jeudi 24 mai 2012
 

Free Mobile : Xavier Niel s’explique devant les députés

Devant la représentation nationale, Xavier Niel a répondu point par point aux nombreuses et précises questions posées par les députés. Nous vous proposons les principaux points de son intervention.

Free : 1000 emplois créés en France au cours des derniers mois

Les premières questions portaient sur les destructions d’emplois que l’on pourrait attribuer à l’arrivée d’un 4ème opérateur. M. Niel a indiqué, citant des chiffres de l’ARCEP, que le nombre de salariés travaillant dans la téléphonie mobile était passé de 167000 à 130000 entre 2000 et 2009 et que cette baisse avait été enrayée depuis l’attribution de la 4ème licence. Concernant Free, il a précisé que la société employait 5000 salariés dont 4000 en France et que la plupart des centres d’appel se trouvaient également en France. 1000 emplois directs ont été créés par Free durant les derniers mois.

Salaires des dirigeants raisonnables

Il s’est ensuite livré à une comparaison entre le chiffre d’affaires et le nombre de salariés. Bouygues Telecom, clairement dans le collimateur de Free, devrait avoir 4000 salariés supplémentaires s’il pratiquait les mêmes ratios de productivité que Free. Bouygues présente donc une meilleure productivité par employé et M. Niel se demande donc ironiquement où est passée cette survaleur. Une partie de l’explication vient dans l’affirmation suivante, violente pique contre les rémunérations des dirigeants. Communiquant son salaire (173 000 euros annuels brut), Il explique que Free est une entreprise raisonnable et non pas une entreprise LowCost. « Mon salaire ou celui de Maxime Lombardini (Directeur Général de Free) est 20 à 30 fois inférieur à celui de mes homologues. Nous n’avons pas d’écarts de salaires de 100, 200, 500 fois entre le bas et le haut contrairement à ce qui existe chez nos concurrents ». Certes, mais il oublie toutefois de préciser qu’étant actionnaire ultra-majoritaire de l’entreprise, M. Niel a perçu en 2010 plusieurs millions d’euros de dividendes. De fait, il adopte une politique salariale le concernant identique à ce qu’opérait Bill Gates.

La valeur du réseau

 « 27% de la population sont couverts par le réseau Free constaté par l’ARCEP. Le seul vrai sujet est le suivant : détenir son réseau . En ADSL tous ceux qui ne détenaient pas de réseau ont disparu. Vous évitez d’accumuler des couches inutiles. On pense sur le long terme et la seule possibilité est de déployer notre réseau en propre. » Pour le reste, l’accord commercial avec Orange est identique à celui des autres MVNO. « Nous louons ce réseau à Orange. C’est bien, mais ce n’est pas viable ».

Sur la mauvaise couverture de Free dans Paris intra-muros, il l’explique par la longueur des procédures dans la capitale alors que cela se déroule beaucoup mieux dans les villes moyennes, en particulier en vertu d’une partenariat noué avec TDF. L’objectif est d’obtenir une couverture de 90% de la population. La date limite est fixée à 2018 mais M. Niel précise vouloir aller beaucoup plus vite car c’est à cette condition que l’entreprise gagnera significativement de l’argent. « Nous avons fait cela sur l’ADSL et nous ferons de même. Nous avons commandé plus de 5000 antennes et 1000 sont déjà installées ». Concernant la location du réseau à Orange, il précise que ce dernier n’était pas le mieux disant financier et que cette location devrait rapporter entre 1 et 1,5 milliard de CA à l’opérateur et pratiquement autant de marge.

Voltaire à l'aide

A propos des attaques en tous genres menées contre Free, Xavier Niel déclare : « il n’y a rien de factuel dans ce qui est annoncé ». Au « calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose », il substitue : « diffamez, diffamez ». Sa démonstration est cependant fort percutante sur le prix des forfaits. Bouygues est encore une fois cité : en mai 2009, un forfait illimité était proposé à... 178 €. 18 mois après chez B&You, il est à 39 €. « Le terme de vache à lait que j’ai employé est un mot fort mais qui résume ce qui se passe ».

Il compare ensuite le prix du dividende versé aux actionnaires d’Iliad et ceux de concurrents et considère qu’Orange pourrait baisser ses prix de 50 à 60% s’il appliquait la même proportion, soit 30 à 40 centimes de dividende par abonné. « Ces entreprises sont devenues des entreprises de rendement. Je crois qu’il faut une plus juste répartition entre les salariés, les clients et les actionnaires ». S’il considère France Télécom comme légitime, en particulier car il est l’opérateur de réassurance, il indique que « les autres acteurs doivent se réinventer car le modèle qui consiste à singer l’opérateur historique n’est pas intéressant ».

Interrogé sur la 4G, M. Niel indique que, contrairement à ce que d’aucuns considèrent, il est tout à fait satisfait de ce qu’il a obtenu à savoir 20MHz de spectre contigu, comme Orange. Il souhaite utiliser la 4G pour la densification des débits alors que la 3G sert à la couverture. Ceci lui paraît cohérent avec le modèle qu’il propose dans ses forfaits basés sur la donnée et non plus sur la voix. Il précise également que l’arrivée d’un 4ème opérateur a rapporté 200 millions d’euros supplémentaires à l’Etat.

Aveu d'impuissance

« Oui, nous avons été débordés le premier jour. Nous avons reçu 3 à 4 millions de demandes d’informations et le site a explosé. Ensuite le problème se pose sur la portabilité. Il s’agit d’un GIE composé de l’ensemble des acteurs. Nous avons déjà quelques centaines de milliers d’abonnés et effectivement quelques centaines de cartes SIM n’ont pas été reçues ».

Pour les boutiques, 4 sont ouvertes actuellement et l’objectif est d’arriver à 100 dont une à Paris au cours du premier semestre. Par rapport à la fibre, Free a investi 216 millions d’euros en 2010 contre 80 millions pour France Telecom et 120 millions pour SFR. Il considère qu’il n’y a pas pour le moment de véritable demande du grand public mais qu’Iliad va continuer à investir. « Nous réinvestissons 37% de notre chiffre d’affaires quand c’est 13% pour France Telecom, 12% pour Vivendi et 6% pour Bouygues ».

L'importance du juge

Interrogé sur la fermeture de MegaUpload, M. Niel ne prend pas parti mais délivre le même message à savoir qu’il doit y avoir intervention du juge et existence d’un débat contradictoire. C’est la position adoptée vis-à-vis d’Hadopi mais à aucun moment il ne remet en cause la propriété intellectuelle ni sa valeur, rappelant qu’il est à titre personnel engagé dans des entreprises où la propriété intellectuelle est fondamentale (M. Niel est coactionnaire du journal Le Monde)

Sur le financement de la création, il préférerait que ces contributions soient intégrées dans le budget général et pas au travers de différentes taxes votées ça et là et empilées. Il rappelle qu’Universal a battu des records de profits mais pas les artistes sous contrat à l’exception de quelques uns. Se faisant il repose le problème de la répartition des ressources entre maisons d’édition et créateurs.

Sur la situation en Corse et en outre-mer, il indique que le dégroupage devrait être disponible dans l’Ile de de Beauté dans quelques mois. Pour la martinique et la Guadeloupe, la situation est plus compliquée, en particulier sur l’installation de fibre.

Portabilité puis terminaux puis forfaits prépayés

Concernant la non livraison des terminaux, M. Niel indique vouloir d’abord régler les problèmes de portabilité avant de proposer les mobiles. Les terminaux seront donc commercialisés lorsque la portabilité des numéros prendra 3 jours. Pour les crédits, ce seront les règles du crédit à la consommation. Un député l’interroge sur des frais cachés. M. Niel répond qu’ils ne s’agit pas de frais cachés mais d’une refacturation des frais d’envois. « Ce n’est pas trompeur, mais transparent », indique-t-il. « Nous répercutons les coûts au consommateur, au coût réel ».
Il est ensuite interrogé sur le forfait social. « Personne n’essaie de le copier ce forfait. Les données sont bloquées par défaut. Pour le moment, il n’y a pas de suivi de la consommation mais ce sera installé dans les prochains jours. Les dépassements sont à 3 € de l’heure et 100 SMS pour 1 €. On va l’améliorer. Permettre le blocage. On va trouver des idées originales. Ce forfait n’est pas d’une rentabilité formidable mais il aide à nous positionner comme une entreprise citoyenne. Et ces gens iront vers d’autres forfaits à partir de celui-là. On a un travail marketing à réaliser autour de cette offre . De même nous allons proposer prochainement des offres prépayées très agressives".

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