ERP, progiciels de gestion de la relation client, de la chaîne d’approvisionnement, de la conception de produit. Autant d’éléments désormais indispensables pour une bonne marche de l’entreprise. Mais aujourd’hui quels sont les facteurs qui pourraient pousser le management à faire évoluer ce socle informatique pour parer les aléas de la conjoncture ou préparer la reprise qui peu à peu se profile ?
La crise a-t-elle créé de nouveaux besoins ? Quels sont-ils ? Car il faut aussi pour les DSI tirer les leçons de la période récente. Ce qui entraînera à coup sûr de nouvelles exigences vis-à-vis des éditeurs de solutions de gestion et de leurs partenaires.
ERP
Les catalyseurs du changement sont là !
Après une année 2009 proche du catastrophique,les éditeurs d’ERP pansent leurs plaies. Ils se relèvent peu à peu en renouvelant leurs offres et en cherchant de nouveaux relais de croissance, pour profi ter d’un contexte dans lequel de multiples facteurs favorables au changement se font jour.
2009 a vu un tassement conséquent du marché de la gestion intégrée. Le cabinet Forrester parle de 11 % de baisse sur un marché global évalué à 39 milliards de dollars en valeur pour cette même année. Mais les éditeurs d’ERP veulent aujourd’hui voir le côté à moitié plein de la bouteille pour les mois à venir. Toujours selon le cabinet Forrester, la conjoncture devrait s’améliorer un peu avec une croissance molle de 2,7 % par an jusqu’en 2013. Cette croissance devrait surtout être tirée par les revenus de support et de maintenance. Cependant 2010 et surtout 2011 devraient permettre une évolution positive du fait de la conjonction de différents facteurs favorables au marché.
Une maturité plus grande
Pour le choix et l’évolution de leur ERP, les entreprises ont aujourd’hui beaucoup appris du passé et de la crise récente. D’ores et déjà elles procèdent par élimination en évitant les mises en oeuvre trop longue ou les produits connaissant des diffi cultés à s’intégrer dans des environnements existants. Emmanuel Obadia, vice-président senior en charge des produits X3 et FRP chez Sage, le constate :
« Les clients sont beaucoup plus pragmatiques et en demandent plus sur la valeur apportée. Ils ne sont pas sur le buzz marketing et il faut être à l’écoute des problèmes métier. Les clients ne veulent plus de compromis sur la solution ou sur la couverture fonctionnelle. »
Cédric Ternois de Jalix, intégrateur de solutions ERP chez Microsoft, ajoute :
« L’existant fonctionne, il faut donc que les prochains ERP fassent plus ou mieux ». Le mieux se concrétise souvent par un déploiement beaucoup plus court qu’auparavant, même s’il faut prendre en compte le fait que les périmètres des projets sont souvent plus petits. Cédric Ternois poursuit :
« Pour le paramétrage, il faut compter au maximum 10 à 15 jours. » Jean-Rémy Lescure, DGA de GFI Infogen, une entité du groupe GFI, voit un changement dans les comportements :
« Après le gros trou à la fin de 2008 et en début 2009, les projets ressortent et les entreprises réinterrogent le marché. Mais elles se comportent différemment avec des périodes de choix plus courtes, d’environ 4 mois pour 10 mois auparavant. Les négociations se font plus intenses sur les prix et les entreprises sont très regardantes dans les cahiers des charges qui ressemblent de plus en plus à la lettre au père Noël. Ajoutez-y les tests sur des jeux d’essais qu’il faut respecter à la lettre. Au milieu de tout ça, vous devez discerner les vrais besoins de l’entreprise.»
Les facteurs de changements
Amor Bekrar, qui préside aux destinées en France d’IFS, un éditeur d’ERP suédois, voit trois principaux motifs d’évolution de l’ERP :
« Les déclencheurs d’une évolution sont sur trois axes : le volet technique, les applicatifs et la stratégie métier de l’entreprise. »
Au plan technique, il constate que l’obsolescence ou la fin de support d’un produit ou d’une base de données est une forte incitation à une évolution.
« Mais le coeur de la décision est tiré par le métier de l’entreprise et c’est lui qu décide de l’investissement. Le plus souvent, ce n’est pas pour gagner sur le SI mais pour vendre plus vite ou avec plus de marge. De plus, les entreprises ne refondent que rarement tous leurs processus, car ce serait montrer qu’elles se seraient totalement trompées. Cela se réalise plus comme une optimisation de ce qui existe », ajoute-t-il. Et dans ce cas, cette mise à niveau ne se réalise pas forcément sur le logiciel présent dans l’entreprise.
Pour Emmanuel Obadia (Sage), les entreprises restent toujours concernées par la gestion de leur trésorerie et sont donc plutôt demandeuses d’outils de pilotage, même si elles ont un peu plus de visibilité qu’un an plutôt.
Il est à remarquer que les évolutions réglementaires font partie de l’ensemble mais qu’elles ne sont plus un facteur de changement. Les éditeurs ont le plus souvent intégré ces variations dans leur programme de support et apportent ces modifications sans surcoût.
Jean-Louis Decosse, directeur technique de Cegid, y voit cependant toujours un processus lourd et une bonne raison pour évoluer. Ces différents facteurs se retrouvent aussi dans des contextes comme les fusion-acquisition qui restent un moment clé de l’évolution des environnements de gestion dans les entreprises.
Isabelle Saint-Martin, chef de produit ERP chez Microsoft, ajoute un motif de changement :
« Certaines entreprises se font forcer la main par leurs donneurs d’ordres pour évoluer et entrer dans le système mis en place. Ils ont l’obligation de mise en oeuvre. »
Pour Jean-Rémy Lescure (GFI Infogen), les entreprises ne sont pas dans la volonté de changer de système ERP.
« Nous activons les contacts sur des éléments périphériques comme la mobilité ou la mise en oeuvre d’un site Internet devant dialoguer avec un ERP. Nous apportons des solutions sur ces éléments puis pour créer des motifs d’évolution. Sans ces motifs complémentaires,les entreprises n’investissent pas car, pour elles, il n’y a pas urgence à changer un système qui fonctionne. »
On voit donc plutôt une reprise du marché tirée par une extension des modules présents ou par des apports de nouvelles fonctionnalités et non sur un changement radical. Lorsque celui-ci a lieu, il se déroule dans des projets très cadrés avec une bascule en Big Bang. La plupart des entreprises n’ont pas les ressources pour maintenir deux systèmes en même temps et basculer progressivement d’un système à l’autre.
D’ailleurs Cédric Ternois (Jalix) dessine l’ERP idéal : facile à intégrer, interopérable avec les autres logiciels présents et riches fonctionnellement. Cette richesse fonctionnelle englobe les déclinaisons métier ou verticales qui retrouvent la faveur des entreprises. Encore faut-il que cette verticalisation soit assez souple pour permettre des personnalisations aux processus spécifi ques de l’entreprise, car si les bonnes pratiques dans un domaine comme les ventes sont utiles pour structurer les processus, on ne vend pas des saumons comme des pianos ou des articles électroniques. D’ailleurs, les entreprises ont déjà essuyé les plâtres de tels outils qui leur imposaient des pratiques qui n’étaient pas les leurs. Isabelle Saint-Martin précise : « La verticalisation est une piste privilégiée chez Microsoft. » Après avoir laissé la main à des partenaires sur ce domaine, Microsoft évolue. Le lancement d’une solution spécifi que pour le monde de la distribution lors du dernier salon EquipMag en est un premier signe.
Un paysage sans nuage
Malgré la forte poussée sur des zones géographiques comme les États-Unis, l’ERP en Cloud ne fait pas encore partie des musts. Cette résistance actuelle ne concrétise donc pas les espoirs que portent les éditeurs sur ce mode de commercialisation en tout cas dans le court terme. Cependant, Jean-Louis Decosse (Cegid) admet que :
« Les freins idéologiques comme sur la sécurité des données ou la perte de contrôle sur le SI tombent peu à peu. » Dans les faits, il est vrai que les offres se multiplient et que la plupart des acteurs du marché proposent désormais une offre en SaaS ou sur le nuage. Amor Bekrar (IFS) ne voit pas dans le Cloud un moteur d’investissement mais la solution peut être intéressante pour tester un marché.
Autre thème de réfl exion important dans les entreprises : le Green ou le durable. Pour rationaliser les processus de production en allant bien au delà de la simple réduction des coûts. Car il s’agit bien de créer de la valeur tout en apportant une plus grande rentabilité.