jeudi 24 mai 2012
 

Musique : il faut écouter Neil Young…

…aussi quand il parle.

La jeunesse MP3isée ne connaît peut-être pas cet artiste canadien de 66 ans qui entama sa carrière en solo en 1965 et connût son apogée dans les années 70 avec le fameux groupe Crosby, Stills, Nash & Young en plus d’une carrière solo rythmée par des hauts et des bas. L’album Harvest paru en 1972 figure dans toute bonne discothèque d’un presque cinquantenaire et tous les apprentis guitaristes de cet âge ont débuté avec Words, Heart of Gold et tous les autres. Certes, les véritables amateurs de Neil Young vous battront froid en préférant d’autres albums moins commerciaux comme Zuma et son déchirant morceau Cortez the Killer mais là n’est pas la question.

Si nous écrivons aujourd’hui à propos de Neil Young, ce n’est pas pour effectuer une chronique musicale ou une rétrospective de son immense carrière mais pour relater et le remercier des propos qu’il vient de tenir sur All Things Digital, le blog techno du Wall Street Journal. Que dit en substance notre presque septuagénaire ? Que le principal problème de la musique actuelle est la qualité sonore. Merci à toi vaillant artiste de dire avec force ce que nous croyions être parmi les seuls à défendre. Le problème de la musique n’est pas principalement le piratage mais le nivellement des oreilles par le bas. Que les majors nous vendent de la musique numérique de qualité et pas du gloubiboulga sonore et nous l’achèterons. Que dit M. Young ? « Mon but est d’essayer de sauver la forme d’art que j’ai pratiqué durant les 50 dernières années. Nous vivons dans l’âge numérique et, malheureusement, cela dégrade notre musique et ne l’améliore pas ».

Notre confrère John Paczkowski rappelle que les schémas d’encodage de la musique pour nos smartphones et autres baladeurs ne prennent qu’un faible pourcentage des données présentes dans un enregistrement original. Neil Young ajoute : « ce n’est pas que le numérique soit mauvais ou inférieur. C’est que la manière dont il est utilisé ne rend pas justice à l’art musical . Le MP3 n’a que 5% des données présentes dans un enregistrement original. Le confort de l’âge numérique a obligé les gens à choisir entre la qualité et le confort mais ils ne devraient pas avoir à faire ce choix ».

Jobs et le Vinyle


Pour lui, les grands promoteurs de la musique numérique doivent s’emparer de ce combat et rééduquer les oreilles. Il cite l’exemple de Steve Jobs, l’un des plus fameux, qui écoutait – chez lui – des disques vinyle. « Si Steve Jobs avait vécu plus longtemps, il aurait fait ce que j’essaye de faire ». Nous ne sommes pas obligés d’y croire mais cela fait du bien à entendre.

Pas grand monde ne se pose la question de savoir pourquoi la musique classique ou le jazz sont moins piratés que la soupe qui nous est servie quotidiennement. La réponse est évidente : c’est tout simplement parce que les amateurs de ces genres sont de vrais mélomanes qui souhaitent écouter de la vraie et bonne musique et pas du badaboum tching tching sur une installation grande comme une boite à chaussures, enceintes comprises. Voilà pourquoi les ventes de CD en jazz et classique se maintiennent mieux que les autres genres.

Attention, il n’est pas dans notre propos d’affirmer que le rock, le rap, la musique électronique et toutes les autres formes ne méritent pas le même traitement. Au contraire. Quiconque fait l’expérience d’une écoute successive entre un MP3 sur un baladeur puis un CD sur une installation stéréophonique de qualité fait immédiatement la différence, quel que soit son niveau de culture ou d’éducation musicale. Le philosophe Nietzsche affirmait que sans la musique la vie serait une erreur. Revenant aujourd’hui, il ne faudrait surtout pas qu’il révise cet excellent jugement puisqu’il serait saturé de sons qui ressemblent de près et de loin à de la m..d., comme l’écrivait Desproges.

Toute la musique que j’aime, elle ne vient pas du MP3. Qu’on se le dise en continuant le combat.
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