
Au sommaire du n°78
• Enquête Windows 8: simple release ou révolution? • Dossier : quelle place pour l'open source aujourd'hui? • La saga d'Adobe • L'informatique des... cyber-gendarmes• Pratique Bing : mise en œuvre d'un contrôle Bing Maps
|
| ..:: Dossiers
::.. |
|
|
Les Dossiers de l'Informaticien
|
|
|
Chaque mois, l'Informaticien vous offre un dossier complet sur un des grands thèmes de l'informatique professionnelle et des nouvelles technologies. Vous pouvez également consulter nos dossiers archivés pour accéder aux dossiers des mois précédents... Bonne lecture !
|
|
|
|
|
Business Intelligence
|
 |
|
Intro_BIp.1p.2p.3
BUSINESS INTELLIGENCE Quelle «BI» après la crise? Par Bertrand Garé - Copyright L'Informaticien, tous droits réservés

Le secteur de la Business Intelligence est certainement l’un des plus dynamiques de l’industrie informatique. Après une croissance de plus de 10% en 2008, le décisionnel a crû encore de 16,8% au cours de l’année écoulée. Ian Bertram, VP du Gartner, a l’explication : « La BI est même plus importante lorsque les temps sont durs. Elle peut aider à découvrir les goulets d’étranglement, les insuffisances ou au contraire mettre en avant les gisements de bénéfices. » Pour la quatrième année consécutive, cela reste une des 10 priorités des directeurs informatiques. Mais comment les outils évoluent pour éviter d’autres crises ou mieux les surpasser? Pour quels usages et quels besoins? Quelles sont les tendances lourdes du secteur? Et si trop d’information tuait l’information dans les entreprises?
|
Voir dans le détail… et vite !
Dans les entreprises, les outils de Business Intelligence sont considérés différemment depuis que la crise – certainement la plus forte que le monde ait jamais connue – est passée par là ! Ils sont désormais au service d’un pilotage fin et surtout rapide pour apporter de l’agilité face à un monde incertain et aux mutations accélérées. Ces outils intègrent-ils de nouveaux axes et tirent-ils les enseignements des récentes turbulences économiques ? Pas si sûr.
En 18 mois, des milliards, quelle que soit la devise, se sont évaporés, des banques, des compagnies d’assurance, des industriels ont frôlé ou ont connu la faillite. Pour la plupart, sinon tous, ils étaient cependant fiers de nous montrer des systèmes décisionnels et de reporting des plus performants. Après un accès de modestie qui n’a pas duré, les entreprises se sont remises et préparent désormais l’après-crise. Pour cela, les outils décisionnels sont redevenus les outils privilégiés. Pour Michel Bruley, directeur marketing de Teradata, « Les focus du focus sont le suivi de performance et les économies sur les coûts. C’était déjà le cas avant, mais la tendance s’est renforcée. C’est le grand apport du décisionnel de pouvoir tout voir dans le détail ». Jean-Marie Messager de Sopra Consulting opine : « Dans les temps de crise, on regarde plus, on est plus pointilleux, surtout dans des métiers comme ceux de la finance. D’ailleurs, ce secteur affiche une vraie volonté d’aller au bout des choses. Les investissements se font pour identifier et abaisser les coûts. » Yannick Jardinier, chez Devoteam, tempère un peu ce jugement : « Si les clients sont très matures sur la question et que la crise est passée par là, on parle beaucoup de performance de l’entreprise, cela ne se fait pas à n’importe quel prix. » Olivier Métier, responsable de l’activité d’IBM Analytics and Performance Management (ex-Cognos) dans la division Information Management d’IBM, précise : « Je vois trois points d’évolution forte, comme le temps réel, l’optimisation des coûts sous réserve d’un réel retour sur investissement du projet, et des applications dans les ressources humaines ou le développement durable. Ces deux derniers axes ont passé un cap et représentent pour nous un vrai défi quand on regarde les grandes vagues de la Business Intelligence.»
 Une vue du point d’accès du logiciel QlikView.
Des analyses en temps réel La volonté d’obtenir des informations en temps réel devient une véritable demande des entreprises. Dans un contexte où les informations deviennent de plus en plus nombreuses émanant de sources différentes, les opérationnels des entreprises ont besoin d’avoir une vision claire et rapide dans leur travail et d’obtenir des indicateurs fiables. Un exemple assez trivial peut illustrer ce besoin. Sur une prévision de vente, un ou deux contrats ne se signent pas. Il faut donc réaligner les objectifs et compenser ces deux contrats non signés pour atteindre les objectifs. Ce signe d’accélération des cycles autour de la prise de décision profite aussi de la place que prennent désormais les outils de BI. Ils sont aujourd’hui un élément de différenciation avec la concurrence et, souvent, apportent les informations qui permettent de faire réellement cette différence. Cette course à la vitesse dans le décisionnel est marquée aussi par le retour de « vieilles technologies » qui sont désormais au goût du jour. Tout d’abord, la « montée en mémoire » des bases de données qui permettent des temps d’accès record. Chez SAP et BO, la technologie prônée par un ancien dirigeant est un projet d’importance. La plupart des acteurs du marché ayant à traiter des volumes importants de données se rangent désormais à cette technologie, ou arrivent au même résultat en utilisant massivement le traitement parallèle avec des moteurs et des serveurs « bodybuildés ». François Guérin, responsable avant-vente de Sybase, un éditeur de base de données pionnier dans le domaine de cette gestion de la mémoire, ajoute : « Cette problématique est à la conjonction des problèmes d’infrastructures et d’alimentation des outils décisionnels. Cela nécessite que l’approche autour de l’utilisateur soit parfaitement construite. » Il cite des exemples concrets des besoins en la matière : « Une entreprise fournit un service à un client qui offre des produits en ligne, il lui apporte aussi un reporting opérationnel avec des latences très courtes et un gros historique sur le service. De la même manière, dans le secteur financier en ligne, où il est légitime de disposer des rapports en quasi temps réel. » En complément de cette montée en mémoire, l’indexation en colonne est aussi une arme technologique du moment. Pour François Guérin, « Ce ne sont pas tant les technologies mais plutôt les astuces que vont utiliser les éditeurs, qui vont apporter une vraie dynamique dans un secteur qui est en train de se banaliser. » Il rappelle cependant que les principaux clients qu’il rencontre sont surtout préoccupés par des questions de capacité et s’occupent principalement de mettre à niveau l’infrastructure sous-jacente en travaillant au passage sur la qualité des données. Selon Olivier Métier (IBM/Cognos), tous les secteurs d’activités – dont l’industrie – sont dans ce mouvement. Il évoque d’ailleurs des projets dans l’industrie automobile, ou dans le secteur de la finance, sur des outils mis en œuvre de manière pointue pour un processus de scoring bancaire sur les prêts.
Le décisionnel oui, mais pas à n’importe quel prix ! L’appétence pour les outils et les besoins est évidente. La Business Intelligence est encore un des seuls secteurs de l’industrie informatique à afficher fièrement deux chiffres en termes de croissance. On pourrait penser que les entreprises font une véritable course à l’armement dans ce domaine pour se distinguer de la compétition ambiante. Ce n’est pas tout à fait le cas et les éditeurs doivent aujourd’hui justifier à la fois le retour sur investissement des solutions et clairement démontrer que la solution va véritablement apporter une optimisation des coûts – ou des structures de coûts – de l’entreprise. Olivier Métier le confirme : « Les projets s’accompagnent tous d’une étude de ROI. » Cette nouvelle maturité des acteurs s’explique par différents phénomènes. Certains sont des conséquences des outils présents sur le marché, d’autres découlent d’une tendance nouvelle qui consiste à tester sur des périmètres réduits ou limités dans le temps des solutions. Pour Michel Bruley de Teradata : « La crise a peut-être là un véritable effet. Alors que cela n’existait pas dans le secteur, les entreprises ont mordu à l’hameçon des pratiques analogues à du RAD (Rapid Application Development) ou du bac à sable. Elles ont le moyen d’avancer à leur rythme pour avoir les idées claires sur des zones d’expérimentation dans l’entreprise ou les entrepôts de données. » Michel Lachkar est aussi de cet avis : « Nous constatons un transfert des besoins et des demandes vers les utilisateurs. Si les DSI sont toujours présentes, elles le sont de moins en moins. »
En quête de solutions plus flexibles Cette prudence s’explique aussi par des outils, souvent très riches en fonctionnalités, mais faisant peu de places aux besoins des utilisateurs en termes d’ergonomie et de simplicité. Une étude récente rendue publique par la communauté Decideo.fr démontre d’ailleurs que les entreprises utilisent différents outils décisionnels selon les services de l’entreprise. Plus d’un répondant sur deux pense toujours que ces outils ne sont pas plus simples à mettre en œuvre. Par ailleurs, si le niveau technologique des solutions s’est élevé lors de la concentration récente du marché autour de grands acteurs du logiciel, les entreprises ont aussi constaté une hausse du prix des solutions. Ces éléments ont permis l’émergence d’acteurs nouveaux ou ayant choisi des solutions plus basiques. Cette montée en puissance de nouveaux acteurs suit un déplacement des centres de décision lors de la mise en œuvre de solutions décisionnelles. De plus en plus, la mise en œuvre complexe des solutions existantes pousse les directions métier à choisir des outils légers et faciles à implémenter pour s’approprier rapidement des solutions opérationnelles. Yannick Jardinier, chez Devoteam, estime que : « Des solutions comme QlikView sont plus flexibles et connaissent un réel succès du fait de leur réactivité face au temps mis par les DSI à mettre en œuvre de nouveaux cubes. Ces solutions viennent en complément et souvent sans la DSI. » Michel Lachkar, chez Klee Group, une société de conseil - intégration et éditeur de progiciels métier, voit aussi dans ce mouvement une démocratisation plus forte des outils : « En termes de taille d’entreprise, les PME s’y mettent et s’équipent de solutions pas trop chères souvent sur des périmètres limités et sur une infrastructure légère. Ce sont cependant de vrais projets avec un véritable apport de valeur et souvent c’est la direction générale qui est moteur. » Jean-Marie Messager, chez Sopra, va encore plus loin : « Une tendance de fond se dessine et les métiers veulent avoir la main et la garde sur les indicateurs. Le SI n’est là que pour l’infrastructure et les données. De plus en plus, les métiers ne passent plus par la DSI. » C’est aussi une évolution logique puisque les directions métier ont souvent aujourd’hui les cordons de la bourse dans les projets, les DSI étant assez souvent considérées comme des SSII internes, proposant conseils et services pour l’exploitation de l’infrastructure et des données.
Arrêter les bêtises ! Des éditeurs comme QlikTech, Tagetik ou Clarity Systems en ont profité pour se faire leur place face aux champions du marché. Cette tendance est cependant à moduler, car les principaux éditeurs ont désormais en catalogue des solutions pour les PME. D’autre part, les solutions précitées semblent avoir du mal à se positionner sur les projets nécessitant un stockage important de données et ayant besoin de très hautes performances. Les entreprises, selon l’étude de Decideo, ont d’ailleurs tendance à utiliser différents outils. Elles entament cependant une rationalisation des logiciels présents avec la volonté d’harmoniser les applications et d’obtenir une véritable homogénéité à la fois des logiciels mais aussi des résultats dans l’aide à la décision. Olivier Métier, chez IBM/Cognos, précise : « Dans les entreprises, il faut relever un vrai défi, celui des limites des feuilles Excel disséminées partout dans l’entreprise. La tendance est de se concentrer sur le système qui a des données validées et d’arrêter les bêtises en ajoutant des saisies complémentaires. » Au passage, il raconte une anecdote lors d’une rencontre récente dans une entreprise lors de la présentation d’une maquette d’application : « Lors de la présentation, quatre personnes de l’entreprise étaient venues avec leurs rapports. Les quatre avaient des résultats différents, issus de sources différentes et inconnues des trois autres. Ils n’ont pas arrêté de se battre sur ces résultats tout au long de la réunion ! »
De nouveaux indicateurs ? Si la première impression est de penser que les entreprises n’ont pas véritablement intégré de changement du fait de la crise et qu’elles continuent dans les mêmes pas qu’auparavant, en particulier en termes d’indicateurs financiers, il convient de nuancer le propos et de se persuader qu’il y aura cependant un avant et un après crise. De nouvelles tendances d’analyse se dessinent à la fois dans les offres et dans les projets mis en œuvre. Le développement durable et les indicateurs environnementaux commencent véritablement à prendre leur place dans les tableaux de bord des entreprises. « Si les entreprises se préparent à intégrer des indicateurs sur le développement durable, la mobilisation politique autour du thème n’est pas encore très forte et nous ne voyons pas arriver de grands projets. Cela devrait changer si le gouvernement imposait ce type d’indicateurs », précise Jean-Marie Messager. Michel Lachkar, chez Klee Group, partage le même sentiment : « C’est encore en avance de phase, mais nous voyons le développement de véritables projets, par exemple chez GDF. Cela reste cependant anecdotique. » Dans ce cadre, les offres de SAP/Business Objects restent encore de l’ordre de l’évangélisation. Après le rachat de l’éditeur spécialisé Business Objects, SAP se place d’ailleurs en pionnier dans le domaine en allant plus loin que le calcul de l’empreinte carbone, en proposant d’intégrer aussi des indicateurs sociaux, et de ne pas rompre la chaîne d’informations dans l’entreprise en remontant les indicateurs jusqu’au plus haut niveau de l’entreprise, le conseil d’administration, seul véritable organe légitime de l’entreprise pour prendre des décisions stratégiques. Jusqu’à présent, celui-ci devait se contenter des données proposées par la direction générale. Pour SAP/BO, il convient de redonner à cet organe les informations nécessaires pour exercer son contrôle, mais aussi sa responsabilité dans les décisions. Dans un autre domaine, les laboratoires de recherche de SAP/BO travaillent sur des logiciels d’analyse des réseaux sociaux d’entreprise. Une application est déjà en test à la mairie d’Antibes pour le secteur public. IBM, en s’appuyant sur les technologies de Cognos, offre des solutions analogues basées sur les outils sociaux de la gamme Lotus Software. Plus immédiate est la remise en avant du suivi décisionnel dans le secteur des ressources humaines. Tous les intervenants de notre dossier ont mis en avant des projets dans le domaine. La plupart restent cependant sur une vision très financière de suivi de la masse salariale. Certaines entreprises sont plus aventureuses et se lancent sur des projets de suivi et de prévision des compétences et des emplois. Olivier Métier, chez IBM/Cognos, précise : « Les entreprises ont vu l’intérêt de ce type de projets lors d’un redéploiement d’effectif ou de fusion-acquisition. Cela leur permet d’utiliser leur vivier interne. »
 L’Active Entreprise Intelligence est une offre très représentative de la tendance du temps réel dans le décisionnel. Faire plus avec les données « Une tendance que la crise n’a pas fait fléchir est celle du data mining. Nous voyons de nombreuses expérimentations et cela prend de l’ampleur. Chez Belgacom, nous avons en production près de 80 modèles de data mining », s’enthousiasme Michel Bruley. Michel Lachkar est moins affirmatif sur ce point : « Cela fait quinze ans que cela existe et je ne constate pas un raz-de-marée. L’idée est que ces outils vont se substituer à l’humain en l’aidant à prendre la bonne décision. Mais les conditions ne sont pas encore au rendez-vous comme la structuration d’une information homogène avec un langage commun dans l’entreprise. C’est pourtant un premier pas. » En tout état de cause, la tendance va s’affirmer dans certains secteurs où le besoin se fait sentir d’automatiser des prises de décisions devant une croissance exponentielle des données à analyser. D’ailleurs, les outils se généralisent dans certains secteurs comme l’analyse des données clients. Le rachat récent de SPSS, un spécialiste du secteur, par IBM, est certainement le signe d’une montée en charge de ce type de logiciel à l’avenir. Ainsi, MicroStrategy propose de telles fonctions sur les services de Microsoft et les données présentes dans la base SQL en ligne et gratuitement avec son offre Reporting Suite. Les outils devraient d’ailleurs se compléter de fonction de recherches de type navigateur dans les outils. Un exemple récent pour la Poste, en France, s’appuie sur le moteur d’Exalead sur la plate-forme de Synaxio, un spécialiste de la BI pour le secteur postal, co-entreprise entre Cap Gemini et la Poste. Il s’agit d’une première application pratique de la technologie Search Based.
|
Une verticalisation en douceur
Comme dans d’autres secteurs de l’industrie logicielle, les outils de BI se spécialisent pour répondre à certains défis spécifiques à des secteurs d’activité ou des fonctions précises dans l’entreprise. Doucement, mais sûrement, les outils spécialisés commencent à prendre leur place.
La verticalisation des outils d’aide à la décision a longtemps été affaire de spécialiste. En un sens, des acteurs comme KXEN avaient ce type de spécialisation sur l’analyse des ventes. Aujourd’hui, les grands acteurs du marché commencent à investir ces secteurs de niche et à verticaliser certaines de leurs applications.
Encore de « pure players » Malgré l’offensive des grands noms du décisionnel sur des marchés de niche, il reste encore des spécialistes sur des secteurs d’activité spécifiques. Tilbury en est un exemple. L’éditeur de logiciels nord-américain est spécialisé sur l’agroalimentaire et le monde de la distribution. Cette spécialisation ne doit pas grand-chose au hasard. Les premiers clients de l’entreprise étaient dans ces secteurs et un des associés de l’entreprise avait travaillé chez McCain. Benoît Pigeon, directeur général de Tilbury en France, explique dans quel cadre son entreprise intervient. « Nos interlocuteurs comme les responsables de la chaîne d’approvisionnement ont des besoins métier et non des besoins techniques. Les demandes reçues proviennent toujours de la partie Business, rarement de la partie technique. » Fonctionnant sur la pile technologique de Microsoft, la solution de Tilbury gère toutes les problématiques métier du secteur de la distribution et de l’agroalimentaire, de la gestion des promotions au reporting sur les données de vente. À cette spécialité de départ, l’éditeur a ajouté des fonctionnalités originales comme la gestion des promotions à travers des réseaux sociaux, comme Facebook, pour une enseigne ayant décidé de réaliser une campagne de promotion auprès des inscrits sur ce réseau social et proches de ses magasins. « Cela a demandé une adaptation de nos modèles », explique Benoît Pigeon. « Mais l’avenir est certainement là en travaillant au niveau du consommateur. » De sa spécialité première, Tilbury envisage d’étendre son expertise à des secteurs proches, comme celui de la pharmacie par exemple.
La difficile adaptation des grands du marché Teradata suit aujourd’hui cette piste de la verticalisation via différentes offres. Avec MAP, Teradata collecte, intègre et analyse les données à destination des métiers de la chaîne d’approvisionnement. En partenariat avec SilkRoad, l’éditeur propose en ligne une application de prévision des ventes et de réapprovisionnement des produits. Michel Bruley, directeur marketing de Teradata France, est cependant prudent sur le sujet : « Tout cela provient d’une approche très sectorielle du décisionnel et des entrepôts de données. Dans la foulée, beaucoup ont packagé des offres pour la banque, la distribution ou le secteur des télécommunications. Mais les banques ont de tels millefeuilles applicatifs et de tels historiques, qu’il est difficile de réaliser un package pertinent. Dans la distribution, cela a été à destination d’enseignes d’assez petites tailles. Dans le domaine, nous n’avons pas vu de best-sellers. Il faut bien sûr affiner selon les métiers mais, en général, ce sont des offres qui “marchotent”. » Michel Lachkar, chez Klee Group, est encore plus sceptique sur cette adaptation des offres : « Plus qu’une verticalisation, j’y vois un souhait ou un axe de positionnement nouveau pour les éditeurs. Ce sont des offres assez classiques sur d’autres créneaux. Elles ont souvent du mal à percer, comme l’offre d’Oracle dans la Santé, même s’il semble normal d’adresser plus chirurgicalement les besoins des entreprises. » Olivier Métier, chez Cognos/IBM, partage aussi cet avis : « Il y a beaucoup de marketing autour de ces offres, mais elles ne sont pas vendues comme verticales en tant que telles. Les premières offres sont d’ailleurs assez génériques. » Dans le domaine, Cognos propose une solution de gestion des risques bancaires et dans le domaine de l’énergie. Plus récemment, l’éditeur a annoncé lors de son dernier événement client, à Las Vegas, une solution qui fournit aux départements RH des indicateurs de performance sur les recrutements et les formations ; elle répond également aux nouveaux besoins de gestion des talents.
Les SIG se démocratisent
Une partie des systèmes décisionnels vient depuis longtemps à l’appui des métiers dans l’entreprise. Les SIG, ou systèmes d’information géographique se démocratisent du fait de la vaste adoption des systèmes GPS ou Maps sur Google. Ces applications sont souvent utilisées comme de véritables applications métier (géocodage pour les clients d’une grande banque française, optimisation des implantations des agents d’assurance du réseau national chez Axa…). Leur prix a beaucoup baissé. Selon David Blowal, chez Pitney Bowes Business Insight, une carte de France il y a plusieurs années coûtait près de 4 millions de francs. « Aujourd’hui, vous avez la même chose pour 40 000 €. » Il remarque aussi que ces outils viennent souvent en complément des outils de gestion de la relation client.
|
Open source et Cloud doivent faire leurs preuves
Tendances générales dans l’industrie du logiciel, Open source et Cloud semblent avoir plus de mal à s’imposer dans le secteur de la Business Intelligence, ou « BI », comparé à d’autres secteurs.
Comparativement à d’autres secteurs applicatifs, la Business Intelligence Open source est plutôt bien représentée avec de nombreux projets et produits ayant atteint au moins un succès d’estime. Jedox, Spago BI, Pentaho, Jaspersoft sont des noms connus au-delà d’un cercle d’initiés et gagnent régulièrement du terrain dans les entreprises. Ce n’est cependant pas plus qu’une alternative intéressante aux grands acteurs du marché. Une étude récente de Decideo confirme cette tendance.
Inquiétudes
sur les performances Ainsi, seules 6 % des entreprises utiliseraient des bases de données Open source comme MySQL. Plus d’une entreprise sur deux se dit moyennement intéressée par l’utilisation d’outils Open source dans le domaine. 11 % déclarent cependant un intérêt fort sur ces alternatives libres. Ce constat pourrait cependant évoluer rapidement. Dans une tribune récente, Reda Gomery, directeur de l’agence BI et EPM (Entreprise Performance Management) chez Micropole-Univers, voit une fenêtre d’opportunités pour les outils Open source par l’extension des pratiques de pilotage dans le secteur public, très friand d’Open source. Yannick Jardinier, chez Devoteam, résume le sentiment des entreprises sur le sujet : « En majorité, les clients sont encore réticents sur les outils Open source. Ils sont dans l’expectative et attendent d’avoir des résultats sur les performances de ces outils. Vu la jeunesse de ceux-ci, ils doivent encore faire leurs preuves. Au premier abord, l’intérêt en termes de prix est réel et cela explique que des entreprises se dirigent vers ces produits. Cependant, les services associés ne sont pas toujours présents et le coût de possession est assez équivalent aux autres solutions. Car il n’y a pas que le coût d’acquisition. Malgré une maturité et une fiabilité de plus en plus grandes des produits Open source, les clients conservent encore des préjugés. »
Le Cloud émerge Alors que pendant longtemps les observateurs de l’industrie pensaient que la Business Intelligence resterait trop stratégique pour être externalisée, l’évolution rapide du concept de Cloud bat en brèche cette analyse. Les offres en ligne se multiplient même si peu d’entreprises s’y rallient immédiatement. Michel Bruley, en charge du marketing chez Teradata France, y voit une tendance intéressante : « Les entreprises essaient actuellement de se débarrasser des charges de gestion de leur informatique. Elles essaient de sortir de cette logique d’investissement pour passer à une logique de consommation, particulièrement sur les postes de travail et leur virtualisation, car ce n’est pas sur les serveurs des entrepôts de données qu’il y a le plus de disques. Il y a de gros enjeux dans le domaine. Dans le décisionnel, les applications évidentes sont celles de bac à sable ponctuel pour tester des modèles, que ce soit sur un Cloud public ou privé, voire en interne. » Jean-Marie Messager, chez Sopra, tient plus ou moins le même langage : « Cela représente une petite révolution dans la manière d’aborder les choses et devrait accompagner une démocratisation dans les outils opérationnels sous ce mode. Même s’il reste des difficultés entre l’expérience en SaaS et la redescente vers les systèmes internes, cela semble intéressant sur des domaines bien maîtrisés. »
Des demandes mais peu de réalisations Michel Lachkar, chez Klee Group, est cependant plus dubitatif sur le court terme : « Il n’y a pas de demande réelle, en revanche nous voyons des attentes sur la tierce maintenance applicative des solutions et les entreprises ne souhaitent pas s’occuper de l’exploitation courante ou des problèmes d’exploitation. » Olivier Métier, chez IBM/Cognos, le confirme lui aussi : « En avant-vente, nous avons des demandes mais elles ne se concrétisent pas en réalisation. » Pourtant, Cognos, désormais dans le giron d’IBM, est à bonne école avec la mise en œuvre d’un premier Cloud interne décisionnel qui permet de consolider les données des clients d’IBM et d’en apporter une vision unique dans l’entreprise. Cette offre devrait se décliner sous forme de services en ligne dans le cadre d’un Cloud privé pour des entreprises intéressées. Mais cela prendra du temps. « Si les clients sont intéressés, ils ont encore des hésitations. Car c’est encore très novateur. »
|
|
|
|
|
|
|
|
|