vendredi 25 mai 2012
 

L’Internet à deux vitesses, c’est pour bientôt !

La réunion qui se tenait la semaine dernière à Bruxelles avec « la fine fleur de l'industrie européenne du numérique » a le mérite d’avoir des objectifs clairs : terminé la neutralité du Net et ses fondements, bienvenue à l’Internet à deux vitesses. 

La semaine dernière, Bruxelles accueillait les grands patrons de l’industrie des télécoms, à l’initiative de la commissaire de « l'agenda numérique 2020 » de l'UE, Neelie Kroes. Celle-ci faisait suite à une précédente réunion, en mars dernier, qui avait rassemblé les grands patrons mondiaux des télécoms et de l’industrie. Objectif : assurer le développement rapide du très haut débit en Europe, et s’assurer d’atteindre les objectifs fixés par la CE, à savoir 100% des foyers éligibles à 30 Mbit/s au moins en 2020, et la moitié des abonnés européens en FTTH/FTTB à 100 Mbit/s. 

Le cadre, ambitieux au possible, pousse donc les acteurs de l’industrie des télécoms à accélérer les développements, et trouver les moyens nécessaires et appropriés. Et ces moyens sont tout trouvés : « encourager la différenciation en matière de gestion du trafic », explique Jean-Bernard Lévy, le président du directoire de Vivendi (SFR). Ce dernier, accompagné par Ben Verwaayen, le directeur général d'Alcatel-Lucent et René Obermann celui de Deutsche Telekom, a remis 11 propositions qui font d’ores et déjà grand bruit : elles signent l’arrêt de mort de la Neutralité du Net. 

Vitesse 1, 2, 3, 4… 

En somme, voici ce que les opérateurs souhaitent : décongestionner leurs réseaux en proposant de donner la priorité à certains services seulement, si le consommateur est prêt à payer bien entendu. Pour les accros du jeu vidéo en ligne par exemple, ceci reviendrait à payer plus pour un accès plus rapide « ou d'une moindre latence », continue Jean-Bernard Lévy. 

Nous ne sommes plus dans l’imagination, mais bel et bien dans le réel avec ces 11 propositions. « C'est officialiser l'existence d'un Internet à plusieurs vitesses, avec un service de base sans débit garanti », écrit La Tribune, qui rapporte les propos du président de Vivendi. 

Autre idée sur les modèles économiques. Faire payer un fournisseur de contenu pour l’assurer d’avoir un service décent pour les utilisateurs de l’opérateur. Par exemple, Google paye SFR pour que les utilisateurs disposent d’un bon accès, meilleur que chez Orange à qui Google n’aurait rien payé par exemple. Ceci pourrait contribuer à financer le réseau des opérateurs. Mais quid des sommes à débourser ? Et surtout, quel avenir pour ceux qui ne pourront pas payer et investir des sommes massives quand il s’agit de s’aligner sur ce que paye un Google ? 

Une dernière lueur

Il y a encore « des nuances et non l'unanimité sur tous les points », relève le quotidien, mais Jean-Bernard Lévy se félicite d'« un degré de consensus remarquable et inattendu entre ces acteurs de toute la chaîne de valeur, opérateurs, fabricants, agrégateurs, éditeurs de chaînes, etc. » Etaient présentes des entreprises comme France Télécom, RIM, Akamai, la BBC, Mediaset, Google et consorts. 

Pour Neelie Kroes, la réunion « n'a pas débouché sur un consensus sur les principes présentés par les coordinateurs », mais elle prendra en compte « les points de vue exprimés ». La CE devrait allouer 9,2 milliards d’euros pour financer le développement des réseaux, entre 2014 et 2020. Une dernière lueur d’espoir pour la Neutralité du net… ?  

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