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SERVEURS : L'incroyable essor des Blades
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SERVEURS L’incroyable essor des « blades » Par Yann Serra - Copyright L'Informaticien, tous droits réservés
C’est parti ! Depuis cette année, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à faire migrer leur centre de données vers des serveurs blades. À entendre leurs constructeurs, ces machines toutes fines et ultra condensées n’auraient que des avantages. Est-il vraiment temps de jeter vos serveurs en tour et en rack ?
Avec sa disposition verticale, sa largeur toute mince, sa carte mère complète et son châssis pour l’accueillir, le boîtier blade – ou « lame » en bon français – n’est rien d’autre qu’un gabarit dernier cri inventé pour résoudre, toujours plus efficacement, la consolidation des serveurs. Cette dernière correspond à la réplication des applications serveurs d’une entreprise sur suffisamment de machines en parallèle pour qu’il y ait en permanence une unité disponible à même de traiter les nouvelles requêtes. Qu’il s’agisse de répartir la charge sur le réseau, de cumuler de la puissance ou de toujours assurer une redondance en cas de panne, la consolidation s’est aussi bien imposée dans le domaine des serveurs Web (frontaux), des serveurs d’applications (mid-tiers) et autres bases de données (troisième tiers) que dans celui des supercalculateurs.
Du point de vue logiciel, la consolidation est un exercice parfaitement digéré. De BEA à WebSphere, en passant par Altiris ou Oracle 10 Grid, les solutions serveurs se jouent depuis belle lurette des problématiques de répartition du travail (on parle plutôt de « distribution », voire de « gridification ») sur un réseau de machines physiquement indépendantes, chacune fonctionnant sous son propre système d’exploitation, avec ses propres copies d’applications. Et comme le précise Pascal Roussel, chef de produits Serveurs xSeries et Blade chez IBM, « De surcroît, les commutateurs évolués – ou switches, en anglais – permettent de bénéficier d’une distribution dynamique des requêtes (load balancing) sur la base d’algorithmes avancés (round robin, etc.). »
Fin du fin, Fujitsu Siemens va jusqu’à proposer à son catalogue le logiciel ASCC (Adaptive Services Control Center) qui permet de définir des règles de répartition de charges en fonction des priorités de l’entreprise (notamment lorsqu’une application devient ponctuellement plus importante, tel un progiciel de comptabilité qui a besoin de plus de puissance au moment de la rédaction des fiches de paie). Dans le même ordre d’idée, chaque constructeur procure à ses clients des outils d’administration par lots de serveurs. Assez évolués, ceux-ci permettent l’installation automatique des logiciels (éventuellement par clonage d’une configuration existante), la surveillance et le pilotage à distance (qui comprend le redémarrage) pour chacune des machines présentes sur le réseau. Pêle-mêle, citons Open Manage chez Dell (dont la surveillance va jusqu’à calculer le budget électrique), Systems Insight Manager chez HP, la suite ServerView chez Fujitsu Siemens (qui peut même reconfigurer le BIOS des serveurs), ILOM chez Sun ou encore Director chez IBM (capable d’installer automatiquement les bons pilotes).
Quand le génie logiciel se heurte au détail physique
Mais, paradoxalement, ajouter physiquement de nouvelles machines dans son réseau a longtemps été plus facile à dire qu’à faire. Yves Capelle, spécialiste des solutions blade chez HP, est consterné par la réalité pratique de la chose : « Songez qu’avec les contraintes de placement des prises murales, de longueur arbitraire des câbles et d’espace disponible, une entreprise peut perdre une bonne journée rien que pour réfléchir à la façon dont elle va installer physiquement un nouveau serveur classique, en boîtier tour. Et si l’aménagement à faire concerne plusieurs ordinateurs, vous êtes généralement bon pour vous apercevoir au dernier moment qu’il faut prendre rendez-vous avec un électricien. »
Certes, les entreprises qui investissent dans une consolidation de serveurs bénéficient généralement des bons conseils d’un prestataire pour que le problème ne se pose que la première fois. La solution jusqu’ici majoritairement proposée est celle des « racks », à savoir des serveurs en forme de « boîte à pizza » d’une largeur de 19 pouces (un peu plus de 48 cm) et que l’on peut superposer les uns au-dessus des autres dans une étagère normalisée en 42U. Le U, qui signifie « unité », correspond à la hauteur minimale d’un serveur rack, soit 4,5 cm environ. Une étagère peut donc contenir 42 serveurs racks 1U, ou moins si certains mesurent davantage – ce qui est le cas, notamment, lorsqu’un serveur accueille des cartes PCI additionnelles.
Mais Thierry Marseille, porte-parole du fondeur Intel, acteur impliqué depuis quelques années dans le design final des produits informatiques, ironise sur le « standard » rack : « C’est une étagère métallique à glissière pour ranger des serveurs les uns au-dessus des autres, et c’est tout ! À part disposer tous les câbles au même endroit, cette digne héritière de la bureaucratie soviétique n’apporte aucune valeur ajoutée à ce fleuron de l’informatique moderne qu’est le centre de données. » Principalement pointée du doigt, l’absence totale de bénéfice en ce qui concerne le cumul de la consommation électrique et la croissance de difficulté pour la maintenance matérielle.
Comment migrer ?
Tous les constructeurs proposent un service de migration des logiciels de l’ancienne ferme de serveurs vers une nouvelle installation à base de blades. Il s’agit généralement d’installer physiquement les blades au coté des anciens serveurs (en étendant momentanément le nombre de machines dans le réseau), de copier leur image disque (à l’aide de l’outil de gestion fourni, lequel prend en compte les problématiques de pilote), de vérifier que cela marche et de désinstaller les anciens serveurs. « Et c’est tout ! », s’exclame Xavier Crombez de Dell, « Les blades offrent un nouveau form factor et plus de puissance, mais restent intrinsèquement des serveurs du même type que leur prédécesseur. » Alternativement, certains constructeurs, comme Sun, proposent de configurer et de tester la ferme de blades avant de l’installer sur site.
Plus de cohérence dans le matériel
« Avec les blades, chaque serveur se résume à une carte mère et un disque dur. Tout le reste (alimentation, ventilateurs, connecteurs, câbles) est mutualisé dans le châssis qui reçoit les blades », explique Nathalie Rotceig, chef de produit de la division Serveurs chez Dell France. Cette conception simplifie grandement le Data Center, ce qui permet d’allèger la maintenance et, par conséquent, le coût de celle-ci. Accessoirement, elle contribue à réduire les volumes, ce qui n’est pas innocent dans le cadre de machines qui réclament d’onéreux espaces climatisés, seuls garants de leur fonctionnement à plein régime – d’un point de vue contractuel, du moins. La DSI d’Antargaz, client de Dell, raconte ainsi la migration d’un Data Center vieillissant, composé de serveurs monolithiques d’ancienne génération, vers une ferme de blades : « Les serveurs blades Dell PowerEdge 1955 apportent des performances accrues dans un espace restreint ; la salle informatique a vu son nombre d’armoires racks diminuer de sept à trois grâce à cette technologie. »
Le câblage, cauchemar de l’administrateur, constitue le progrès le plus visible. Le châssis intégrant des commutateurs pour les connectiques réseau, SAN et même KVM (à savoir la triplette clavier-écran-souris pour manipuler localement un serveur), on ne trouve plus à l’arrière de l’armoire un groupe de câbles par serveur, mais un groupe de câbles par châssis. Un détail que ne manque pas d’illustrer Yves Capelle : « Prenez une armoire avec quarante serveurs rack 1U (les 2U restants étant dévolus aux switches réseau et SAN). Pour des raisons de redondance et de logistique, chaque rack est branché à quatre câbles réseau, deux câbles SAN, deux câbles d’alimentation et un câble ILO2 (maintenance locale). Ce qui nous fait un total de… trois cent soixante câbles ! Avec une solution blade, vous disposez de soixante-quatre serveurs répartis chez nous sur quatre châssis de 10U (serveurs HP BladeSystem c-Class, avec châssis c7000 et blades Proliant BL460c), lesquels sont individuellement reliés à quatre câbles réseau, quatre câbles d’alimentation, quatre câbles SAN et un câble ILO2, soit un total de cinquante-deux câbles à peine. En gros, nous avons sept fois moins de câbles pour 1,5 fois plus de serveurs dans le même espace ! »
Si les difficultés ponctuelles que pose un nombre trop important de câbles peuvent paraître subjectives, il suffira surtout de retenir un paramètre : le SAN. Cette baie de stockage (qui peut accaparer à elle seule plusieurs U de hauteur) est reliée aux serveurs par une infrastructure Fiber Channel, à savoir un réseau de câbles et de répétiteurs (la « Fabric ») qui coûte bien plus cher que l’Ethernet conventionnel et qui gagne donc grandement à être mutualisé. Selon Yves Capelle de HP, « du point de vue des tarifs, il est plus intéressant de préférer des blades à des racks à partir de huit serveurs. Mais si vous disposez dans votre ferme d’un SAN, alors la solution des blades coûte moins cher dès deux serveurs ! » Pour Christine Boskov, chef de produit Serveurs chez Fujitsu-Siemens, l’intérêt d’une solution blade a l’avantage de pouvoir se résumer en quelques mots à peine : « Vous avez besoin de cent vingt serveurs ? En racks, cela correspond dans notre catalogue à trois armoires 42U, une consommation de 80 000 watts et sept cent vingt câbles à l’arrière. En blades, nous vous proposons deux armoires, 44 000 watts et cent vingt câbles à peine. »
Le câblage, cauchemar de l’administrateur, est réduit de 75 à 85 % grâce aux blades.
Des économies d'énergie difficiles à assimiler
Car, bonne nouvelle, la consommation électrique est au diapason. Selon Nathalie Rotceig, de Dell, « pour dix serveurs, vous aurez dix alimentations 700 watts dans une solution à base de racks 1U et seulement quatre alimentations 1 000 watts dans notre châssis 7U, lequel peut accueillir dix blades PowerEdge 1955 ». En comptant un tarif EDF professionnel de 0,08 euro par kWh, les blades permettent ainsi d’économiser un peu plus de 2 100 euros sur la facture d’électricité de dix serveurs fonctionnant à plein régime, 24h/24 pendant un an. L’économie réalisée n’est pas anodine puisqu’elle correspond au prix généralement constaté d’un serveur blade. Chez HP, on passe même au cran supérieur avec le dispositif Dynamic Power Saver, lequel bascule la totalité de la consommation sur le nombre minimum d’alimentations et éteint celles qui ne servent pas. Puisque l’économie réalisable dépend de la charge sans cesse mouvante des serveurs, on peut difficilement l’évaluer. Néanmoins, un document interne à HP cite l’exemple d’une réduction moyenne de 35,2 watts pour un châssis HP BladeSystem c7000 de seize blades. Christine Boskov, chez Fujitsu-Siemens, affirme quant à elle que les solutions blades de Fujitsu-Siemens permettent de réduire de 25 % en moyenne la facture électrique. Selon Pascal Roussel chez IBM, « l’économie d’énergie est l’un des points les plus intéressants d’une solution blade, mais c’est également le point que nos clients ont le plus de mal à assimiler dans le sens où il ne correspond pas à un retour sur investissement immédiat ». La baisse de la consommation électrique ne s’explique pas que par le partage des alimentations entre les serveurs, elle est à l’identique liée à la réduction du nombre de ventilateurs. Selon Jean-Yves Pronier de Sun Microsystems, « que ce soit à l’aide de serveurs racks SunFire X4600 (4U, huit processeurs à double cœur) ou de châssis SunBlade 8000 complets (19U, dix blades de quatre processeurs à double cœur), on peut disposer quatre-vingts processeurs à double cœur dans une armoire 42U. Mais dans le premier cas, nous avons cent vingt ventilateurs (douze par serveur rack) et, dans le second, seulement trente-six (dix-huit par châssis SB8000, avec au maximum deux châssis par armoire). En effet, l’unicité du châssis nous permet de disposer des trajectoires de refroidissement transversales qui profitent à tous les serveurs blades, alors que celles-ci sont ponctuelles sur chaque serveur en rack ». À ce petit jeu, le châssis BladeCenter H d’IBM semble battre tous les records, puisqu’il ne comporte que deux ventilateurs pour les quatorze blades embarqués alors que le même nombre de serveurs IBM en racks totalise… cent douze ventilateurs (huit par rack) ! Le design miracle est breveté : il s’appelle Calibrated Vectored Cooling est a été inventé pour les mainframes du constructeur.
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Un marché en plein essor : +100% par an !
Bref, les solutions blades présentent des avantages sur tous les fronts et satisfont ainsi les besoins les plus hétéroclites. Pascal Roussel d’IBM en témoigne : « Nous avons des clients à la Défense qui y voient l’opportunité d’optimiser les mètres carrés et le système de refroidissement de leur salle IT, des PME qui se réjouissent de la simplicité d’administration et de l’économie réalisée ou encore des grands comptes qui apprécient la versatilité des configurations, (notamment dans le cadre des commutateurs intelligents LAN et SAN, modules totalement interchangeables à l’arrière des châssis). » À partir du moment où l’on sait que les serveurs blade sont « hot swappable », c’est-à-dire que de surcroît ils se remplacent juste en appuyant sur un bouton d’éjection pour extraire la lame défaillante et en poser une fonctionnelle à la place, sans rien avoir à débrancher ni à éteindre, on se sentirait presque animé d’une envie d’applaudissement frénétique ; notamment par solidarité envers les administrateurs dont le quotidien bascule soudainement dans la plénitude. Un enthousiasme dont ne se prive pas le très sérieux observatoire IDC, lequel prédit que les blades constitueront 11 % des ventes de serveurs en 2006 et 25 % en 2009 ; l’observatoire Gartner annonce pour sa part 20 % en 2008.
Du point de vue des constructeurs, Dell se targue de vendre aujourd’hui 40 % de serveurs consolidés au format blade, le reste étant encore des racks, et HP parle plutôt de 25 %, bien que la progression des ventes de blades d’une année sur l’autre serait de 100 %. Pour Fujitsu-Siemens, les blades correspondent à 5 % du chiffre d’affaires des serveurs x86 tous formats confondus. Chez IBM, numéro 1 des blades depuis deux ans et demi, et titulaire aujourd’hui de 40 % de parts de marché dans le monde, on n’hésite pas à déclarer que le format blade connaît ces temps-ci la plus forte croissance qu’un produit x86 ait jamais connue.
Quelles limites ?
Certes. Sauf que… les serveurs blades sont apparus sur le marché en 2001 et les entreprises ne manifestent leur engouement pour cette solution que depuis l’année dernière. Pour Pascal Roussel, chez IBM, il n’y a rien de bien étonnant à cela : « Il est classique que les clients attendent qu’une solution mûrisse avant de l’adopter. De même, on observe que la carrière des blades a doucement commencé avec des applications simples comme l’hébergement Web. Mais ces serveurs peuvent désormais faire tourner toutes les applications, y compris les plus critiques, surtout s’il y a une infrastructure de stockage derrière. » Un élément que corrobore Yves Capelle, chez HP, tout en sous-entendant qu’il y a peut-être eu une erreur marketing au départ : « Convaincre nos clients que les blades ne servent pas qu’à faire de l’hébergement Web est la mission qu’il nous reste à accomplir, ce qui n’est pas forcément simple dans le sens où certains constructeurs avaient exclusivement misé leur communication dessus afin que la carrière des lames démarre en trombe ».
Jean-Yves Pronier, chez Sun, nuance quant à lui la largesse du champ d’applications : « Le fait est que l’on met moins de processeurs dans un blade que dans un gros serveur. Ceci implique qu’à nombre égal de processeurs, une ferme de blades souffrira de plus de temps de latence (nombre supérieur d’interconnexions réseau) qu’une ferme de puissants serveurs (nombre supérieur d’interconnexions processeur), pénalisant par conséquent certaines applications qui exigent des temps de latence minimaux pour accéder à des données qui viennent d’être traitées. Se pose également le problème des calculs HPC et des grosses bases de données qui nécessitent des configurations supérieures à huit cœurs et qui ne sont donc pas candidats aux blades ». Sun réduit néanmoins le problème puisque ses serveurs SunBlade 8000 sont parmi les seuls à embarquer quatre processeurs à double cœur dans chaque lame. Et comme il s’agit d’AMD Opteron de dernière génération, le client a la garantie qu’il pourra directement peupler ses blades avec les prochains modèles de cette puce, lesquels conserveront le même socket mais offriront quatre cœurs au lieu de deux (soit un total de seize coeurs par blade). De son côté, Fujitsu Siemens opte pour une solution alternative, mais qui va dans le même sens, à savoir des blades qui s’emboîtent entre eux pour former un serveur unique doté de seize cœurs.
Portrait-robot d’une solution blade
Puisqu’ils sont disposés verticalement, les serveurs blades occupent une hauteur importante (généralement entre 7U et 10U, voire 19U sur les SunBlade 8000 de Sun). Mais leur faible épaisseur (due à l’absence de toute extension et de tout élément mécanique, si ce n’est un disque dur), leur permet de récupérer plus d’espace en largeur, soit entre huit et seize unités possibles. On dispose ainsi en moyenne de 50 % de serveurs en plus dans une armoire 42U grâce aux blades. À l’intérieur de chaque blade, logent la plupart du temps deux processeurs x86 à double cœur (ce qui fait un total de quatre cœurs), soit deux Intel Xeon « WoodCrest » (série 51x0, jusqu’à 3 GHz, FSB 1 333 MHz, 4 Mo de cache L2) ou deux AMD Opteron 2000 (jusqu’à 2,8 GHz, FSB 800 MHz DDR2, 2 x 1 Mo de cache L2). Pour l’heure, le Xeon d’Intel est réputé pour avoir de meilleures performances et consommer moins d’énergie.
L’Opteron d’AMD s’accompagne quant à lui de la promesse d’une mise à jour « imminente » du processeur vers une version comportant quatre cœurs et directement interchangeable sur la carte mère du blade. La norme venant de passer à 8 Go de Ram par cœur de processeur (effet de mode ?), c’est en toute logique que les blades supportent 32 Go de mémoire. Le disque dur de petite taille en Serial-ATA – moins cher – ou Serial-SCSI (deux fois plus rapide) contient le système d’exploitation et les logiciels qui font tourner le serveur, mais pas les données de travail, lesquelles sont stockées sur une unité dédiée à cet effet. L’arrière du blade ne comporte pas la connectique standard, mais juste un slot par lequel passent tous les signaux d’entrée-sortie (ainsi que l’alimentation). Celui-ci est connecté à une carte « fond de panier » dans le châssis, laquelle redirige toutes les entrées-sorties des blades vers des slots destinés à des modules de commutation (switches), lesquels assurent les liaisons réseau (entre le châssis et le reste du réseau, mais également entre les blades d’un même châssis) et SAN (vers des baies de stockage, lesquelles vont contenir les données de travail). En ce qui concerne le réseau, plusieurs marques de switches sont possibles (Nortel, Cisco…) afin que tous les serveurs présents, indépendamment de leur constructeur, puissent partager la même logique de répartition des charges que le reste du data center.
Outre le Gigabit Ethernet, qui domine par défaut, l’utilisateur a le choix de doter ainsi ses machines d’un réseau plus particulier, tel que Myrinet ou Infiniband. Il est à noter qu’à l’exception du SunBlade 8000 de Sun, les contrôleurs réseau et SAN ne se trouvent ni sur le fond de panier, ni dans les switches, mais bien sur chacun des serveurs blades. Enfin, dans la plupart des cas, le châssis comporte la triplette de connecteurs clavier-écran-souris pour qu’un administrateur puisse manipuler localement un serveur (ce qui ne devrait normalement jamais arriver), en choisissant la machine cible à l’aide d’un interrupteur. Ce dispositif peut éventuellement se doubler d’un système de contrôle (petit écran LCD ou série de diodes) sur la face avant du châssis.
L’absence de standard
Mais tout ceci n’explique qu’en partie le retard au démarrage des blades, la majorité des clients les utilisant pour faire tourner du serveur d’application. Chez Sun, on plaide coupable ; selon Jean-Yves Pronier, « Il est un fait que nous avions fait les mauvais choix technologiques lorsque nous avons démarré notre activité blade en 2002, avec les serveurs SB1600. Le problème venait notamment d’une topologie réseau aux performances insuffisantes. Si bien que nous avions cessé pendant un temps cette activité et que nous ne la redémarrons aujourd’hui qu’avec une solution, le SB8000, issue de trois ans de R&D et garantissant enfin au client une véritable pérennité. » Le mot est lâché et Thierry Marseille chez Intel le souligne : « En fait, le seul défaut des blades – si on devait leur en trouvait un – est qu’ils n’obéissent à aucun standard ; chaque constructeur crée le design de ses machines dans son coin, avec des choix propres. Si bien qu’il est tout bonnement impossible d’insérer le blade d’une marque dans le châssis d’une autre ». Avec IBM, Intel a ainsi lancé le chantier du consortium Blade.org, lequel se destine à ratifier un design standard. Hélas, aucun des grands constructeurs de serveurs n’a encore franchi le pas pour les rejoindre, même si Dell considère que la normalisation du format des switches (réseau, SAN) serait effectivement une bonne chose : « La possibilité de choisir librement les marques des commutateurs qu’il utilise et dans lesquelles il a confiance, rassure le client », indique Xavier Crombez, du département Services en solution d’infrastructure. En revanche, d’autres se montrent bien plus hostiles à l’idée d’un standard. Ainsi, Jean-Yves Pronier de Sun se veut catégorique : « Nous ne voyons pas l’intérêt d’aller dans cette direction, car le client bénéficie au contraire d’une capacité d’innovation qui reste possible tant que nous n’avons aucune contrainte de standard. Ainsi, parce que nous avons eu la liberté de construire un châssis de 19U de hauteur, nous avons pu placer quatre processeurs à double-cœur dans nos blades, ce qui fait que nous pouvons aujourd’hui proposer une armoire 42U avec 160 cœurs de processeurs (soit deux châssis de dix lames chacun) pour une consommation totale de moins de 18 000 watts. Qui dit mieux ? »
Et la virtualisation ?
La virtualisation revient à une consolidation logicielle, puisqu’il s’agit d’exploiter les ressources matérielles disponibles (typiquement le second cœur d’un processeur) pour créer de nouveaux serveurs virtuels. Tous les constructeurs s’accordent à le dire : la virtualisation va de pair avec une solution en blades, mais doit intervenir dans un second temps. Ainsi, selon Christine Boskov, chez Fujitsu Siemens, « il convient de s’assurer d’abord que l’on dispose d’une installation stable en faisant tourner un serveur par blade – les requêtes correspondant à autant de processus indépendants, les deux cœurs des deux processeurs seront de toute manière mis à contribution. Ensuite, selon la charge des différents serveurs et la puissance disponible que l’on observe, il est simple d’activer ou non des machines virtuelles sur les blades ».
Chez HP, constructeur qui a été jusqu’à changer de format de châssis entre ses générations p-Class et c-Class – ce qui les rend incompatibles –, on balaie l’affaire en s’attaquant au « mythe » de la pérennité : « De toute façon, un client doit remplacer en moyenne ses serveurs tous les cinq ans. Car il n’y a pas que les processeurs des blades qui évoluent, il y a également les technologies d’entrée-sortie (bande passante, réseau, stockage). Et celles-ci se situent dans le châssis, lequel finira donc inévitablement par devenir obsolète », martèle Yves Capelle. Et d’ajouter : « Pour bien faire, il faudrait avoir un nouveau standard tous les cinq ans ; quand on connaît le temps nécessaire pour en mettre un au point… » Pour IBM, qui occupe le marché depuis quatre ans, la pérennité d’une solution blade reste en réalité un facteur toujours inconnu. Ainsi, selon Pascal Roussel, « La simplicité d’installation des blades dans les châssis peut inciter les clients à remplacer plus rapidement leurs serveurs pour intégrer les matériels au dernier niveau de performance. A contrario, les lames ayant moins d’éléments mécaniques, leur durée de vie moyenne est plus importante que celle d’un serveur traditionnel, ce qui peut encourager un client à les utiliser plus longtemps. »
Quoiqu’ils en disent, l’histoire montre néanmoins que toute plate-forme informatique tend à se standardiser à terme. Citons l’exemple des serveurs en boîtier tour devenus ATX ou ceux en racks restreints à 19 pouces de largeur, sans parler des extensions PCI qui passent toutes en ce moment au format PCI-Express. Mais comme le dit Yves Capelle de HP, « Si un jour il devient possible d’insérer une blade Dell ou IBM dans un châssis HP, il faudra alors résoudre le problème de savoir qui appeler lorsque ça tombe en panne. »
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Dell PowerEdge 1955, la solution simple et bon marché
Chez Dell, on joue la carte de la simplicité pour le client : les prix sont particulièrement attractifs (comptez un tarif de base d’à peine plus de 1 300 euros HT pour un blade), la solution s’installe à l’aide de l’application Altiris majoritairement répandue et l’outil d’administration OpenManage 4 est taillé sur mesure pour orchestrer une batterie de serveurs Windows 2003. Linux (en version RedHat ou SuSE) reste possible, mais Dell le cantonne explicitement aux « serveurs traditionnels comme l’hébergement de fichiers ou de sites web ». Le châssis de 7U intègre jusqu’à dix serveurs blades PowerEdge 1955. On y trouve deux Xeon à double cœur, jusqu’à 32 Go de Ram en barrettes FB-DIMM, jusqu’à deux disques durs 2,5 pouces et un contrôleur Gigabit Ethernet. Un slot d’extension interne permet d’accueillir une carte fille pour ajouter un contrôleur Fibre Channel (vers le SAN) ou Infiniband. Selon Nathalie Rotceig, chef de produit de la division Serveurs, « les cartes filles et les switches qui vont avec à l’arrière du châssis (quatre au maximum) sont ceux de constructeurs partenaires qui dominent leur marché (Brocade, McData, Intel…), et ce, dans un soucis de standardisation ; nous ne voulons pas que nos clients soient prisonniers d’une technologie propriétaire. » Et Dell de reconnaître bien volontiers qu’il chasse sur les terres de la mise à jour des fermes de serveur, en apportant la plus simple des solutions dernier cri pour remplacer des batteries de machines qui accusent le poids des ans.
Des solutions à géométrie variable chez HP
Le constructeur HP propose deux solutions blades à son catalogue. La première (famille BladeSystem c-Class) est la plus moderne. Elle correspond au châssis 10U c7000 qui peut accueillir jusqu’à seize serveurs blades Proliant BL460c. Seize ? Oui, mais il y a une ruse : ces blades mesurant 4U et demi de hauteur, ils sont disposés en deux rangés de huit unités superposées. Alternativement, ce châssis peut accueillir au maximum huit serveurs blades Proliant BL480c de 9U. Le reste de la façade avant est occupé par un maximum de six alimentations et un petit écran LCD de contrôle ILO2. À l’arrière, on trouve six ventilateurs, huit baies destinées à accueillir les switches additionnels (simple ou double hauteur) et la connective KVM.
En ce qui concerne les deux modèles de serveurs blades, ils comportent chacun deux processeurs Xeon 51x0. La différence se fait sur le nombre de leurs autres composants, à savoir 32 ou 48 Go de Ram, deux ou quatre mini disques durs SFF extractibles (pas de nappe), deux ou trois slots d’extension, deux ou quatre contrôleurs Gigabit Ethernet. Les slots d’extension sont disposés en mezzanine et se destinent à accueillir des contrôleurs Fibre Channel (pour le SAN), Infiniband ou encore 10 Gbits Ethernet.
La seconde famille, la BladeSystem p-Class, est plus ancienne, mais a le mérite d’être plus versatile, puisque les serveurs blades qu’elle accueille contiennent aussi bien des processeurs AMD Opteron (serveurs Proliant BLx5p avec la génération précédente d’Opteron), qu’Intel Xeon (récemment mis à jour sur le serveur BL20p avec les derniers Xeon 51x0) et qu’Intel Itanium (serveur BL60p, destiné à exécuter le système d’exploitation HP-UX et les applications idoines). Même dans ce dernier cas, le processeur correspond à la génération précédente, Madison, qui ne possède qu’un cœur. En fait, tout porte à croire que le constructeur basculera à terme l’ensemble de son offre sur sa famille BladeSystem c-Class.
Sun SB8000, le PCI-Express comme potion magique
Le châssis SB8000 de Sun est de loin le plus imposant avec ses 19U. Sa hauteur exotique s’explique par deux baies de ventilation en façade qui surplombent jusqu’à dix blades, eux-mêmes d’une hauteur inhabituelle car ils embarquent chacun quatre AMD Opteron à double cœur (contre deux généralement). Nous l’avons dit : cet Opteron-là sera physiquement interchangeable avec son successeur doté de quatre cœurs (même socket). Mais Sun joint l’engagement à la théorie : ses clients peuvent souscrire au programme « Evergreen » qui leur assure une mise à jour permanente de leurs blades vers la version la plus récente du processeur. Le reste de chaque blade comprend jusqu’à 64 Go de Ram, deux disques durs 2,5 pouces, un contrôleur PCI-Express et… aucun contrôleur réseau ou SAN !
Car voilà la particularité de cette machine : en reliant le serveur au fond de panier par l’intermédiaire du PCI-Express (bus d’extension), le SunBlade 8000 bascule le contrôleur réseau et/ou SAN dans les modules arrière de connexion, c’est-à-dire à l’intérieur de ce qui fait office de switch. La solution n’en devient que plus pérenne (Sun parle de sept ans) puisque l’on peut dès lors améliorer toutes les capacités d’un Datacenter en remplaçant juste des modules serveurs ou des modules switch, sans jamais avoir à toucher au châssis.
À noter que le large espace à l’arrière du SB8000 permet d’accueillir vingt modules PCI-Express « hot plug » (l’offre va du switch Infiniband 4x au 10 Gigabit Ethernet, en passant par du Fiber Channel), plus vingt ports Gigabit Ethernet directs répartis sur quatre modules. Sun oblige, cette solution sert aussi bien à faire tourner des serveurs Windows ou Linux que Solaris. D’ici à l’année prochaine, le constructeur devrait étoffer son offre de blades avec des serveurs plus petits mais n’embarquant que deux processeurs, voire des serveurs à base des nouvelles générations de processeurs SPARC (pour les applicatifs Unix sous Solaris).
IBM, l’offre blade la plus hétéroclite
Récemment évolué en version « H » pour offrir plus de bande passante sur son fond de panier, la châssis 9U BladeCenter d’IBM (capacité de quatorze blades) a le mérite de conserver une compatibilité ascendante avec tous les serveurs lame que le constructeur a pu proposer depuis 2002. Tous ? Eh oui, car il s’agit de la particularité d’IBM : son catalogue comprend des blades à base de Xeon (HS20, pour la puissance), d’Opteron (LS21, pour l’évolution prochaine en quatre cœurs), de PowerPC (JS21, pour faire tourner les applicatifs Unix sous AIX ou Linux), ou encore de Cell (variante du PowerPC dotée de huit unités vectorielles, issu de la console Playstation 3 et ici destiné à calculer des simulations). Il y a même des serveurs « double-lame » à base de quatre Opteron (LS41) ! Évidemment, tout ce petit monde peut se côtoyer dans le même châssis sans que cela ne nuise aux outils d’administration. Si les serveurs partagent tous les mêmes caractéristiques (deux processeurs à double cœur, 32 Go de Ram, deux disques durs 2,5 pouces Serial-SCSI, un contrôleur Gigabit Ethernet et, ce qui reste encore rare, un connecteur PCI-Express 17X), la surprise vient en revanche du châssis qui, en révision H, apporte suffisamment de bande passante pour supporter des entrées-sorties en 10 Gigabit Ethernet, 10 Gigabit Fibre Channel et Infiniband 4X. À ce titre, IBM œuvrant avec Intel pour normaliser le format des blades, toutes les plus grandes marques de commutateurs (Nortel, Cisco, Brocade, McData, QLogic…) proposent des modules pour le BladeCenter. Notons également la présence en façade d’un lecteur de DVD ultrafin, ainsi que de deux connecteurs USB (toujours pour accueillir des mémoires de masse d’appoint).
Primergy BX600, le blade ultra modulaire selon Fujitsu-Siemens
Avec son châssis de 7U, qui embarque dix blades, la solution Primergy BX600 de chez Fujitsu-Siemens ressemblerait presque comme deux gouttes d’eau à celle de Dell. À un détail près, toutefois : on trouve dans l’offre de Fujitsu aussi bien des serveurs Xeon (BX620S3), qu’Opteron (BX630). Équipés de la toute dernière version 51x0 « Woodcrest », les premiers jouent la carte de la rapidité avec leurs quatre cœurs cadencés jusqu’à 3 GHz. Et les seconds… celle de la puissance.
Tirant profit du bus direct des processeurs d’AMD (HyperTransport ), Fujitsu a eu l’idée de relier les blades deux à deux par leurs processeurs, en plus de la connexion qui existe entre eux sur le fond de panier ! Il en résulte un maximum de quatre blades qui se comportent comme un seul serveur (c’est-à-dire sous l’égide d’un seul OS, voire d’un seul gestionnaire de machines virtuelles) équipé de huit Opteron à double cœur. Cette prouesse résout les problèmes de latence, préjudiciables aux applications les plus critiques.
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