samedi 3 décembre 2016
 

Véhicule autonome: les industriels français jouent eux aussi leur carte

Compétitif, actif et demandé, le secteur français de la voiture autonome a une belle carte à jouer pour s'imposer alors que cette technologie en développement est vue comme déterminante pour l'avenir de la mobilité.

PSA travaille donc, comme ses concurrents allemands ou américains de la Silicon Valley, sur le véhicule autonome

"Lorsque vous faites juste des systèmes d'aide à la conduite, vous pouvez encore vous associer avec un fournisseur qui vous fournit un système complet", explique à l'AFP Vincent Abadie, responsable innovation ADAS (Systèmes aides à la conduite) chez PSA.

"Par contre, lorsque vous êtes sur le véhicule autonome, en cas d'accident, la responsabilité du constructeur va être engagée. Pour nous, il est complètement inimaginable que nous ne connaissions pas le moindre détail de chaque ligne de code qui sera dans le véhicule autonome", d'où la volonté de développer un système maison, poursuit-il.

PSA, Renault (avec Nissan) mais aussi l'équipementier Valeo travaillent donc, comme leurs concurrents allemands ou américains de la Silicon Valley, sur le véhicule autonome. Et franchissent pas à pas les étapes vers l'objectif de la voiture autonome dite de niveau 5, une automobile totalement "sans conducteur".

Valeo a déjà équipé plus de 10 millions de véhicules avec des systèmes de manœuvre automatique de parking, ce qui correspond aux premiers pas des véhicules autonomes. Il collabore aussi avec des groupes aéronautiques comme Safran ou le spécialiste de la sécurité numérique Gemalto.

Ceux qui n'y seront pas risquent donc de se voir exclure d'un marché prometteur: selon une étude du cabinet McKinsey publiée en janvier, "jusqu'à 15% des voitures vendues en 2030 pourraient être totalement autonomes". Il s'est écoulé en 2015, 87 millions de véhicules légers neufs sur la planète.

Outre les constructeurs et les équipementiers, des sociétés d'ingénierie françaises développent une expertise sur la technologie autonome, comme Akka, Altran, Alten et Segula, au profit de clients tiers. Et de premières navettes autonomes dues aux entreprises françaises Navya et Easymile sont déjà en cours d'expérimentation respectivement à Lyon et Paris. 

"La voiture autonome correspond à deux besoins", confirme à l'AFP Guillaume Devauchelle, directeur de l'innovation et de la recherche scientifique de Valeo.

- "Alignement de planètes" -

D'un côté, "les gens considèrent qu'ils perdent leur temps dans les embouteillages, veulent être connectés: c'est un besoin individuel très fort", poursuit-il. De l'autre, "il y a le besoin sociétal ou d'urbanisme. La population mondiale grandit et se concentre dans les grandes villes où le besoin de mobilité par personne augmente. Or, l'heure n'est pas aux grandes infrastructures, donc le problème des embouteillages ne peut qu'empirer".

"Il y a donc un alignement des planètes entre les besoins individuels et collectifs de transport", relève M. Devauchelle, avec comme conséquence que "les frontières entre le véhicule individuel et les transports en commun deviennent beaucoup plus floues et permettent beaucoup de nouveaux usages".

PSA a lancé, à l'instar des géants californiens Google ou Uber, des prototypes autonomes sur les routes, quatre Citroën C4 Picasso qui ont déjà parcouru 60.000 km en Europe. L'objectif "est de chercher les cas les plus imprévus et les plus improbables possibles", explique Vincent Abadie.

Il s'agit également de développer, comme les autres d'ici à 2020, un véhicule à l'autonomie limitée, qui requerra que le conducteur reprenne la main lorsque ce sera nécessaire.

"Aujourd'hui, si on roule sur une autoroute entre deux péages, finalement il ne se passe pas grand chose et nos systèmes fonctionnent très bien. Là où c'est beaucoup plus délicat, c'est quand on va rouler autour de la région parisienne, sur toutes les voies rapides autour de Paris", souligne Vincent Abadie.

"On se rend compte que de par la densité du trafic, le comportement des conducteurs et les infrastructures qui sont évidemment en moins bon état que sur le réseau autoroutier français, on a beaucoup plus de difficultés, et c'est là qu'on rencontre les vrais enjeux techniques", relève-t-il.

Source : AFP - Djallal MALTI

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