L'homme, que beaucoup considèrent comme le père du World Wide Web, était en France à l'occasion de la conférence mondiale du Web du W3C (dont il est le Président). Il y a exprimé ses inquiétudes quant aux libertés
numériques, et s'est montré à nouveau hostile aux écosystèmes fermés.

La conférence WWW2012 se déroule actuellement à Lyon (du 16 au 20 avril). Elle regroupe des tables rondes, des keynotes, des ateliers, etc., et voit les plus grands acteurs du Web mondial se succéder sur ses estrades.
Tim-Berners Lee y a tenu une conférence hier matin, durant laquelle il a abordé de nombreux sujets. Il s'est d'abord exprimé au sujet des applications pour smartphones, dont il reconnaît le succès bien mérité, mais dont le mode de fonctionnement l'inquiète. En effet, elles sont cloisonnées dans des écosystèmes fermés.
Des applications universelles
Une situation qui ne peut que déplaire à un partisan de l'Internet ouvert tel que Berners-Lee, qui plaide pour l'émergence d'applications Web écrites en HTML5. De cette façon, les logiciels pourraient s'utiliser avec n'importe quel navigateur. Ils seraient donc compatibles avec tous les OS mobiles du marché.
"Si quelqu'un vous demande de développer une application mobile, dites-lui qu'une application web ouverte peut être tout aussi bonne, tout aussi sexy. Si vous utilisez HTML5, vous n'avez pas besoin de réécrire une application pour chaque système. Le Web, ce sont des standards, et chaque internaute doit pouvoir accéder au même contenu", a-t-il déclaré, comme le rapporte Le Point.
Le Web sera ce qu'on en fera
Pour lui, tous les acteurs du Web ont "les cartes en mains mais personne ne peut aujourd'hui dire ce que sera le web de demain". Il est donc important de réfléchir pour construire ce futur, en allant dans la bonne direction.
Il poursuit en évoquant ses inquiétudes concernant la confidentialité sur Internet et l’utilisation des données personnelles, et lance une pique envers divers projets de loi récents (Acta, Sopa, etc.) : "Il y a un nombre incroyable de lois discutées dans les parlements, sans que la plupart des gens ne s'en rendent compte".
Il demande aux acteurs du Web, en particulier les développeurs, de consacrer 10% de leur temps à veiller sur la confidentialité des données des internautes, notamment en empêchant des tiers de les exploiter.
Il estime que les gouvernements essaient actuellement de "contrôler ou espionner le Web", et, si il y parvenaient, les Droits de l'Homme s'en trouveraient "détruits". "Cette idée que nous devrions régulièrement enregistrer des informations sur les gens est évidemment très dangereuse", déclare-t-il.
Il appelle à la vigilance, à l'égard des gouvernements, mais aussi par rapport à la façon dont on partage ses informations sur Internet. Selon lui, il n'est pas possible de savoir ce qu'il sera fait des données personnelles des internautes dans le futur. Un fait que les utilisateurs de la Toile devraient garder à l'esprit.
La menace CISPA
Il s'en prend aussi au Cyber Intelligence Sharing and Protection Act (CISPA), un projet de loi américain qui doit être voté la semaine prochaine, et qui permettrait au gouvernement de consulter les données personnelles sous couvert de protéger le pays de cyberattaques potentielles. CISPA menace "les droits du peuple américain, mais aussi ceux du monde entier, dans la mesure où ce qui se passe aux États-Unis tend à concerner le reste du monde. Même si les projets de lois SOPA et PIPA ont été arrêtés par de fortes mobilisations, il est stupéfiant de voir la vitesse à laquelle le gouvernement américain est revenu avec une nouvelle mais différente menace pour les droits de ses citoyens".
Il regrette de plus que l'utilisation du Web soit réduite au téléchargement illégal. Pourtant, "l'Internet est plus grand que l'industrie de la musique. L'impact économique de l'internet est plus grand que celui de l'industrie de la musique", rappelle-t-il, tout en se disant favorable aux offres légales, tant qu'elles n'émanent pas des majors.
Demandez vos données personnelles à Google et Facebook !
Enfin, il évoque les réseaux sociaux, dont une caractéristiques le dérange, le fait "qu'ils aient mes données tandis que je ne les ai pas". Il poursuit : "Mon ordinateur dispose d'une compréhension approfondie de ma forme physique, de mon alimentation, des endroits où je me trouve. Mon téléphone comprend en étant dans ma poche les efforts physiques que j’ai pratiqués et combien de marches j’ai grimpées, etc. Exploiter ces données pourrait fournir des services extrêmement utiles aux personnes, mais seulement si leurs ordinateurs avaient accès aux données personnelles détenues à leur sujet par les géants du web".
Il encourage enfin les internautes à demander leurs données à Facebook et à Google.