vendredi 25 mai 2012
 

Assises du Numérique : le ministre est content

Dans un habituel numéro d’auto-célébration, Eric Besson a salué le travail du gouvernement en matière numérique. Toutefois, le ton comme les propos témoignent d’une grande lassitude.

Voici quelques semaines, le Canard Enchaîné relatait l’exaspération du président de la République à propos du peu d’implication de son ministre de l’Industrie et de l’Economie numérique dans ses dossiers. Le discours prononcé ce matin par M. Besson ne devrait pas dissiper les craintes du Chef de l'État. En effet, si le gouvernement actuel peut se targuer d’avoir instauré le service minimum dans les transports en commun, ce même service minimum s’applique au discours du ministre en ouverture ce matin des 4èmes Assises du Numérique. Et la pirouette de sortie justifiant le peu de temps consacré - pour cause de Conseil des ministres - ne suffit pas à expliquer la pauvreté, pour ne pas écrire la vacuité, des propos tenus. M. Besson a lu un discours qu’il découvrait à la minute où il le prononçait. Nous ne nous étendrons pas en détail sur la teneur. On espère juste que les propos que doit tenir le Premier ministre au même endroit vers 16h30 seront plus engageants car la palme du soporifique, du convenu et du « je me fous complètement de ce que je raconte » vient de trouver un nouveau lauréat.

La technostructure à la manœuvre

Paraphrasant Ray Ventura et ses collégiens, le discours peut se résumer ainsi : « tout va très bien madame la marquise ». Jamais n’a été autant fait pour le numérique que depuis que nous sommes aux responsabilités. Soyons justes. Le bilan est loin d’être nul. Un programme de 154 mesures avait été dressé dans le cadre du plan France Numérique 2012 et les services du ministère indiquent que 95% sont réalisés ou en cours de réalisation. Le problème est que ces mesures forment un inventaire à la Prévert ou plus exactement un fatras dans lequel se mêlent allégrement des réalisations concrètes mais aussi des déclarations d’intention voire la création de différents observatoires ou commissions absolument indispensables comme chacun le sait.

Ainsi, à côté de véritables réussites comme le passage à la télévision numérique ou encore la simplification de bon nombre de procédures administratives figurent des mesures aussi fortes que « renforcer la dynamique d’action publique et accompagner la structuration des maîtrises d’ouvrage locales en matière d’aménagement numérique du territoire » ou encore « favoriser la réutilisation des données publiques grâce à des licences type élaborées par l’APIE. L’APIE étudiera les moyens de ne pas faire obstacle à l’utilisation des données dites « orphelines ». L’APIE étudie et nous voilà rassurés. Nous vous épargnons la liste car tout ceci n’est qu’un verbiage de technocrates fort peu adapté aux réalités quotidiennes. Une fois de plus, la technostructure a frappé et force est de constater que ces braves gens, fort intelligents au demeurant, sont totalement déconnectés de la « vraie vie ».

Un bilan «très positif» ?

« Plus que de subvention, l’économie numérique a besoin d’une régulation, d’un pilotage avisé et surtout que l’on encourage la création et l’innovation et qu’on la favorise. A ce titre le bilan de France Numérique 2012 est très positif ». Ah bon. Nous n’en avons pas l’impression. Au contraire, nous pensons que les précédentes législatures ont été autrement plus productives notamment dans les impulsions qui ont amené les résultats dont se vante aujourd’hui l’actuel gouvernement, qu’il s’agisse du haut-débit, de la libération des fréquences ou encore du développement des usages.

"Aucun gouvernement n'a autant fait et en si peu de temps pour développer notre économie numérique", déclare le ministre en conclusion. Que l'on nous permette de ne pas être - mais alors pas du tout - d'accord. Car pour développer, il convient de comprendre et nous avons la désagréable impression que ce gouvernement ne comprend pas ce qu'il fait dans ce domaine. Et peut-être dans d'autres mais ce n'est pas de notre ressort.

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