cher. D’où l’idée de séparer cette activité et de profiter des fonds de la Bourse pour développer ce produit révolutionnaire. A l'époque, Marcel Dassault décide d'investir seulement si Charles Edelstenne (PDG du groupe Dassault Aviation et de Dassault Systèmes) met aussi de l’argent dans le projet. Le capital est finalement réuni : 10 millions de francs, dont 1 million provenant de Charles Edelstenne. Cette somme, relativement modeste, s’est transformée en un véritable jackpot, avec une entreprise qui est valorisée aujourd’hui autour de 5 milliards d’euros.
La société est créée en 1981 par Charles Edelstenne et Francis Bernard. Quinze ingénieurs de Dassault Aviation les rejoignent dans cette aventure, tous membres du service de Dassault Aviation qui a développé Catia. Philippe Forestier se rappelle : « Nous étions quinze ingénieurs sans expérience de la vente ou du marketing. »

Un partenariat historique

1981 est aussi l’année de la signature d’un partenariat de grande importance pour la toute nouvelle entité. Après avoir vendu pendant des années Cadam, IBM décide de mettre Catia à son catalogue. Le manque d’expérience en vente et marketing des équipes va se trouver compensé par la force de frappe de Big Blue qui voit en Catia un bon vecteur pour vendre ses matériels, et en particulier ses mainframes. 
Ce partenariat est toujours aussi important et représente, encore aujourd’hui, une part significative du chiffre d’affaires de Dassault Systèmes. Il a couvert un tel périmètre, que beaucoup d’américains ont cru pendant longtemps que Catia était un logiciel IBM. D’expérience, l’auteur peut vous dire qu’il a gagné énormément de paris avec des Américains à ce sujet !
Le partenariat a été renouvelé en 2007. IBM commercialise le portefeuille étendu des solutions de Dassault Systèmes en direct aux grands comptes. L’éditeur français se charge d’animer les ventes par le canal indirect.

Les années du leardership

Catia s’impose rapidement sur le marché. Dès 1984, il devient le premier outil utilisé dans son secteur d’origine, l’industrie aéronautique. En 1986, Boeing abandonne ses outils maisons pour devenir client de Dassault Systèmes. Ce marché revêt une dimension de plus en plus large pour devenir un partenariat de long terme, au plus haut niveau stratégique entre les deux entreprises. Il aboutit au choix par Boeing de développer numériquement son modèle 777 en abandonnant les maquettes physiques.
Deux ans plus tard, le logiciel s’impose aussi dans le secteur automobile. La version 3 suit les innovations technologiques du moment et devient disponible sur les environnements Unix. Elle intègre aussi des fonctions AEC (Architecture/Engineering/Construction).
De ces deux bases solides, Dassault Systèmes a essaimé dans la plupart des grands secteurs industriels et répond désormais aux besoins de onze secteurs. Ainsi, peu de personnes savent, par exemple, que les bouteilles d’Evian sont créées sur les logiciels de Dassault Systèmes.


Un développement international

A partir de cette époque, l’entreprise connaît un développement rapide à l’international et une forte croissance externe. En 1992 se crée la filiale américaine suite au rachat de Cadam Inc. Lui succède, en 1994, la filiale japonaise. L’année suivante, une figure devenue emblématique, Bernard Charlès, devient directeur général. Il est à l’origine du développement de l’entreprise. Il invente, fin 1999, le concept de PLM, ou gestion de cycle de vie des produits. Arrivé en 1983 comme stagiaire, ce normalien agrégé de mathématiques, prend rapidement les commandes de l’entreprise et structure véritablement l’entreprise, telle qu’on la connaît aujourd’hui. 
Durant la décennie qui suit, la société achète beaucoup d’entreprises et construit un portefeuille produits complet. SolidWorks est la première à succomber. Puis Deneb, qui donne plus tard naissance à la gamme Delmia, venant ainsi renforcer les positions de Dassault Systèmes sur le marché de la simulation 3D des processus de production. Suivent les actifs d’IBM dans le secteur de la gestion des données produits. Cette acquisition est à l’origine de la gamme Enovia de l’éditeur. En 2005, le rachat d’Abaqus (aujourd’hui Simulia) positionne Dassault Systèmes sur le marché de la simulation numérique. Cet axe est toujours d’actualité et devient un choix stratégique avec des simulations de plus en plus proches de la vie réelle.
L’acquisition de MatrixOne, un acteur reconnu dans le secteur du PLM, renforce le portefeuille des solutions ENOVIA en 2006.

Une conception nouvelle de l’industrie

Tout au long de son histoire, Dassault Systèmes a réinventé la manière de produire. Tout d’abord, en proposant des outils interactifs pour créer et développer des produits complexes. Désormais, les outils de Dassault Systèmes prennent en charge toutes les étapes de la vie d’un produit : conception, fabrication, logistique, maintenance… Les logiciels proposés sont ainsi bien plus que de simples planches à dessin améliorées. Ils deviennent la représentation concrète de la stratégie de production des plus grands industriels clients de Dassault systèmes.
Pour y parvenir, il faut que les logiciels s’adaptent aux technologies présentes dans les entreprises industrielles. Du mainframe, les logiciels sont passés aux serveurs Unix, puis sur le monde PC. « Aujourd’hui, c’est le Web », explique Philippe Forestier. Cette évolution suit, bien évidemment, les principaux standards technologiques en vigueur. Les dernières innovations apportées dans les produits suivent cette voie. Ainsi, la possibilité d’avoir son PLM en ligne et à la demande, en profitant des avantages des architectures orientées services et des technologies 2.0, s’appuie sur la version 6 de Catia. Cette plateforme laisse présager des avancées dans le secteur du PLM à la demande ou « dans les nuages ». Un beau retour vers les origines pour une entreprise issue de l’aéronautique. 

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