vendredi 25 mai 2012
 
Les Dossiers de L'Informaticien
Chaque mois, L'Informaticien vous propose un dossier complet sur un des grands enjeux du SI et des nouvelles technologies. Vous pouvez également consulter nos dossiers archivés pour accéder aux parutions des mois précédents... Bonne lecture !

STOCKAGE : Faire face à l’explosion des données

par Bertrand Garé - Dossier publié par le magazine L'Informaticien le 01/11/2010 Article Rating
Stockage

Selon des chiffres fournis par Hitachi Data Systems lors d’une récente présentation à Amsterdam, le volume des données augmente de 50 % par an. La plupart de celles-ci sont générées par les entreprises elles-mêmes dans le cadre de leur activité quotidienne. C’est sans compter avec les data non ou semi-structurées qui proviennent de l’extérieur de l’entreprise. Un tel volume devient de plus en plus difficile à absorber par les infrastructures de stockage. Si les technologies permettent de faire face pour l’instant, il convient de s’interroger sur les coûts induits par l’explosion de la volumétrie en rapport des investissements possibles dans ce contexte économique incertain. L’émergence de certains modèles différents comme le Cloud renforce cette tendance. Visite d’un secteur de plus en plus sensible et stratégique dans les entreprises.

APRÈS LA BATAILLE AUTOUR DE 3PAR
Un secteur en pleine consolidation


Le rachat de 3PAR, qui a finalement été réussi par le leader mondial HP, a mis le stockage sous les feux de l’actualité. Pour les observateurs, ce rachat est le signal d’une nouvelle vague de consolidation parmi les acteurs du secteur, si elle ne s’est jamais arrêtée ! Le nom de cibles possibles est déjà murmuré. Regard sur les mouvements récents du marché du stockage.

2,4 milliards de dollars, soit environ 12 fois le chiffre d’affaires ! Pour acquérir 3PAR, HP a mis le paquet. Pour certains, ce rachat irait même audelà du raisonnable. HP n’est pas le seul. Dell, qui a jeté l’éponge pour acquérir 3PAR, cherche aussi à compléter sa gamme dans le stockage avec des solutions pour couvrir le haut du marché. IBM vient pour sa part de racheter StorWize et sa technologie de compression de données. À peine achetée, la solution est d’ores et déjà intégrée dans les offres du constructeur pour servir le segment midrange. Ce rachat n’est que le dernier d’une longue liste d’emplettes effectuées par le constructeur d’Armonk. Mais pourquoi une telle frénésie et de tels prix pour des entreprises, qui comme 3PAR, n’ont jamais réussi à gagner de l’argent ?

Deux fois plus de marges dans le stockage que dans les serveurs
Les grands constructeurs dressent tout d’abord un constat. Les serveurs leur apportent de moins en moins de revenus et les marges sont de plus en plus faibles. Celles apportées par le stockage sont deux fois plus importantes que les marges dégagées par les serveurs, nous a indiqué Bob Fine, en charge du marketing produit chez Compellent.

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Cyril Van Agt, responsable avant-vente chez NetApp, s’appuie sur des chiffres récents de IDC pour commenter les derniers mouvements sur les parts de marché. « Selon IDC, les spécialistes gagnent des parts de marché au détriment des généralistes. Ces derniers musclent leurs offres en rachetant des spécialistes avec des technologies qu’ils n’ont pas en portefeuille. » Paul Thackeray, VP EMEA de Data Robotics, acquiesce : « Les grands du marché comme HP se font à l’idée qu’ils ne peuvent pas tout faire. Ils recherchent des alliances ou rachètent les technologies qu’ils n’ont pas. » Andy Walsky, VP ventes et marketing pour la zone EMEA d’Overland ajoute : « Pour les grands constructeurs, c’est le moyen d’assurer de la croissance car la croissance se fait aujourd’hui dans le stockage. »
On ne peut qu’être d’accord avec Andy Walsky. Selon IDC, le marché du stockage a connu une croissance de plus de 20 % en un an. Même si la base de comparaison avec 2009 peut sembler trompeuse du fait de la crise économique mondiale, le rythme affiché reste un rayon de soleil sur l’ensemble de l’industrie informatique.Pour le cabinet Context, la croissance en France est de 32 % sur les deux derniers trimestres de 2009 et le début decette année. Au Royaume-Uni, cette croissance n’est que de 1 %. Le différentiel s’expliquerait par l’abandon des solutions de type bandes dans ce pays, alors qu’elles seraient encore très prisées en France et en Allemagne où elles représentent encore près de 30 % des ventes.
Ces mouvements et les opérations de rachat ne devraient cependant pas changer totalement le paysage de l’industrie. Les partenariats encore en place devraient se poursuivre. Ainsi, le partenariat entre Hitachi Data Systems et HP va perdurer. Si HP vise à long terme de placer l’offre de 3PAR récemment acquise au coeur de son portefeuille de stockage, 3PAR ne fait pas tout. En particulier dans les environnements mainframe, où HDS garde toute sa validité technologique. D’ailleurs, chez Hitachi Data Systems, même si on ne commente pas directement cette question on fait remarquer que la fi n du partenariat avec Sun, acquis par Oracle, a eu pour conséquence de faire grimper les parts de marché de Hitachi Data Systems. On n’est donc pas inquiet outre mesure chez Hitachi ! Dans le secteur, la « coopétition » semble de mise et personne ne s’en offusque. Tout du moins officiellement.

Classement_fabricants_systemes_stockage

La consolidation du secteur n’est pas terminée

Pour toutes les personnes que nous avons interrogées lors de cette enquête, le mouvement devrait continuer et se concrétiser rapidement par de nouveaux rachats ou des fusions. Damian Saura, chez MTI, un intégrateur spécialisé dans le stockage et les solutions de protection des données, est de cet avis : « La vision du marché devrait changer d’ici à Noël. » Cyril Van Agt (NetApp) ne donne qu’un avis personnel, mais considère que la consolidation du secteur devrait continuer. Paul Thackeray (Data Robotics) pense lui que la tendance est là et que la reprise économique pourrait bien accélérer le mouvement. On ne citera que certains noms de cibles possibles, car les rumeurs circulent de plus en plus et il est parfois diffi cile de démêler le vrai du faux en la matière. Compellent, CommVault sont les noms les plus souvent cités. Des acteurs dans le secteur des réseaux dans les centres de données pourraient aussi faire partie de la charrette. Blade Network a déjà basculé dans la fosse mais de jeunes entreprises comme Arista ou A10 pourraient connaître un sort analogue. Les autres cibles évoquées sont Brocade, Isilon Systems, voire Pillar Data Systems ou Teradata. Dans le domaine du logiciel, FalconStor, Datacore sont en ligne de mire. C’est sans citer de nombreuses start-up spécialisées, comme Caringo (stockage de contenu numérique). De quoi alimenter la chronique pendant de nombreux mois. Cette frénésie d’acquisitions de technologies a pour but de réduire le temps de mise sur le marché de solutions pouvant remédier aux principaux problèmes du moment comme l’explosion du volume des données à stocker, mais aussi l’obligation de se préparer aux nouvelles tendances du marché comme le Cloud.

Le Cloud à l’état de projet, le plus souvent

L’adoption de ce nouveau modèle d’architecture informatique reste cependant une énigme. Si les États-Unis semblent aller rapidement vers ce modèle, les autres zones géographiques ne s’engagent que modérément sur le sujet. Cela ne veut pas dire que la bascule vers le Cloud n’interviendra pas dans les mois à venir.Andy_Walsky

Andy Walsky, chez Overland, raconte : « Lors d’une présentation devant des distributeurs en Allemagne, j’ai demandé combien d’entre eux avaient mis en oeuvre des projets de Cloud Computing ou de stockage en nuage. Moins de 1 % ont levé la main. Il y a encore beaucoup de blabla, mais nous nous attendons à plus de choses concrètes l’année prochaine dans le Cloud privé. » Selon une étude de Portio Research pour le compte de Colt Telecom, 71 % des DSI français déclarent bien connaître le Cloud : 54 % de ceux-ci préféreront recourir à une solution de service Cloud externalisée, tandis que 29 % font le choix d’une solution en interne. Trois DSI sur quatre en France vont consacrer près de 40 % de leur budget à de telles solutions. Ce mouvement s’accompagne d’une adoption quasi systématique de la virtualisation dans les entreprises. La virtualisation va d’ailleurs rester dans les cinq ans à venir la technologie qui aura l’impact le plus fort sur les systèmes d’information, selon le cabinet Gartner. Ces deux tendances de fond tendent à complexifier l’infrastructure et demandent des processus de stockage un peu différents de ceux que nous connaissons habituellement. Couplée à une forte croissance du volume des données du fait de l’utilisation massive du mail et d’autres outils en ligne, l’équation risque de devenir difficile à résoudre. Non pas au plan technique, car les achats et autres évolutions techniques permettent de suivre le rythme jusqu’à présent, mais en termes financiers, il n’est pas sûr que les entreprises puissent suivre sans se saigner à blanc. Même l’année dernière, les budgets en rapport avec le stockage ont été quasiment les seuls à ne pas diminuer alors que de 10 à 15 % du budget IT lui est consacré dans les entreprises. Il est le deuxième poste de dépenses en importance après le salaire des personnels IT.
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