Si vous pensiez déjà en 2010 que l’on avait trop parlé du Cloud, ou de l’informatique en nuage, l’année qui débute risque de vous exaspérer ! Car le concept fait encore largement débat. Et les freins identifiés ne suffi sent plus à arrêter l’intérêt ou la volonté d’adopter le modèle. Cette adoption risque d’ailleurs d’être plus rapide qu’annoncée. Bien défini, avec trois couches principales – infrastructure, plate-forme et applications (IaaS, PaaS, SaaS) –, le modèle pourrait connaître des évolutions et s’enrichir de nouvelles catégories. Cet enrichissement permanent soulève une question : tout peut-il aller dans le nuage ? Autant de questions encore d’actualité en France, mais qui ne sont plus évoquées dans la région de San Francisco... même si la dérision est toujours de mise : avec la comparaison du modèle en nuage avec le fameux Hotel California des Eagles, cet hôtel dans les nuages où l’on peut se rendre, mais d’où l’on ne pourra jamais repartir...
Une adoption encore faible, un intérêt grandissant
Les premiers retours des pilotes sur l’informatique en nuage éclairent les promesses du concept : allier flexibilité, réduction des coûts et « dynamisme » du système d’information. Il est vrai qu’il n’est pas difficile de faire mieux que l’organisation actuelle des systèmes d’information, souvent en silos avec des délais de mises à niveau, ou de réaction, ne correspondant plus à la feuille de route des services métier qu’ils supportent, et ce, pour des budgets qui dépassent parfois l’entendement.
Depuis 18 mois, il est au centre de toutes les discussions, il a déjà son Salon à Paris, et chacun se laisse à parler de son expérience. Les analystes chronomètrent le temps que mettront leurs interlocuteurs avant de prononcer son nom. Qui suis-je ? Le Cloud ! L’informatique en nuage et toutes ses déclinaisons en XaaS qui occupent la scène et pas seulement médiatique. Selon le Gartner, le chiffre d’affaires du Cloud devrait se monter en 2014 à 149 milliards de dollars de dépenses informatiques. Mais pourquoi un tel engouement ?
La révolution du Cloud
Le modèle en nuage représente une véritable révolution pour l’industrie informatique, et ce, à plus d’un titre. Pour les entreprises utilisatrices, il permet de passer d’une exploitation en propre à une externalisation, ou une décentralisation, lui permettant de couper avec ses mauvaises habitudes : silos techniques et applicatifs, administration et exploitation parfois défaillantes ou approximatives, manque de clarté dans les apports aux métiers de l’entreprise.
Pour les éditeurs et constructeurs, le Cloud permet de rationaliser la mise sur le marché des produits et d’augmenter la valeur apportée, tout en passant d’un modèle de vente de produits à une meilleure visibilité grâce à des revenus récurrents provenant d’une location, où l’utilisateur paie à l’utilisation et selon ses besoins. Ce modèle est principalement poussé par l’utilisation d’applicatifs en ligne sous la forme SaaS (Software as a Service).
La différence avec le défunt ASP est purement technologique et tient à une architecture différente du côté de l’offreur. Du côté utilisateur, c’est exactement la même chose. La France n’est pas à l’écart de cette tendance. Selon le cabinet Markess, le Cloud a représenté 1,85 milliard d’euros en 2010 et devrait culminer en 2012 à 2,73 milliards. Là encore, le SaaS représente la part principale du marché devant les utilisations de platesformes ou d’infrastructures. Par ailleurs, la crise économique récente et ses enseignements ont accéléré l’intérêt des entreprises pour le modèle qui permet a priori de renforcer leur flexibilité et leur agilité, tout en réduisant les coûts, en évitant les investissements en capitaux, pour développer des solutions informatiques. Autre avantage mis en avant, la rapidité de la mise à disposition de nouvelles applications ou fonctionnalités aux utilisateurs, réduisant ainsi l’écart entre les demandes métier et les possibilités proposées par les services informatiques. Ce dernier point se réalise souvent sous la pression des utilisateurs, qui peuvent ainsi choisir et utiliser les outils qui leur conviennent quasiment sans entrave, le plus souvent gratuitement. Dans le cadre de l’entreprise, le contexte est un peu différent et les services informatiques doivent désormais s’adapter à un défi permanent : pourquoi je ne peux avoir ce type d’outil rapidement dans mon entreprise et pourquoi à un coût souvent largement supérieur à ce que je peux me procurer sur le marché ? Il n’est d’ailleurs pas rare que des services de l’entreprise se passent du service informatique et installe une application ou utilise un service en Cloud sans que l’IT soit réellement dans la boucle. Cela peut devenir problématique en termes d’intégration avec l’existant dans l’entreprise, mais aussi pour la cohérence du parc applicatif ou la sécurité.
Le cycle du Cloud selon le Gartner
Date de naissance : 24 août 2006
Si les ancêtres du Cloud, comme le Grid, sont assez anciens, on peut dater sa naissance officielle au 24 août 2006, avec le lancement officiel du service EC2 par Amazon. Il était destiné aux développeurs qui ne souhaitaient pas déployer leur propre infrastructure. Sa première mention dans Wikipedia date de mars 2007. Dell a essayé de déposer la marque Cloud Computing en 2008. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la demande a été acceptée mais révoquée quelques jours plus tard.
Source : Afdel, livre blanc « Cloud Computing une feuille de route ».
Le Cloud privé en tête !
Le Cloud a plusieurs déclinaisons. La plus connue est le Cloud dit public, qui propose une externalisation complète sur une plateforme sur une infrastructure et une plateforme ouverte à tous. Les solutions de mail, type hotmail, en sont un exemple. Dans le monde B2B, Salesforce.com fait partie de cette catégorie. À l’inverse, nous pouvons avoir cette architecture dans le cadre de l’entreprise avec une recentralisation dans les centres de données de l’entreprise : le Cloud privé avec une infrastructure et une plateforme unique pour tous les utilisateurs de l’entreprise. Il est possible de panacher les deux formes pour obtenir aujourd’hui un Cloud dit hybride. Il est aussi possible d’externaliser le Cloud privé chez un prestataire. Devant la nouveauté du concept et certains freins culturels sur le contrôle des données et des processus, la sécurité, les entreprises, entreprises, et les offreurs du marché, privilégient actuellement le Cloud privé.
Les avantages du Cloud privé sur les Clouds publics
selon les résultats d'une étude de PAC sur le Cloud parue en avril dernier.
Une étude de PAC rendue publique en avril dernier démontrait cette volonté stratégique des entreprises françaises : 71 % des entreprises interrogées à cette occasion déclaraient investir en premier dans ce type de nouvelle architecture loin devant l’hybride (13 %). Le Cloud public était réduit à la portion congrue (7 %). Un quart de ces mêmes entreprises considéraient cet investissement stratégique. Et 56 % le considéraient comme important.
Un impact fort sur l’économie
CEBR, pour le compte d’EMC, vient de sortir une étude sur l’impact que pourrait avoir le Cloud sur les économies des cinq principaux pays européens. Si les avantages du Cloud dans le secteur IT apparaissent comme quasi évidents, les impacts collatéraux sur l’économie, en termes d’emplois et d’opportunités d’affaires, sont encore plus significatifs. L’étude estime les bénéfices économiques cumulatifs sur cinq ans à près de 763 milliards d’euros. Des impacts aussi sur l’emploi avec des créations en nombre important dans tous les pays de la zone. Ce bilan est cependant à contraster selon les secteurs d’activités, avec des secteurs plus en avance que d’autres comme la banque et l’assurance par rapport au manufacturing qui semble un peu à la traîne.
Le calcul effectué par CBRE dans son étude pour EMC des
bénéfices économiques apportés par le Cloud dans la zone EMEA.
Rien que pour la France, ces avantages économiques cumulés se monteront selon l’étude à 162,8 milliards d’euros, soit l’équivalent de 1,5 point de croissance. Le Cloud privé pèsera aux environs de 34 % de cette masse, alors que l’hybride pourrait atteindre les 40 %. La principale contribution du Cloud sera de créer un élément favorable dans la création d’affaires. La France profitera moins que les autres grandes économies européennes des réductions de coût. Les créations d’emploi en rapport seraient de 469 000 créations de postes, ce qui est cependant relativement moindre que dans les autres pays visés par l’étude, du fait des caractéristiques du marché du travail français. Comme nous l’a indiqué Jean-Yves Pronier, directeur marketing d’EMC France, l’étude va connaître de nouvelles vagues avec un focus sur les secteurs d’activités.
Le réseau de partenaires devient crucial
Si les offreurs passent souvent en direct pour proposer leurs offres aux grands comptes, qui sont intéressés par une évolution de leur système d’information sur un Cloud privé, la plupart des éditeurs ou fournisseurs voient des opportunités sur le segment des PME. Pour les toucher, ceux-ci privilégient toujours un modèle indirect en s’appuyant sur des grossistes, ou distributeurs à la surface respectable, qui sont en charge de gérer l’ensemble du canal de vente indirect. Microsoft a ainsi signé un partenariat avec Ingram pour mettre en place cette structure. Pour la distribution de ses produits, dont Business By Design, SAP a revu également sa stratégie vers les PME en mettant en place ce même modèle.
Des acteurs plus petits se mettent aussi sur les rangs. Dès l’origine, Acronis avait adopté ce modèle indirect et l’a étendu à ses offres en Cloud. David Junca, son directeur général pour l’Europe du Sud, considère que
« le channel et le prix sont essentiels pour la compétitivité et la clé pour toucher le marché des PME ». i365, une entité du groupe Seagate, a mis en place le même modèle avec ses partenaires pour revendre son offre de sauvegarde en ligne. L’importance pour les offreurs de Cloud de disposer de réseaux de partenaires puissants, laisse augurer de beaux jours pour le secteur, même si les modèles de rétribution peuvent varier fortement. Le secteur de la distribution informatique devra lui aussi s’adapter à ce nouveau modèle et voir si la récurrence des revenus va compenser le modèle de valeur ajoutée de prestations de services actuel.
Une adoption encore lente
Si tous les signaux sont au vert sur l’intérêt des entreprises vis-à-vis du concept, le passage à l’acte est encore lent. Les PME se tournent principalement vers le SaaS ou des Clouds très packagés avec assez peu d’autonomie ou de personnalisation sur le mode je prends ou je laisse. Pour beaucoup, elles découvrent le concept et n’ont pas la maturité ni les connaissances pour bien maîtriser cette architecture. Elles le prennent comme une autre forme d’externalisation.
Dans les grandes entreprises, le contexte est différent avec un intérêt fort, mais les débats sur la méthode à employer pour aller sur le nuage se poursuivent. Les interrogations se cristallisent autour de thèmes qui sont aujourd’hui considérés comme des freins : sécurité, contrôle des données, intégration avec l’existant, dépendance au réseau, calcul des prestations offertes…
Les premiers essais sont venus souvent des directions métier qui ont négligé le service informatique et ont utilisé le Cloud sans véritablement associer l’informatique pour des usages immédiats. La situation se régularise peu à peu et la DSI redevient aujourd’hui le principal acteur de l’évolution vers le Cloud, selon l’étude de PAC précitée. En fait, les grandes entreprises commencent modestement, pour prouver des retours positifs, puis étendent alors à d’autres solutions éligibles. Ce système permet aussi d’apprendre le fonctionnement et de maîtriser l’exploitation en Cloud et de gérer les impacts sur l’organisation que peut avoir l’informatique en nuage sur les équipes et les processus. Cette phase de transition devrait durer entre deux et trois ans, période au bout de laquelle le Cloud, en tout cas dans sa déclinaison privée, devrait devenir le mode d’exploitation habituel des grandes entreprises.