La blague du week-end nous est offerte par une niçoise, pas Mado, mais par la bien pensante députée UMP Muriel Marland-Militello, qui nous inonde de sa joie suite à la fermeture de MegaUpload. Pour elle, Chuck Norris est envoyé au tapis par Nicolas Sarkozy : « l’homme qui a dit non ».
Elle « se réjouit », parce qu’Internet est « formidable ». Elle est heureuse, Muriel, d’assister en direct à la fin de MegaUpload, ce symbole anarchiste qui nous conduit droit à « la négation de la pensée, la négation de l’Internet et [au] début de l’oppression ».
La rédaction de L’Informaticien a elle aussi assisté à la fermeture dudit site, en live depuis jeudi soir, en se replongeant dans ses ordinateurs pour communiquer la nouvelle. Nous avions certainement éludé certains points chauds de ce dossier, pris dans le feu de l’action, noyés sous le flot d’informations qu’il fallait disséquer pour en tirer la substantifique moelle. Mais nous devons reconnaître nos torts : nous n’avions pas imaginé, peut-être pas compris non plus, que le FBI, le Department of Justice et toutes les personnes et autorités qui ont participé aux arrestations et à la fermeture du site n’ont en fait pas fait grand-chose.
Rien de tout cela. L’homme de la situation n’est pas grand et black, ne s’appelle pas Barack Obama, mais Nicolas Sarkozy. Car c’est bien grâce à lui, selon Muriel Marland-Militello, et à ses initiatives « que la communauté internationale est décidée à ne plus céder à un certain fatalisme qui pouvait exister en la matière ».
« God bless Nicolas », crierions-nous si nous étions de l’autre côté de l’Atlantique. Car il faut bien le saluer, le Danube de la pensée-Internet, Krishna de l’HTTP, Yadav de l’industrie audiovisuelle : « L’histoire de la culture se souviendra de Nicolas Sarkozy comme de « l’homme qui a dit non » ». Pas mieux.
Pour celle qui nous offre le fou-rire du week-end, le piratage est dangereux, ses défenseurs des idéologues libertaires d’une autre époque qui ne connaissent rien à la création artistique. Nous passerons sur le passage plus que brouillon qui se veut une explication fumeuse du piratage pour arriver plus vite à la deuxième crise de rire, celle qui nous fait pleurer désormais : il faut agir pour l’Internet civilisé « qui, en plus, contribue fortement à la démocratisation culturelle et à la diversité culturelle ».
Merci, gourou Sarkozy, d’avoir eu le courage de s’attaquer au piratage, de lutter « contre la gangrène idéologique », et de nous avoir fait prendre « de l’avance sur le monde entier ». mais ce n’est pas terminé, il faudrait « anticiper l’avenir » (j’ai réussi, une fois, à anticiper le passé, mais ça m’a pris du temps) et réguler « de manière plus fine (…) les protocoles cryptés ». Notre message ne l’est pas, chiffré (puisque nous évitons les anglicismes, au nom de la Culture), et n’a pas vocation à l’être.
Rendez-nous Audiard, qui aurait pu raconter à cette charmante dame une histoire sur les cons et leur mise en orbite...
Plus sérieusement, nous ne saurions trop recommander à madame 3M d'écouter les propos de ce dangereux libertaire qu'est Jérémy Zimmerman de la Quadrature du Net. Cet infâme empêcheur de réguler en rond expliquait à nos confrères de BFM TV que cette opération s'apparente à "utiliser une arme atomique contre une hydre, cette créature mythologique qui voit trois têtes repousser lorsque l'on lui en coupe une". Comme lui, nous nous demandons ce qui va repousser, car inévitablement il va repousser quelque chose.