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GPAO
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GESTION DE PRODUCTION La GPAO face à la mondialisation Par Bertrand Garé - Copyright L'Informaticien, tous droits réservés
Après le « juste-à-temps », la mondialisation, … les logiciels de gestion de production s’adaptent vaille que vaille aux transformations de l’économie. Qu’ils soient modules de solutions intégrées ou applicatifs indépendants plus ou moins spécialisés, ils constituent des applicatifs stratégiques pour toutes les entreprises industrielles.
• Un marché atomisé • Un socle technique flexible • Un fonctionnel étendu
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Un marché atomisé
La gestion de production fût, pendant, longtemps un pan majeur de l’informatique. Ainsi, de nombreux logiciels intégrés de gestion (ERP) sont issus de cette mouvance. De ce piédestal fonctionnel, la GPAO est retombée au rang de simple module dans des logiciels de gestion à vocation plus large. Seuls quelques spécialistes subsistent. Le marché reste cependant très atomisé et la verticalisation l’emporte largement.
Si vous recherchez des études sur le marché de la gestion de la production, vous risquez d’être un peu déçu. Depuis 2007, il n’existe pas de chiffres spécifiques, si ce n’est deux recherches d’IDC et du CXP. La première englobe la gestion de production dans le contexte plus large des ERP. La seconde insiste plus particulièrement sur les différents aspects fonctionnels et techniques de ces outils. Cette relative pénurie de données provient de différents changements d’attitude vis-à-vis de la gestion de production et d’une évolution de l’organisation des entreprises. Celles-ci, accompagnant la globalisation, ont étendu leurs besoins. Désormais, il est plus facile de trouver des éléments sur les systèmes industriels dans les recherches sur la gestion du cycle de vie des produits (PLM ou Product Life cycle Management) ou les MES (Manufacturing Execution Systems). Ces deux éléments ne couvrent cependant pas l’ensemble de la chaîne, le PLM se trouvant bien souvent en amont de la gestion de production, et les MES ne recouvrant que la réalité des matériels présents sur le terrain, le « floor » dans le jargon du secteur. Il faut aussi admettre que le domaine de la GPAO ne figure plus vraiment dans les tendances du moment. Un des tests les plus sûrs en la matière est de poser des questions à ce sujet sur différents réseaux sociaux. Le bilan n’est pas flatteur pour le secteur ! A peu près personne n’intervient sur ce thème, alors que pour le Cloud Computing ou les méthodes agiles de développement, les réponses se comptent en dizaine !
Dans la base du CXP, plus de 200 acteurs sont recensés sur le secteur de la gestion de production. Cette multitude d’acteurs peut être trompeuse. Dans une étude réalisée en 2008, le même cabinet de conseil constatait que le marché des grands comptes était dominé par les grands acteurs de l’ERP. Le phénomène de consolidation qu’a connu le secteur des ERP ces dernières années (les acquisitions d’Oracle en particulier) a encore renforcé la tendance. Il en va de même pour Infor qui s’est hissé dans le haut du panier des ERP industriels après les rachats de SSA et d’autres acteurs spécialisés. Lawson Software, avec le rachat d’Intentia et de son produit Movex, Sage avec le rachat d’Adonix sont d’autres exemples.
A l’ombre des leaders de l’ERP,
des acteurs plus spécialisés
A côté de ces acteurs majeurs de la gestion de production, il faut aussi souligner la place prise par des spécialistes du secteur comme QAD, IFS et IBS. Ces éditeurs se concentrent sur certains segments de l’activité industrielle et proposent des solutions s’adaptant aux processus spécifiques de ces industries. IFS se concentre ainsi sur six secteurs, tout comme QAD. Selon IDC, seulement 58 % des entreprises ont automatisé la fonction de production. Il reste donc encore des perspectives de développement. 28 % ont fait le choix du module de l’ERP présent dans l’entreprise, 3 % ont fait celui d’un logiciel spécialisé intégré dans leur environnement d’ERP et 9 % celui d’un logiciel spécialisé. Pour l’offre vers les PME, le choix se fait plus large. Ici, ce sont plutôt les acteurs nationaux comme Sylob, Clipper, Divalto, Silverprod, PMI Soft (pour les plus petites) qui tiennent le haut du pavé. Ces acteurs profitent souvent d’une bonne implantation régionale qui leur a permis ensuite de rayonner plus largement. Les PME ont, par ailleurs, des budgets plus limités. Les offres des acteurs nationaux sont loin du niveau de prix de celles évoquées précédemment. Ces fournisseurs sont de plus en plus sensibles aux solutions clé en main répondant parfaitement à leur secteur d’activité. Les acteurs de niche ont donc, là, matière à s’exprimer pleinement. La plupart proposent d’ailleurs des solutions très verticales pour un seul secteur ou quelques métiers spécifiques, comme les équipementiers de second ou troisième rang dans l’automobile. Autre différence, la majorité de ces éditeurs restent leur propre intégrateur et n’ont pas développé, a contrario des grands ERP, de partenariats forts avec d’autres SSII pour l’installation ou la vente de leur logiciel. Se concentrant sur les fonctions spécialisées dans la production, ces logiciels s’appuient, en revanche, sur des partenaires pour les autres besoins de l’entreprise. Ainsi, Clip Industrie, éditeur du logiciel de GPAO Clipper, a noué un partenariat avec Sage pour couvrir la partie comptabilité-finance.
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Un socle technique flexible
Les logiciels de gestion de la production se doivent de suivre le rythme de l’entreprise. Celles-ci sont désormais dans un contexte globalisé combiné avec une forte internationalisation, avec des changements rapides, à la fois de produits et de contexte. Le socle technique qui les sous-tend se doit d’être flexible pour s’adapter, et de suivre les grandes tendances du moment.
Pendant longtemps, les systèmes industriels se sont inscrits dans la durée. Une usine se devait de rester en place plusieurs années, voire plusieurs décennies. Une fois mis en place, le système de production était comme figé. Même avec une certaine informatisation, le phénomène était identique. Ainsi, une multinationale américaine qui travaille dans le film alimentaire a-t-elle figé son système sur des mainframes pendant des années pour stabiliser un outil de production optimisé et fiable. Aujourd’hui, la donne est différente. Les sites de production se doivent de suivre le tempo de l’entreprise. Amor Bekrar, patron d’IFS France, précise : « L’échelle de temps a changé pour l’informatique mais aussi pour l’investissement industriel. Il se rentabilise vite, très vite même. Cette durée dépend du secteur d’activité. Dans les semi-conducteurs, le retour sur investissement doit être vérifié dans les deux ans. C’est la limite pour l’obsolescence de l’outil. Il est aussi possible que la localisation ne soit plus d’actualité du fait des coûts de la main d’œuvre, du cours du dollar ou des matières premières. Cela implique que le système d’information qui soutient l’outil industriel devienne très flexible et agile avec la capacité de répondre aux remises en cause sur l’utilisation et les fonctions de l’outil industriel. »
Une architecture
de composants et de services
Pour répondre à ce défi permanent, les éditeurs ont choisi, dans leur grande majorité, d’adopter des architectures orientées services (SOA) leur permettant à la fois de proposer des composants qui personnalisent ou verticalisent les solutions, selon les besoins propres de chaque client, mais aussi pour simplifier l’intégration avec les autres outils nécessaires au processus de fabrication (lien avec les outils de CAO ou de PLM en amont, interface avec les outils de MES ou présents dans les entrepôts pour la logistique). Dans ce domaine, les outils suivent la tendance globale du marché des ERP.
Autre avantage de ce type de plateforme est qu’elle autorise le « multi-mode ». Les industries ne produisent pas de la même manière selon leurs secteurs d’activité. L’architecture et la structure en composants des outils logiciels accompagnent ainsi les entreprises dans leurs différents modes de fabrication, qu’ils soient en juste-à-temps, MRP, Lean Manufacturing. D’ailleurs, si les industries sont différentes, les processus ne sont pas fondamentalement différents et rien n’empêche aujourd’hui un équipementier automobile de travailler ou de se reconvertir dans l’aéronautique, par exemple. D’autre part, l’industriel d’un secteur peut ainsi profiter des bonnes pratiques d’un autre secteur sans remettre en cause ses outils existants. Les industriels ne travaillent pas déconnectés de leurs contextes partenaires et clients. Certaines tâches comme la logistique, la conception, voire la recherche et développement, sont externalisées. Les systèmes se doivent donc de permettre des intégrations aisées et de fournir souvent des données en temps réel.
Le Lean Manufacturing Outre le classique MRP et le rigoureux Kanban, les entreprises s’intéressent
aussi au modèle d’organisation appelé « Lean Manufacturing ». Cette méthode d’organisation industrielle porte une réflexion au niveau des processus et a pour but d’éliminer toutes les étapes inutiles en vue de raccourcir le cycle de production, produire mieux et éviter les coûts inutiles.
La démarche a débuté dans l’automobile. Amor Bekrar (IFS France) précise : « Au-delà du buzz des sociétés de conseils sur ce modèle d’organisation, le Lean apporte une vision pragmatique et assez simple au départ. Il peut apporter de réelles avancées chez le client. D’ailleurs, le concept s’étend au-delà des limites de l’industrie, et on parle déjà de Lean services. » Jean-Philippe Baert, directeur commercial chez QAD, renchérit : « Le Lean peut faire largement progresser une entreprise. Ces pratiques parties de l’automobile rayonnent dans d’autres industries. »
Chez Supra, une filiale d’EDF Energies spécialisée dans la conception,
la fabrication et la commercialisation d’équipements de chauffage à bois destinés aux particuliers, il a été constaté grâce au Lean une plus grande flexibilité de la production, une augmentation du nombre de références fabriquées dans l’atelier, une diminution du cycle de production, une réduction des stocks, des effectifs et une augmentation de la productivité.
 Suivi des indicateurs dans une démarche « Lean » de production dans IFS application.
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Un fonctionnel étendu
La GPAO s'étend en amont et en aval vers les outils de gestion du cycle de vie du produit (PLM) et la logistique. Les ajouts fonctionnels suivent cette tendance, tout en conservant les points forts de la GPAO.
Pour fonctionner, une gestion de production a besoin de données (les articles, les ressources, les nomenclatures…) et d’outils permettant le traitement de ces données comme l’ordonnancement, la planification, les prévisions. Sur ce socle de base, se rajoutent des fonctionnalités qui étendent la gestion de production vers des besoins annexes mais tout aussi importants, comme la gestion de la maintenance, de la qualité, de la conformité. On peut y ajouter des fonctions spécifiques, comme les échanges EDI, l’intégration avec les outils de CAO et vers des fonctions avancées de gestion de la logistique et des outils de production (MES, gestion d’ateliers, d’entrepôts, des transports).
Un socle de base bien défini
Le socle de base représente les fonctions qui ont permis à la gestion de production de tenir bien longtemps le haut du pavé dans le monde de l’ERP. Une base centralisée regroupe toutes les données nécessaires pour la gestion de la production. Sur ces données sont effectués des traitements autorisant à prévoir, planifier, puis lancer la fabrication. Les données présentes sont de différentes natures mais certaines sont indispensables. Ainsi, la gestion des articles consiste à maintenir en permanence les données relatives à tous les articles, qu'ils soient achetés ou fabriqués, stockés ou non. La gestion des nomenclatures se trouve particulièrement décisive pour le processus MRP, puisqu’elle permet de réaliser le calcul de besoin net. Elle est aussi particulièrement importante pour les produits se déclinant sous un grand nombre de versions. Il convient aussi de prévoir la gestion des ressources ou des outillages.
 Un écran de l’outil IFS mettant en correspondance les données produits et le calcul de prix de revient.
Autre fonction nécessaire : la gestion des processus. Elle se décompose en gestion des gammes et des opérations. Tous les logiciels du marché proposent des opérations standards qui peuvent être ensuite utilisées dans les gammes (ensemble des données relatives sur les dates de validité ou de quantité, et les informations propres à chacune des opérations).
L’intégration « fine », marque déposée des logiciels de GPAO
Sur cet ensemble de données, des outils permettent de réaliser des statistiques ou des calculs pour prévoir au mieux la production. La programmation est, dans la grande majorité des cas, réalisée par le biais du calcul des besoins en sous-ensembles, matières et composants constitutifs des produits fabriqués par l'entreprise selon la méthode MRP. Le programme directeur de production aboutit ainsi à des suggestions d'ordres de fabrication et d'achats. L'ordonnancement a pour but de positionner dans le temps les opérations qui doivent être réalisées pour exécuter les ordres de fabrication générés par la programmation et validés. En effet, la programmation aboutit en général à la présence simultanée, devant chaque ressource, de plusieurs ordres susceptibles d'être traités. Ces différentes fonctions sont un minimum dans un logiciel de gestion de production. Les modules complémentaires ajoutent à la fois des processus de production différents, la gestion des stocks, de la maintenance. Le point principal tient dans l’intégration avec la gestion des achats et la gestion commerciale pour parvenir à un ensemble cohérent. Cette intégration fine entre ces différents modules est en quelque sorte la marque déposée des logiciels de GPAO. Une gestion de production ne peut fonctionner seule. Il lui faut aussi des ponts vers les autres fonctions de l’entreprise pour facturer, acheter les matières premières ou les produits semi-finis... Jean-Phillipe Baert (QAD) illustre ce point avec l’exemple d’un de ses clients : « Chez Johnson Controls, il existe plus de 2 000 combinaisons possibles de composants pour leurs produits. Ils utilisent notre module JIT (Just in Time). Le plus souvent c’est l’organisation qui fait la différence. » Suivant le modèle d’organisation choisi, la gestion de production peut prendre une fonction centrale avec un rayonnement vers l’aval et l’amont.
 Un exemple de planification de fabrication.
Ainsi, une forte tendance fonctionnelle tient dans l’ajout de plug-ins ou d’intégration avec les outils de conception de produits. Jean-Philippe Baert précise : « QAD a un accord particulier avec PTC, et nous sommes revendeurs du logiciel WindChill. » La tendance est aussi présente chez des éditeurs moins importants comme Clip Industrie, partenaire de Dassault Systems pour le logiciel SolidWorks. En aval, la gestion de production se dote de modules vers trois directions : la logistique, la maintenance, la qualité. Si la logistique est de plus en plus externalisée, comme le précise Amor Bekrar d’IFS, il n’en reste pas moins que les besoins se font sentir dans l’optimisation de la livraison des produits fabriqués. Gestion d’entrepôts et du transport sont désormais intimement liés avec les outils de gestion de production. Dans les modèles d’organisation industrielle actuelle, la maintenance devient une fonction importante. Le but est de rallonger la disponibilité des matériels de production et ainsi de réduire les coûts imputables à des arrêts de production. La plupart des éditeurs ont ajouté des modules de GMAO (gestion de la maintenance assistée par ordinateur) à leur produit. Cet ajout est lié aussi à la mise en œuvre de la qualité dans les entreprises qui se doit d’apporter autre chose qu’une simple certification AFAQ ! La qualité apporte aussi des produits mieux réalisés avec moins de pièces défectueuses, et donc une production optimisée.
Si les outils de gestion de production ont toujours une grande importance, ils n’ont plus vocation à être une fonction à part et s’intègrent dans un processus global de production qui part de la conception, pour se terminer directement chez le client final. La GPAO suit, en cela, les organisations actuelles des entreprises.
Différentes organisations de production Après la vague du Taylorisme, les entreprises industrielles ont adopté d’autres modèles d’organisation souvent liés au nouveau modèle mis en place dans les usines de Toyota dans les années 70. Le « toyotisme » mettait l’accent sur le « juste-à-temps » avec la mise en œuvre de la méthode Kanban qui permet d’optimiser l’arrivée des pièces au moment adéquat pour le montage du véhicule. Le but est de limiter les stocks immobilisés qui coûtent cher et de rentabiliser l’outil de production en le faisant tourner au maximum. Cela implique une maintenance préventive des équipements, pour qu’ils soient en permanence disponibles, et une gestion rigoureuse des stocks avec des seuils minimaux et maximaux.
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