Malgré – ou grâce à – la crise, la
position de l’Open source s’est
renforcée dans les entrepises,
accélérant son inéluctable progression. L’Open
source semble se banaliser de plus en plus et,
de l’avis de beaucoup, tend à devenir le modèle
dominant. Qu’en est-il réellement, et de quel
Open source parle-t-on ? C’est ce que nous
allons essayer de détailler dans ces lignes.
Dossier réalisé par Thierry Thaureaux
L’Open source comme modèle dominant ?
À en croire nombre d’analystes et de spécialistes du domaine,
l’Open source serait en passe de dominer le marché de l’informatique.
Le système d’exploitation libre Linux est partout présent,
sous ses différentes déclinaisons : dans les box internet, les
smartphones (Android ou « pur » Linux), les télévisions (smart TV),
les réfrigérateurs (intelligents évidemment) et autres terminaux
mobiles ou non sans oublier les serveurs réseau et les PC de bureau
– avec notamment Ubuntu et Red Hat. La crise n’a pas altéré
cette progression constante depuis quelques années, bien au
contraire. Même les entreprises les plus réticentes observent au
moins ce qui se passe dans ce monde, jusqu’alors inconnu pour
elles et considéré comme sans intérêt voire dangereux, lorsqu’elles
n’envisagent pas de faire évoluer à plus ou moins long terme
leurs solutions dans cette voie. La crise aidant, les licences gratuites
s’accordent plutôt bien avec les réductions de budget, ce qui
pouvait sembler impensable à quelques esprits étriqués leur apparaît
désormais comme totalement incontournable.

Le choix du libre
Devant le succès du modèle Open source,
nombre d’éditeurs font le choix de solutions
libres alors qu’ils auraient été ou allaient
systématiquement vers des solutions sous
copyright il y a quelques années. Des versions
commerciales deviennnent, au moins
en partie, libres. Après, tout dépend du modèle
choisi. Un éditeur souhaitant se lancer
dans l’Open source doit créer et stimuler
une communauté capable d’enrichir les fonctionnalités de son logiciel et élargir son
offre avec des services payants, eux. La
bonne utilisation des solutions Open source
par les entreprises décidées à faire le
« grand saut » nécessite souvent l’expertise
de prestataires spécialisés, créant ainsi un
marché fructueux pour ceux qui savent s’y
positionner et offrent de réelles compétences
dans leur domaine. Le profit peut passer
par différents services : l’expertise,
l’intégration des systèmes, le support
client, y compris tutoriels et documentation,
ou encore le développement de plug-ins
complémentaires.
La banalisation
de l’Open source
Microsoft, éditeur pourtant peu orienté Open
source, a entrouvert récemment la porte à
ce monde hier combattu en poursuivant sa
politique d’interopérabilité vis-à-vis des développeurs
et en proposant des solutions OS
comme NuGet, permettant d’installer plus
aisément des bibliothèques Open source
dans Visual Studio. L’éditeur de Seattle a également soutenu les plug-ins jQuery ou le
support de Modernizr, librairie Javascript
Open source, et il était aussi présent au dernier
salon Solutions Linux – et le sera encore
à celui de juin. Cela montre l’aspect désormais
incontournable de l’Open source,
même pour ses ennemis déclarés. En tout
cas, les grandes entreprises ont compris
qu’elles pouvaient trouver dans l’Open
source des solutions particulièrement solides
et de vrais opportunités de profits. Il est
de plus en plus fréquent de voir des appels
d’offres mentionnant, voire exigeant, des solutions
Open source.
Tim O’Reilly, l’éditeur de la collection éponyme,
et indéniablement un des grands penseurs
de l’OS, décrit dans un article de 2003
la rupture provoquée par la banalisation du
matériel, entamée en 1981 sous l’impulsion
d’IBM qui a créé un marché du PC compatible
en ouvrant son architecture. Il parle de
« commoditization », faisant référence aux
« commodities », les biens ordinaires tels que
le blé ou le pétrole, dont le prix peut bien
entendu fluctuer, mais pour lesquels il n’y a
plus de valeur ajoutée spécifique et qui sont
interchangeables.
C’est cette banalisation du matériel qui a donné
naissance à une immense industrie du logiciel,
largement dominée par Microsoft. L’Open source
apporte une rupture comparable, la banalisation
du logiciel, voire sa démonétisation. Système
d’exploitation, serveurs, bases de données, ces
composants logiciels ont perdu l’essentiel de la
valeur marchande qu’ils portaient. Cela a donné
naissance à une nouvelle industrie, d’Amazon à
eBay ou Facebook en passant par Google. Ces
géants du Web utilisent des centaines de milliers
de serveurs et ont impérativement besoin de logiciels
démonétisés.
Open source : définition
Les logiciels libres existent officiellement depuis 1985, année de la création de
la FSF (Free Software Foundation) par Richard M. Stallman. Pour une bonne
définition de l’Open source, autant remonter à la… source, c’est-à-dire à Richard
Stallman : « Quand on dit qu’un logiciel est libre, on entend par là qu’il respecte
les libertés essentielles de l’utilisateur : la liberté de l’utiliser, de l’étudier et
de le modifier, et de redistribuer des copies avec ou sans modification.
C’est une question de liberté, pas de prix, pensez donc à liberté d’expression
et non à « entrée libre » [think of « free speech », not « free beer »]. » Vous trouverez
une définition plus exhaustive sur le site de l’Open Source Initiative, à l’adresse :
http://opensource.org.