mercredi 7 décembre 2016
 

Ubisoft: les frères Guillemot face à Bolloré pour une assemblée générale sous haute tension

Le clan Guillemot se prépare jeudi à une assemblée générale des actionnaires d'Ubisoft sous haute tension alors que le troisième éditeur mondial de jeux vidéo, qu'il ont créé il y a trente ans, est aujourd'hui convoité par Vincent Bolloré.

Yves Guillemot, le PDG d'Ubisoft. L'éditeur de jeux vidéo multiplie les efforts pour convaincre ses actionnaires qu'il créera plus de valeur en restant indépendant

Le géant des médias Vivendi, contrôlé par l'homme d'affaires breton, a fait son entrée en octobre 2015 au capital de l'éditeur, pour atteindre 22,8% au dernier comptage, au grand déplaisir des frères Guillemot qui dirigeaient jusque-là leur groupe avec environ 10% des parts.

L'assemblée générale des actionnaires de l'éditeur pourrait être l'occasion d'une confrontation entre les cinq frères Guillemot, tous aujourd'hui représentés au conseil d'administration, et le nouveau principal actionnaire du groupe, qui n'y est pas présent.

Vivendi avait réclamé en juillet "une représentation cohérente avec sa position actionnariale". Si le groupe n'a pas présenté de résolution pour demander des administrateurs avant la date limite du 4 septembre, il pourrait en réclamer au cours de l'AG et chercher à déstabiliser la direction, de l'avis des analystes.

Pour Vivendi, qui rêve de "synergies" entre les blockbusters d'Ubisoft et ses autres actifs comme Canal+, Dailymotion ou Universal, ce sera l'occasion de vérifier où va le soutien des actionnaires et de compter ses appuis.

Face à la réputation de "raider" de l'homme d'affaires, qui a pris le contrôle de Vivendi avec seulement 15% du capital et en 2005 a pris les rênes du groupe de publicité Havas avec quelque 20%, les frères Guillemot ont battu le rappel.

Ubisoft multiplie les efforts pour convaincre ses actionnaires qu'il créera plus de valeur en tant qu'éditeur indépendant que comme satellite de Vivendi.

Avec Vivendi, "nous ne parlons pas la même langue, nous ne pouvons donc pas nous comprendre", a insisté Yves Guillemot, le PDG du groupe dans une interview au site jeuxvideo.com.

- La menace d'un départ des créatifs -

"Je pense que l'industrie a montré que prendre possession et manager des sociétés sans connaître ce métier est extrêmement dangereux", a-t-il ajouté, brandissant la menace de voir les forces créatives d'Ubisoft quitter le navire. 

Le groupe a lancé un nouveau site internet pour mettre en valeur ses performances: trois des nouvelles franchises les plus vendues de l'histoire du jeu vidéo, The Division, Assassin's Creed et Watch Dogs, une action dont la valeur a été multipliée par 18 depuis son entrée en Bourse il y 20 ans, et des objectifs ambitieux à l'horizon 2019, avec un quasi triplement du résultat opérationnel.

Mais alors que Vivendi a déjà mis la main sur  l'éditeur de jeux mobiles Gameloft, fondé par un autre frère Guillemot, Michel, après une OPA, les Guillemot ont aussi entrepris de se renforcer au capital.

La famille contrôle 13,22% du capital et 19,18% des droits de vote, face à Vivendi qui affiche 22,8% du capital et 20,2% des droits de vote, selon le dernier comptage de l'Autorité des marchés financiers.

Ubisoft a dévoilé vendredi un accord avec Bpifrance pour racheter sa participation de 3,2%, pour 122,5 millions d'euros. Si le rachat pourrait n'intervenir après l'AG, les précieux 6% des droits de vote de Bpifrance devraient plutôt pencher du côté des Guillemot.

Au total, la plupart des analystes jugent que Vivendi pourrait avoir du mal à convaincre les actionnaires de l'intégrer au conseil d'administration.

"Les actionnaires n'ont pas intérêt à laisser rentrer Vincent Bolloré au conseil d'administration. Ils ont plutôt intérêt à ce qu'il lance une OPA pour qu'il paye le prix s'il veut contrôler Ubisoft, au lieu de voir une prise de contrôle rampante", souligne Thomas Alzuyeta, analyste du courtier Gilbert Dupont.

Mais à plus long terme, "les Guillemot se préparent à une guerre de position", estime-t-il.

Se préparant à toute éventualité, Ubisoft a sondé des partenaires, qui pourraient prendre de 5% à 10% de son capital dans le cadre d'un accord industriel. Et si Vivendi lance finalement une OPA, qui pourrait lui coûter autour de 4 milliards d'euros en fonction de la prime offerte, Ubisoft n'exclut pas d'appeler à la rescousse un chevalier blanc.

Source : AFP - Lucie GODEAU

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