On ne maîtrise que ce que l’on peut mesurer. En informatique, il en est de même. Supervision, administration de système et gouvernance tiennent ce rôle. Les acteurs présents sur ce marché sont nombreux et d’origines diverses. Malgré de forts besoins, le marché de ce secteur ne connaît qu’une faible croissance. Ce n’est cependant pas faute de multiplier les outils à tous les niveaux du système informatique. Comme pour d’autres acteurs de l’informatique, de nouveaux modèles de commercialisation apparaissent. Open Source et Cloud sont les deux principales tendances du moment. Tout aussi importants : les outils se rationalisent et embarquent de bonnes pratiques en provenance de « standards » ou de référentiels comme ITIL ou Cobit.
Un marché en croissance molle
Les tendances sur le marché des outils d’administration, de supervision et de gouvernance peuvent sembler paradoxales. D’un côté, les entreprises affichent une forte demande d’outils leur permettant d’optimiser l’exploitation et la production de l’informatique. De l’autre, le marché est stagnant ou suit une croissance assez molle, comme le démontre une étude de Forrester Research sur le secteur.
Depuis plusieurs décennies, les outils de supervision et d’administration abondent dans les entreprises. Durant les dix dernières années, ils ont même fortement progressé. L’utilisation intensive de SNMP en est un exemple précis. L’apport de bonnes pratiques avec ITIL ou d’autres référentiels et standards ont permis de préciser les processus dans le secteur.
Anis Youssefi, responsable chez Neurones de l’offre management du SI, constate : « La production informatique dans les grands comptes est de plus en plus mature. Ces entreprises sont largement équipées et maîtrisent leur environnement par silos techniques verticaux. ». Il ajoute : « Les DSI des grandes entreprises ont investi massivement et dépensent encore beaucoup pour le maintien de ces solutions en conditions opérationnelles. » Antoine Duriez en charge du département Set Off Datacenter chez Devoteam explique : « Les outils ont été très performants sur la collecte des données. Aujourd’hui, la question importante est de pouvoir traiter ces données pour obtenir une qualité de service optimale. »
Ces outils demandent cependant des évolutions sous l’impulsion de différentes forces : les impacts de la crise et de nouvelles technologies ouvrant de nouveaux besoins.
Mais avant tout cela, il s’agit aussi de savoir où l’entreprise en est exactement dans son système d’information. Des entreprises de conseil ou d’audit, comme Compass, proposent des services de benchmarking pour à la fois faire un point précis sur la situation informatique de l’entreprise et comparer les pratiques de l’entreprise avec les meilleures dans son secteur.
Les impacts de la crise
Le recul marqué des deux dernières années a eu un impact fort sur les entreprises et par voie de conséquence sur les services informatiques et leurs budgets. La situation actuelle est de respecter le bon vieil adage de tous les services informatiques : faire plus avec moins ! Ce « faire plus » passe par une optimisation et une automatisation des tâches d’exploitation et de production donc, normalement, par un recours accru à des outils permettant d’optimiser le fonctionnement de l’informatique. Ce rôle premier et fondamental des outils d’administration n’est cependant plus suffisant.
Forrester Research, un cabinet d’analyse américain, est du même avis et prévoit que les outils du secteur vont évoluer vers un rôle plus stratégique et plus orienté vers les aspects métier de l’entreprise. Dans les sociétés de services, ce virage a déjà été pris. Jusqu’alors rattachées à la supervision, les offres sont maintenant appelées « Hypervision ». Ce concept recouvre tous les aspects de l’administration de système, telle que nous la connaissons actuellement, en lui ajoutant l’analyse sur les impacts métier de l’activité de supervision. Il ne s’agit plus seulement de savoir quel serveur est en panne ou quelle application ne fonctionne plus, mais de trouver rapidement quels sont les services de l’entreprise rencontrant des difficultés de ce fait et de savoir combien cet incident va coûter au métier de l’entreprise. Ce point est important pour prioriser les incidents.
Pour les fournisseurs d’offres sur le marché, cette évolution marque aussi la recherche de nouvelles propositions de valeurs du fait d’une banalisation de leurs outils dans les couches basses. Certaines fonctions, comme la « découverte » des équipements connectés sur le réseau de l’entreprise, sont désormais dans tous les outils du marché. Certains embarquent même ces éléments de couches basses dans des appliances, des sortes de serveurs dédiés à ces tâches devenues courantes. Ces équipements pourraient d’ailleurs être fournis par des vendeurs spécialisés pour être embarqués sur des plates-formes de plus haut niveau par des partenariats de type OEM.
Cette banalisation a évidemment un impact sur les revenus des « offreurs » sur le marché, mais aussi sur le prix des solutions. Ce prix est d’ailleurs tiré vers le bas avec l’apparition de plus en plus d’offres Open Source proposant ces outils de couches basses de l’administration de système.
Ce fait peut expliquer en partie la faible croissance du secteur qui a été de +3% en 2009. Selon Forrester Research, la croissance devrait être plus forte cette année, sans toutefois excéder les 7%. Cette croissance devrait d’ailleurs être inégalement répartie et suivre des aspects tactiques avec la mise en œuvre de solutions sur des secteurs précis et en développement comme l’administration des environnements virtualisés. Il faut y ajouter le fait que de nombreux projets sont mis en place pour faire face à des difficultés dans l’exploitation ou la production. Forrester Research y ajoute la gestion des performances des applications, la gestion des capacités et le déploiement automatisé (provisioning). Le contexte de crise semble encore freiner les entreprises sur une réflexion en profondeur sur ces points, alors qu’elles traitent les urgences. Il est à noter que les outils dont nous parlons sont le plus souvent orientés vers les grandes et très grandes entreprises dont les besoins en la matière sont évidents. Ces outils sont cependant moins pertinents pour les entreprises de tailles moyenne et petite.
De nouveaux modèles comme le SaaS (Software as a service) ou le Cloud Computing pourrait combler ce vide pour les petites et moyennes entreprises et apporter un relais de croissance aux grands acteurs de ce marché.
De nouveaux besoins
Le marché évolue aussi avec l’apparition de nouveaux besoins dus à l’émergence de nouvelles technologies fortes. La plus visible est certainement la virtualisation. Dans la ligne de mire, le Cloud se profile déjà. Ces technologies et moyens de consommer l’informatique demandent aux outils d’administration des fonctions différentes. Ils induisent de plus des notions de volume nécessitant un outillage. Au-delà de 1 000 serveurs, la vision exacte du nombre de machines s’estompe et il devient difficile d’avoir une idée précise du parc. Cet effet de seuil existe aussi pour les administrateurs des centres de données. Au-delà de deux cents machines, et nous incluons les machines virtuelles présentes sur les machines physiques, il devient nécessaire de disposer d’un outillage pour automatiser les tâches courantes. Les ratios anciens comme un administrateur pour 10 à 15 machines ne semblent plus avoir la même validité aujourd’hui. La virtualisation est encore une technologie jeune et donc encore imparfaite avec des possibilités partielles de standardisation et donc, par voie de conséquence, d’optimisation partielle dans les centres de données. Si les grands acteurs du marché sont évidemment présents sur cet aspect d’administration et de gestion de la virtualisation, la technologie elle-même a amené de nouveaux acteurs spécialisés comme Veeam et Vizioncore, principalement sur les environnements de VMware, mais aussi Quest Software sur les mêmes environnements et Hyper-V de Microsoft, ou encore Citrix sur Hyper-V et Xen.
Il en est de même pour le Cloud Computing qui, pour le secteur, va être ambivalent. Il va être le vecteur de nouvelles offres dans le domaine. Des acteurs comme CA Technologies (ex Computer Associates et ex CA) se placent déjà sur ce point en proposant de nombreuses offres existantes sur un modèle classique sous cette forme et un modèle commercial d’abonnement.
À l’inverse, le Cloud avec l’effet de volume qu’il nécessite, va devenir un gros consommateur de ce type de services avec le besoin d’une automatisation nécessairement accrue pour répondre à la demande de services.
Les évolutions prévisibles
Les services informatiques des grandes entreprises ont déjà commencé leur mutation en centres de services qu’ils peuvent fournir à la fois en interne ou sur tout l’écosystème de l’entreprise. Le recours à des outils d’administration ne devrai t pas seulement couvrir les aspects d’administration que nous connaissons aujourd’hui, mais devront aussi permettre un contrôle et un audit des services fournis pour permettre en interne le recensement des services présents dans le catalogue de services et en externe pour prouver la qualité et la réalité de la prestation. Les entreprises de taille plus petite devraient principalement être des consommatrices de ce type de services pour optimiser certaines parties de leur production informatique ou contrôler leurs relations avec les prestataires qu’elles auront choisi.